Merci d'être velus

Martina Chyba. © Jay Louvion/RTS

A cœur joie, la chronique de Martina Chyba.

Cet été, j’ai compris que je n’étais plus à la mode. Oups, je n’arrive pas à croire que j’ai pu écrire cette expression désuète: «à la mode.» Aujourd’hui, on dit «dans le game». C’était juste pour dire que je suis totalement ringarde. Oui, car je m’épile et je porte un soutien-gorge. Et tout cela est désormais «so» XXe siècle. 

De nombreuses jeunes femmes ne veulent plus subir la dictature de l’arrachage du poil et refusent désormais l’épilation des aisselles, des jambes et hem… d’ailleurs. Mon esthéticienne me l’a confirmé, du côté des 15-25 ans, les affaires ne sont pas florissantes, «elles ne viennent plus». On voit des couples mère-fille, avec la mère toute lisse, terminée à la pince pour qu’il n’y ait vraiment rien qui dépasse… et la fille jambes velues tranquillou, avec une petite robe. Les mères sont épouvantées, mais n’osent pas le dire, car elles se font instantanément accuser d’être soumises aux diktats du patriarcat. J’avoue que sur le fond, je comprends le combat. Qui ne s’est jamais fait épiler à la cire le sillon interfessier en position de la grenouille ne connaît pas le sens du mot «torture». En plus, c’est cher. Mais je le fais quand même, pas pour le mâle blanc de plus de 50 ans, encore que j’aime bien quand le mâle blanc de plus de 50 ans que je fréquente se promène dans mon jardin bien entretenu. Je le fais pour moi, voilà, je me sens mieux comme ça. Il est par ailleurs ironique que les femmes cessent de s’épiler au moment où les hommes s’y mettent (sourire).

A côté de ça, il y a le revival du refus de porter un soutif. Les féministes les brûlaient dans les années 70 et, aujourd’hui après être passées par toutes les tendances et tous les bonnets, les push up (ah! les pubs Wonderbra), les dentelles des anges de Victoria Secret et les implants en silicone, on en est au mouvement body positive qui consiste à s’assumer comme on est et comme on naît, et à être confortable, donc no bra, c’est-à-dire sans soutien-gorge. A 20 ans dans un crop top moulant qui s’arrête au-dessus du nombril c’est chou, quand c’est ma voisine de bureau de 55 dans un vieux marcel qui bâille et qu’on voit tout, c’est quand même plus compliqué. Et puis, l’objet n’est-il pas censé jouer un rôle de soutien de la poitrine, comme son nom l’indique? Un copain, choqué de voir sa fille comme ça, m’a demandé si, à terme, les seins peuvent tomber comme des oreilles de cocker. J’ai été obligée de répondre que je ne savais pas. 

Il y a débat. Moi, pour ce qui est du haut, je vais rester sagement corsetée, mais, par contre, essayer de rester libre dans la tête.

Martina Chyba

 

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