Migration : Et si vous alliez observer les oiseaux ?

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Nombreux sont les Romands, parmi lesquels énormément de seniors, à dégainer leurs jumelles pour admirer l’avifaune. L’ornithologue François Turrian revient sur la passion qui l’anime et livre ses conseils aux débutants.

Quand il évoque les oiseaux, les mots virevoltent, planent parfois et se posent de temps en temps, à l’image des envolées de ses protégés. L’ornithologue romand, François Turrian, 58 ans, est un vrai passionné. Lui parle même de vocation. « Gamin, je m’intéressais à tous les animaux, sans pour autant avoir grandi dans un milieu familial particulièrement sensible à la biodiversité, précise le directeur romand de Birdlife Suisse, association de protection de la nature et des oiseaux. Puis, vers l’âge de 13 ans, je me suis focalisé sur l’avifaune après avoir pu baguer certaines de ces créatures fascinantes, capables de parcourir des dizaines de milliers de kilomètres autour de la planète. Je me suis formé en autodidacte, mais aussi au contact d’ornithologues chevronnés qui auraient pu être mes grands-pères. Puis, après mes études en biologie, j’ai eu la chance de pouvoir en faire mon métier. » Lancé sur son sujet de prédilection, François Turrian devient bavard comme une pie ! Il évoque, dans la foulée, l’une des dernières excursions ornithologiques qu’il a guidée. « C’était dans les grandes vasières de Texel, aux Pays-Bas. Nous avons vu près de 10 000 petits échassiers qui picoraient à marée basse, se mélangeant en bonne harmonie, avec leurs couleurs et leurs becs différents afin de ne pas se concurrencer, se souvient-il. Ces grands rassemblements sont magiques ! »

Une activité très prisée des seniors

Une passion que François Turrian partage avec de nombreux autres Romands, dont beaucoup de seniors. « Lors de mes voyages guidés, les retraités représentent près de la moitié des participants, et un bon tiers dans les cours ornithologiques que je donne, confirme-t-il. Certains s’y mettent sur le tard, d’autres poursuivent une passion de longue date. » Au sein de la faune sauvage helvétique, les oiseaux tiennent en effet une place à part. Pourquoi sont-ils les plus épiés ? « Car ils sont assez faciles à observer et à aborder à l’aune des autres groupes faunistiques, les mammifères étant, pour la plupart, nocturnes, les insectes trop nombreux et difficiles à identifier, répond François Turrian. Chez nous, il n’y a qu’environ 400 espèces d’oiseaux que l’on peut régulièrement observer. » Les conseils du spécialiste pour aller à leur rencontre …              

 

Frédéric Rein


 

Les endroits stratégiques de Suisse romande

1. Le col de Jaman, https://oiseau.ch/index.php?nav=station-de-bagage-a-jaman

2. Col de la Croix

3. Col de Bretolet, www.vogelwarte.ch/fr/station/collaboration/baguage/col-de-bretolet

4. Défilé de l’écluse,  http://haute-savoie.lpo.fr/index.php?m_id=22061&item=61

 

Au chapitre des spots romands favorables pour observer une espèces spécifique, citons la carrière de Colliare, à Penthaz (VD), où viennent nicher, de mai à juillet, des guêpiers d’Europe au plumage multicolore.

 Le Centre-nature de La Sauge, à Cudrefin (VD), à l’extrémité nord-est du lac de Neuchâtel, héberge, quant à lui, l’une des autres espèces les plus colorées de Suisse : le martin-pêcheur d’Europe. Grâce à une paroi artificielle spécifiquement aménagée pour lui, on peut l’observer de très près durant toute la saison d’ouverture du centre au public, soit de mars à octobre. Spectaculaire !

 

Un savoir, mais plusieurs façons de s’initier

« La période la moins propice pour observer les oiseaux s’étend de la mi-juillet à la fin d’août, car ces derniers se montrent alors discrets, explique l’ornithologue François Turrian. A part cela, chaque saison possède son intérêt. En hiver, certains migrateurs viennent du Nord, comme les oies, pour former de grands rassemblements, notamment sur le lac de Neuchâtel. » Cela dit, l’un des moments les plus intéressants se situe durant la migration automnale (entre la fin d’août et le début de novembre), quand le ciel ressemble à une autoroute à l’heure des grands départs en vacances ! « Il y a aussi la migration dans le sens inverse entre avril et mai, mais, comme il n’y a pas de baguage sur les cols à ce moment-là, le grand public n’a pas l’occasion de côtoyer les volatiles d’aussi près », précise le connaisseur. Notons que les passereaux sont plus visibles en matinée, alors que l’observation des rapaces aux jumelles se fait en toute fin de matinée ou au début de l’après-midi. Si l’ornithologie peut se pratiquer en autodidacte, il est parfois plus facile, surtout au début, d’être accompagné par une personne qui a de l’expérience ou de prendre part à une excursion guidée. Les clubs ornithologiques fleurissent aux quatre coins de la Romandie. Quelques mots-clés inscrits dans un moteur de recherche sur internet, et vous trouverez certainement une association ou un cercle ornithologique près de chez vous, comme le Pèlerin dans le Jura, le Groupe ornithologique du bassin genevois, les Cercles ornithologiques d’Yverdon (VD) ou de Fribourg. Une autre solution est de s’inscrire à la seule formation romande en ornithologie, prodiguée par Birdlife Suisse, en collaboration avec Nos Oiseaux. Le premier des trois modules existants — qui est donné entre janvier et septembre — s’adresse aux débutants et à ceux qui veulent structurer leurs connaissances. Grâce à neuf cours de deux heures en soirée et huit excursions dans la nature, les participants ont déjà une bonne formation de base.

Quatre sites de référence :
www.birdlife.ch, www.ornitho.ch,
www.vogelwarte.ch et www.nosoiseaux.ch


La panoplie de l'ornithologue

Dans la panoplie du parfait ornithologue, on trouve un guide, comme Le guide ornitho, de Lars Svensson, dont il existe aussi l’application éponyme (sur iOS et Android), permettant d’identifier les oiseaux, ainsi que des jumelles. « Pour bien faire, elles doivent grossir 8 à 10 fois, être légères et lumineuses, note François Turrian. Avant de les acheter (le prix oscille entre 400 et 2500 francs), il est vivement conseillé de les tester au préalable. » Dans un second temps, après une année ou deux, une longue-vue s’imposera d’elle-même. Quid des vêtements à porter ? Y a-t-il des couleurs ou des tissus à bannir ? « Les oiseaux étant sensibles aux mouvements, les teintes discrètes (brun, vert foncé …) aident à passer inaperçu, répond-il. Il faut aussi éviter les matières qui font du bruit, comme les K-way. » L’habit ne suffisant pas à lui seul à faire le moine, encore faut-il avoir l’attitude qui va avec … « A Birdlife, nous avons développé une charte éthique, afin que le bien-être des oiseaux reste la priorité », insiste François Turrian. Le carnet de notes représente, quant à lui, un bon moyen de progresser dans l’identification des oiseaux, alors qu’un appareil photo permet, pour ceux qui le désirent, de garder un souvenir visuel de ces belles rencontres. Une fois équipé, il ne reste qu’à trouver un terrain d’observation intéressant pour un débutant. Où aller ? En montagne, dans la forêt ? Que nenni, car dans ces milieux, une bonne partie des contacts ne se fait que avec l’audition. Il conseille d’aller au bord d’un lac. Là, les oiseaux sont assez familiers (mouettes, canards …) et pas très mobiles, ce qui permet de bien les voir. Les centres-nature sont également des lieux à privilégier, dans la mesure où ils possèdent des observatoires. Il ne vous reste plus qu’à aller sur le terrain pour faire vos premiers pas d’ornithologue …

 

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