La mort selon Mohamed Hamdaoui

« Je veux que mon corps puisse servir à la science » Mohamed Hamdaoui
© Nicolas Zentner

Député au Grand Conseil bernois (PDC), ce musulman laïc est né quelque part dans le désert du Hoggar, en Algérie, en 1964. Licencié en sociologie et en anthropologie de l’Université de Lausanne, ce Biennois est journaliste.

Vous y pensez à ce jour où vous ne serez plus là ?

Je suis d’autant plus obligé d’y penser que j’ai, depuis peu, une maladie neurologique qui provoque une dégénérescence des membres inférieurs. Cela me fait de plus en plus penser à la fin. Parfois, j’envisage d’accélérer les choses, quitte à m’ôter la vie par voie médicamenteuse ou autre. En particulier lorsque les douleurs sont fortes, sachant que je ne peux de toute façon pas guérir. Je peux accepter de vivre tant que j’ai encore la possibilité de prendre du plaisir, comme avec un bon repas au resto, par exemple. La mort ne m’a jamais angoissé, elle fait partie de la vie. Y compris la mort des autres. J’ai quand même perdu des êtres très proches. Au contact de personnes intimes, que j’ai vues partir, j’ai ressenti combien c’était, pour elles, un soulagement. Pour moi, c’est un point final. Je ne suis absolument pas croyant.

En parlez-vous avec vos proches ?

Oui, cela nous arrive souvent d’en parler. Il y avait même Bernard Crettaz, anthropologue valaisan qui organisait des cafés publics où l’on parlait de la mort. C’était très intéressant d’y participer. Ce n’est pas un sujet tabou et c’est intéressant de voir comment les gens réagissent. Je comprends bien que cela puisse représenter une source d’angoisse. Pour moi, on doit pouvoir en parler librement, comme c’est le cas du sexe. Cela fait partie de la nature.

Est-ce que vous avez pris des dispositions administratives en vue de votre disparition ?

Je n’ai pas encore pris de mesures officielles ou notariées. Mais j’ai écrit mes dispositions anticipées. Je n’ai pas envie d’avoir des obsèques et d’être incinéré ou enterré. Pour moi, je veux que mon corps puisse servir à la science. Dans l’état d’esprit actuel, c’est une chose claire. J’ai d’ailleurs déjà écrit mon avis mortuaire, dans mon style teinté d’humour noir.

Est-ce qu’il y a une personne de confiance à qui vous avez transmis ces dispositions ?

Non, je n’ai pas d’enfants. Et, actuellement, je n’ai pas de compagne.

Quel a été votre premier contact avec la mort ?

C’était au début des années 2000. Je m’étais rendu dans le désert algérien, là où ma famille de Touaregs avait été nomade, quelques décennies auparavant. J’étais alors monté sur une colline pour contempler le paysage. Par pure coïncidence, m’a confié ma sœur, je m’étais ainsi posté sur l’endroit où mes grands-parents maternels avaient été enterrés. Il n’y avait aucune stèle ou quelque signe que ce soit pour en marquer l’emplacement. Un contact étrange avec la mort, qui m’avait fait tout drôle, et qui m’avait confirmé dans l’idée que c’est une chose naturelle. La mort fait partie de la vie. Il ne faut ni en faire un drame ni la sacraliser.

Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous ?

J’espère juste qu’on se souviendra de moi à travers la publication de chroniques, teintées d’humour, que j’ai réunies et que j’envisage de publier. Je ne fais toutefois pas une obsession d’entrer dans la postérité.

Le rapport que notre société a à la mort aujourd’hui vous convient-il ?

Il me convient dans une société libérale comme la nôtre. Les croyants ont la possibilité d’être enterrés en relation avec les rites qui comptent à leurs yeux. Les non-croyants peuvent faire comme ils l’entendent, en étant, par exemple, incinérés avant la dispersion de leurs cendres. On peut, comme je le souhaite, léguer son corps à la science. Cela me convient infiniment mieux qu’une société théocratique. Je suis pour la liberté, qui demeure un droit jusqu’à la toute fin.

 

           Propos receuillis par Nicolas Verdan

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