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Santé & Bien-être

Comment se libérer de la peur au volant

Nicolas Verdan, Journaliste - ven. 01/03/2024 - 14:47
Les ronds-points vous font paniquer, vous craignez de provoquer un accident? Vous souffrez peut-être d’amaxophobie. Un trouble anxieux qui vous gagne lorsque vous vous mettez au volant. Mais qui se soigne.
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Contrairement à ce que certains pensent, les seniors ne sont pas les plus concernés par la peur de conduire. © iStock

Elle touche plus d’une personne au bénéfice d’un permis de circulation: l’amaxophobie (contraction des mots grecs amaxa, chariot, et phobia, peur), soit une peur irrationnelle à la seule perspective de conduire. Un phénomène en augmentation, si l’on en croit les rares études à ce sujet. En France, près de 80% de la population serait concernée. A noter que cette peur n’est pas liée à l’âge; elle concerne avant tout les plus jeunes. Leurs aînés, eux, conduisent moins, mais ils auraient tendance à surestimer leur aptitude à la conduite.

En Suisse aussi, l’offre croissante de cours et de consultations psychologiques témoigne de l’importance de ce trouble anxieux. Ce dernier se manifeste essentiellement par des symptômes tant physiques que cognitifs: terreur soudaine ou malaise intense, palpitations, étourdissements, accélération du rythme cardiaque, sensation d’oppression, vertiges, bouffées de chaleur, sentiment d’irréalité ou de dépersonnalisation, impression de s’évanouir, boule dans la gorge, bourdonnements d’oreilles, transpiration, maux de ventre, voile blanc devant les yeux. 

Une fois installée à la place du conducteur, la personne sujette à l’amaxophobie ne peut s’empêcher d’imaginer des accidents terribles. Elle peut se sentir seule, avec une impression de vide, éprouver une sensation d’abandon, jusqu’à ressentir une attirance à tourner le volant vers la bande d’arrêt d’urgence ou à viser le mur à l’entrée d’un tunnel.

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Renforcer la confiance

Souvent, de tels symptômes apparaissent ensemble. Ils peuvent arriver soudainement, une fois que l’on est installé au volant, ou même en s’approchant d’une voiture. Les personnes qui souffrent d’amaxophobie ont tendance à éviter de prendre le volant et restreignent ainsi leur mobilité.

Aux avant-postes, les auto-écoles sont là pour renforcer la confiance des automobilistes, jeunes ou moins jeunes. Une publication de la section vaudoise du Touring Club Suisse illustrait le rôle des professionnels de la conduite. Nicolas Rutschmann, moniteur chez Daniel Auto-moto-école, y faisait part d’une observation: «Nous avons régulièrement des personnes qui nous contactent pour des cours de perfectionnement. En grattant un peu, on s’aperçoit que, derrière ces demandes, se cache souvent une peur.»

L'amaxophobie touche en priorité la catégorie de la population qui a le plus besoin de la voiture”

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Gregory Mantzouranis
Psychologue

Face à l’amaxophobie, les professionnels de la conduite n’hésitent dès lors pas à indiquer la direction à prendre: celle des psychologues. Fruit d’une collaboration interprofessionnelle inédite, Nicolas Rutschmann travaille ainsi avec Sophie et Gregory Mantzouranis, du Cabinet Inter’Act à Echallens (VD). Leur offre combinée se décline en deux heures de consultation conjointe. Il s’agit d’un «pack initial» pour découvrir la prestation. Il comprend deux séances d'environ 60 minutes chacune: une séance avec le psychologue, avec analyse de la situation et conseils psychologiques, puis une seconde avec le moniteur de conduite, qui prodigue quant à lui des conseils en matière de conduite automobile et une mise en pratique dans le cadre d’un accompagnement sécurisé. «En fonction de la situation et des besoins, une ou plusieurs séances peuvent être convenues ultérieurement avec le psychologue», précise Gregory Mantzouranis.

Des résultats déroutants

L’ampleur de l’amaxophobie est encore peu connue, alors même que le phénomène est relativement commun dans les sociétés modernes. Une première étude de prévalence en population générale avait été menée en Nouvelle-Zélande en 2018. Les données obtenues via une enquête sur un échantillon représentatif de la population indiquaient que 52% des 441 répondants avaient une légère anxiété à la conduite (entre 2 et 4 sur une échelle de 0 à 10), tandis que 16% déclaraient une anxiété modérée à sévère (entre 5 et 10). 

Chez nos voisins français, l’Observatoire interministériel de la sécurité routière signale une étude conduite en 2021 sur un échantillon de 5000 personnes par l’Université Gustave Eiffel. Cherchant à quantifier la proportion de la population souffrant d’anxiété de la conduite, ses résultats sont confondants: 79% des Français seraient concernés. 

Sur cette proportion de personnes témoignant d’une anxiété à la conduite, 15,6% affirment avoir de la difficulté à vivre avec. Selon cette étude, les personnes concernées présentent un profil socio-démographique marqué: elles appartiennent en majorité à «la catégorie professionnelle intermédiaire et basse». Et ce sont le plus souvent des femmes (54,5%). En moyenne, elles rapportent des niveaux d’anxiété plus élevés que les hommes. Les personnes résidant dans des agglomérations de grande taille sont aussi les plus sujettes à ces troubles anxieux. 

Jeunes plus anxieux

De surcroît, il y a un marqueur pour le moins surprenant: plus les personnes sont jeunes, plus le niveau d’anxiété de la conduite est élevé. «En réalité, l’amaxophobie touche en priorité la catégorie de la population qui a le plus besoin de la voiture, explique Gregory Mantzouranis. Ces gens-là sont captifs de leur moyen de transport, ils ne peuvent s’en passer, au contraire parfois des seniors, qui peuvent avoir plus de temps pour utiliser des solutions alternatives.» Et d’ajouter: «Plus les conducteurs sont âgés, plus ils ont tendance à surestimer leurs capacités de conduite. En revanche, s’ils se rendent compte d’un déclin de leurs facultés, ils tendront à limiter d’eux-mêmes leurs déplacements automobiles.» 

Dans le magazine du TCS, Nicolas Rutschmann fait part d’un constat: l’amaxophobie est en augmentation. Il y voit notamment une conséquence de la densité croissante du trafic. L-Drive, la faîtière nationale des moniteurs de conduite, pointe également du doigt la multiplication des modes de transport qui se partagent la route en circulant à des vitesses très diverses: vélos et trottinettes, entre autres, qui demandent toujours plus d’attention et multiplient les situations imprévisibles.  

Entre vrai risque et impression, l’amaxophobie n’est pas à prendre à la légère. La panique au volant ne devrait toutefois pas faire renoncer à la conduite ou à passer son permis. Loin d’être irréversible, elle peut être désensibilisée. Encore faut-il commencer par l’identifier. Et accepter de la regarder en face.

Plus d'infos

Les cabinets de psychologues et les écoles de conduite seront de bon conseil. 

L’offre combinée suivante est une piste parmi d’autres: paniqueauvolant.ch

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