La mort & moi. Pascal Couchepin

©DR

Né à Martigny en 1942, l’ancien conseiller fédéral radical (1998-2009) a marqué le paysage politique par son tempérament frontal. Il est, aujourd’hui, actif dans différentes fondations liées à la culture antique et tient une chronique dans Le Nouvelliste.

Quand la mort est-elle entrée dans votre vie ?

Très tôt. J’avais 5 ans quand mon père est décédé. Attaque cardiaque. Il est tombé de son cheval, à l’armée, en payant ses galons de major. Ça a été très dur. En 1947, les enfants n’avaient pas de psychologie aux yeux des adultes. Tout ce qu’on m’a dit, le jour du cortège funèbre, c’est : « Tiens-toi droit et ne pleure pas. » 

 

Est-il vrai que les orphelins se reconnaissent entre eux, qu’ils forment une sorte de communauté ?

C’est une douleur à part. Pendant une campagne politique, un adversaire m’a attaqué sur mon origine sociale : « Couchepin, fils de famille… » J’ai pensé : « J’aurais préféré avoir un père d’origine très modeste, mais vivant. » Malgré tout, j’ai un rapport tranquille avec la mort. La plupart des deuils que j’ai vécus ont été sereins. Je me souviens d’avoir veillé ma grand-mère, dans cette même maison où nous sommes. J’avais 22 ans, je préparais des examens et je révisais à côté du corps. Quand des gens sonnaient, je cachais vite mes feuilles derrière un pot de fleurs avant d’aller ouvrir… Je pense aussi à la mort de ma sœur, il y a quinze ans : trois jours avant, elle nous a convoqués à la clinique, elle avait commandé une bouteille de champagne millésimé, elle a porté un toast à la vie. C’était triste, mais pas douloureux.

 

Et à votre propre mort, vous y songez ?

J’ai traversé plusieurs périodes : jusqu’à 22 ans, j’ai vu plusieurs proches mourir. Les trente années qui ont suivi ont été pleines de vie, avec nos trois enfants, nos dix petits-enfants. Depuis quinze ans, la mort est de nouveau présente, et je me demande quelle sera la prochaine étape. J’ai un frère plus âgé que moi, une sœur cadette. Qui partira le premier ? Quand ? On n’en sait rien. On vit de saison en saison… 

 

Vous préparez-vous à la mort d’une manière ou d’une autre ? 

J’ai connu un chanoine particulièrement rabelaisien qui disait : « Il faut préparer le mot de la fin. Vous savez, comme Goethe : « Mehr Licht ! » Bien des années plus tard, j’ai demandé au chanoine vieillissant s’il avait son mot de la fin. Il m’a répondu : Je dirai : « Ça y est, c’est foutu ! »

 

Plus sérieusement…

J’ai rédigé mes directives anticipées : pas d’acharnement. Pour le reste, mes proches savent ce que je pense, je leur fais confiance. Pareil pour la répartition des biens : je n’ai rien prévu. Mes enfants se débrouilleront. En famille, les choses, jusqu’à présent, se sont passées harmonieusement. 

 

Comment aimeriez-vous vivre le dernier jour de votre vie ? 

Je suis frappé, en lisant les livres d’histoire, de voir à quel point des personnages parfois peu recommandables se sont montrés dignes face à la mort. Talleyrand, à trois jours de la fin, s’est levé pour accueillir le roi qui lui rendait visite. La simplicité est aussi une forme de dignité. J’espère mourir entouré de mes proches. A la fin, je crois que ça se passera très simplement. 

 

En tant qu’ex-conseiller fédéral, vous aurez droit à une cérémonie de première classe…

Le protocole prévoit, sauf erreur, la présence de deux conseillers fédéraux et d’un huissier. En Valais, on a droit, en plus, à des gendarmes. Se conformer aux usages, c’est quelque chose qu’on doit aux gens qui nous ont soutenu. Après l’enterrement, je veux une réception généreuse ! 

 

Quelles traces souhaitez-vous laisser ? 

Ma mère avait une formule : « Vivre dans l’honneur. » Cela consiste à tenir parole, payer ses dettes, respecter l’autre, qu’il soit grand ou petit, ne pas gémir face aux épreuves. Ce sont des vertus bourgeoises, que j’assume complètement. Je voudrais que l’on dise de moi : « Il a vécu dans l’honneur. » Et que, après moi, ma descendance vive aussi dans l’honneur. 

 

Et votre mot de la fin ?

J’en ai bien un ou deux en tête, mais, le mieux, c’est d’improviser ! (Sourire.)

 

Propos recueillis par Anna Lietti

0 Commentaire

Pour commenter