La mort selon Daniel Brélaz

© Nicolas Zentner

Pensez-vous au jour où vous ne serez plus là ?
Rarement. Cela ne m’arrive que lorsque j’apprends le décès d’un ami ou d’un proche. Je suis un homme d’action, préoccupé par des projets qui me propulsent vers l’avenir ... même si je sais que, un jour, je n’en ferai plus partie. Je n’ai pas envie de penser à la mort.

 

Vous ne vous y préparez pas alors ?
Je suis un scientifique. La mort est inéluctable, cela ne sert donc à rien de s’angoisser. A moins d’avoir quelque chose à se reprocher et de craindre de disparaître en laissant une ardoise ! Moi, j’ai rédigé un testament en faveur de mon épouse et de mon fils unique. Etant plus âgé qu’eux, j’espère ne pas leur survivre. Cela ne serait pas dans l’ordre des choses.

 

Vous souvenez-vous de votre premier contact avec la mort ?
Très bien. J’en parle d’ailleurs dans mon livre. J’ai failli mourir le 20 décembre 1954, à presque 5 ans, après avoir été percuté par une voiture et été projeté à 12 mètres de haut. Je me souviens d’avoir plus ou moins assisté à mon opération au-dessus de l’équipe médicale qui travaillait sur mon corps. Le souvenir de cette vision est l’un des indicateurs qui m’amène à penser qu’il existe quelque chose après la mort. Je ne sais pas quoi. J’ai lu de nombreux livres sur la vie après la mort et découvert beaucoup de théories sur la question, rien ne m’a convaincu à 100 %, mais je suis persuadé qu’il y a quelque chose après.

 

Quelle trace espérez-vous laisser sur la Terre ?
Comme époux et père, j’espère que je laisserai un bon souvenir ! Si tel n’était pas le cas, je trouverais cela injuste, car j’ai toujours été mu par le sens du devoir face à la famille, au pays, à l’humanité. Comme homme engagé sur le plan politique, j’aimerais que l’on se souvienne de mes actions. Je pense à ce que j’ai entrepris pour faciliter le transport à Lausanne ou aux signaux d’alerte que j’ai lancés en faveur des énergies renouvelables, et donc du climat. Mais, à moins de figurer dans un livre d’histoire, il ne faut pas trop compter sur la mémoire collective : elle oublie vite. Heureusement, ce qui m’anime n’est pas d’entrer dans la postérité, mais d’agir sur la vie des gens ! Et aussi de n’avoir pas honte de me regarder dans un miroir.

 

Comment imaginez-vous vos obsèques ?
J’ai la particularité d’être un ancien syndic de Lausanne, ma disparition aura donc un côté solennel. Les obsèques d’un syndic sont généralement publiques. Mes proches savent que je ne souhaite pas être enterré. Qu’ils conservent mes cendres dans une urne ou les dispersent dans la forêt m’indiffère.

 

Comment aimeriez-vous vivre le dernier jour de votre vie ?
Sait-on que c’est le dernier quand il se présente ? En tout cas pas quand on meurt d’une crise cardiaque ou d’un accident de voiture. On ne dispose alors que de quelques secondes pour réaliser que c’est la fin. Cela ne me plairait pas. Je n’aimerais pas non plus passer les dix-huit ou vingt-quatre derniers mois de mon existence torturé par un cancer. Et pas davantage à l’état de légume, car mes fonctions cérébrales seraient hors d’état. J’espère partir dans la compréhension de ce qui se passe, pour avoir le temps de prendre congé de mes proches.

 

Où serez-vous quand vous ne serez plus là ?
Je ne sais pas. Cependant, parmi toutes les théories philosophiques, métaphysiques, religieuses que j’ai lues, celles qui me paraissent les moins absurdes concernent la réincarnation.

 

Comment jugez-vous le rapport de notre société avec la mort aujourd’hui ?
Vous trouvez qu’il y a un rapport avec la mort, vous ? Il n’y en a pas, c’est bien ce qui caractérise notre époque. Je vois ou des personnes paniquées par l’idée de mourir ou des personnes qui essaient d’esquiver le sujet. La mort ne me choque pas, cela fait partie de la vie.

           Propos recueillis par Véronique Châtel


 

Elu Vert au Conseil national, ancien syndic de Lausanne, mathématicien et père d’un fils, Daniel Brélaz, 69 ans, vient de publier L’avenir est plus que jamais notre affaire — L’impact des grandes disruptions, Editions Favre. Il est la troisième personnalité à s’exprimer dans notre nouvelle rubrique sur «l’après». 

 

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