Erich Burgener : une vie antérieure dans le foot

©Yves Leresch et DR

Considéré comme un des meilleurs gardiens du pays, Erich Burgener, 69 ans, a gardé les buts de l’équipe de Suisse de football à 64 reprises entre 1973 et 1986. Rencontre avec une légende en pleine forme qui a les pieds bien ancrés dans le présent.

Circonstances sanitaires obligent, il salue avec un petit contact amical de sneakers. Erich Burgener, 69 ans, nous accueille avec chaleur en bordure de l’autoroute à Tolochenaz (VD), dans les bureaux de la société Burgener & Oberli, créée à Lausanne en 1981. L’année de ses 30 ans, celle aussi où Erich Burgener décroche, avec le Lausanne-Sports, la Coupe de Suisse le lundi de Pentecôte contre le FC Zurich.

La tignasse toujours aussi vigoureuse, le sourire éclatant, celui qui a joué onze ans au LS, entre 1970 et 1981, et six ans au Servette FC, entre 1981 et 1987, est de toute évidence amusé par la visite de journalistes. « Vous savez, je ne suis pas un type qui vit avec le passé. Si vous venez chez moi, vous ne voyez pas que j’ai fait du foot. » Peut-être, mais, en attendant, sur les murs de son bureau, on découvre des coupures de presse et des clichés de l’époque où « Bubu », le plus Vaudois des Hauts-Valaisans (il est né à Rarogne en 1951) a gardé les buts de l’équipe de Suisse de football à 64 reprises entre 1973 et 1986. « Bon, c’est vrai aussi que ma femme a fait du bon boulot en remplissant une quinzaine d’albums de photos. » On imagine quand même que Erich Burgener a conservé quelques trophées : « Non, non, comme je vous le disais, je n’ai même plus un maillot pour prendre la poussière dans une armoire. Je les ai tous donnés à des gosses. Le dernier que j’ai offert, c’était celui de Dino Zoff (NDLR, légendaire gardien et entraîneur italien). »  

Active dans le domaine de la sécurité métallique, spécialisée dans des produits révolutionnaires en fibre de verre, la société de Erich Burgener fait la fierté de l’ancien gardien de but. Il faut dire que l’histoire de ce business témoigne de l’intelligence d’un footballeur qui a su mener de front carrière de joueur et boulot. « Hé oui, je bossais pendant le foot, car on était semi-pros, quoi ! » Eric Burgener a fait dessinateur en génie civil et un apprentissage de maçon. « Durant les onze ans passés à Lausanne, je travaillais de 7 heures 30 jusqu’à 15 heures 30. L’entraînement commençait vers 17 heures. »

Foot et carrière de front

Au début des années 80, le jeune patron Erich Burgener se retrouve confronté à sa notoriété : « Bien entendu, j’ai profité de ces années-là pour faire de la prospection. Mais, quand j’allais trouver les entreprises avec mon petit catalogue, j’ai vite rencontré un problème. Je comptais une demi-heure par client et je me retrouvais le plus souvent à parler foot avec les entrepreneurs durant la demi-heure en question. La plupart d’entre eux étaient des sponsors ou des passionnés et ils commençaient la séance en me disant : « Dimanche passé, t’as fait quoi ? T’as pris un but ? » La demi-heure devenait une heure et je prenais un tel retard. Je ne vous dis pas le stress. »
En 1986, Burgener lâche le foot pour se consacrer entièrement à ses affaires. Ce n’est toutefois que partie remise. Oui, car, en 1998, une fois sa société bien sur les rails, il devient entraîneur des gardiens de but de l’équipe de Suisse de football au sein de l’Association suisse de football, l’ASF. Son intégrité et ses compétences sportives profiteront ainsi dix ans à la Nati : « J’ai travaillé avec Michel Pont et Köbi Kuhn, avant d’arrêter pour de bon en 2008, après les Championnats d’Europe en Suisse. »
Aujourd’hui, l’ancien gardien ne fréquente plus trop les stades. Ni dans les tribunes ni sur le terrain. « Les vétérans, ce n’est pas mon truc. Je n’ai pas envie de me ridiculiser. Et je n’ai jamais été un fervent spectateur. J’aime mieux jouer. J’ai des copains qui voient trois à quatre matchs par week-end. Moi je ne peux pas. »

Culottes courtes à Rarogne

Et pourtant, le foot, Erich Burgener est tombé dedans quand il était petit à Rarogne. « J’ai commencé tôt, mais ce n’était pas au sein d’un club. Le dimanche, de piquet dans un pré, on tirait les équipes. Comme j’étais grand, j’allais aux buts. C’était comme ça jusqu’à l’âge de 14 ans. Avant, pas question de commencer dans un club. Rarogne, c’était la métropole du foot dans le Haut-Valais. A Viège ou à Naters, il n’y avait personne. Chez nous, deux ou trois familles de la commune, avec beaucoup d’enfants, ont créé ce foot qui était le monument du village. »

A la maison, le petit Erich parlait le dialecte. Le bon allemand, c’était en classe. Une année d’internat chez des curés fribourgeois à Estavayer lui a permis d’apprendre le français.
Père de deux filles qui ont aujourd’hui 43 et 45 ans, Erich Burgener est grand-père : trois petites filles et un petit-fils qui joue au foot à Pampigny, au pied du Jura vaudois. Pas question toutefois, pour lui, de s’installer dans un fauteuil de retraité. « Je n’ai pas de hobby. Qu’est-ce que je pourrais faire de mon temps ? Bistrot ? Apéro ? Ici, au bureau, je fais encore du relationnel client, j’essaie d’amener des clients, je travaille sur des dossiers. L’équipe travaille super bien et, le jour où je ne serai plus là, la société continuera comme aujourd’hui. »

Si l’époque où Burgener se tenait dans ses goals, courbé en avant, les bras écartés, semble lointaine, les souvenirs ne sont jamais loin : « De temps en temps, j’ai de petits films qui me passent par la tête, bien sûr. » Parmi les heures qui ont compté, outre la Coupe suisse en 1981, il y a les championnats suisses avec Servette et la Coupe en 1984. Certaines images demeurent plus imprégnées encore : « En équipe nationale, je pénètre sur le stade de Wembley de 80 000 personnes, lequel, à l’époque, était un temple du football. Je revois encore la moquette rouge. Et le Brésil, à Recife en 1982, face à une vedette que je n’aurais jamais imaginé affronter sur le terrain : Zico. »

Et, bien sûr, il y a ce merveilleux accident de parcours, le 28 février 1977 : observant la polyvalence de son portier, l’entraîneur lausannois Miroslav Blažević l’aligne en attaque contre Servette : « On comptait tellement de blessés et il n’y avait pas des effectifs à 25 joueurs, comme de nos jours. » Et goal ! « Vivre ça, marquer devant les 20 000 personnes au stade de la Pontaise ? T’imagines ? Un stade qui délire. Comme gardien, tu ne peux jamais connaître ça. »

 

 

Nicolas Verdan

 

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