Martina Chyba : « J’ai testé pour vous…le bain en eau froide »

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Et pourtant, je suis très frileuse. Je me suis d'ailleurs entraînée dans ma baignoire en rajoutant discrètement de l'eau chaude.

« Le froid, ce serait bien pour ce que tu as. » Voilà ce qu’on m’a dit. Ce que j’ai ? Eh bien, les mêmes joyeusetés que tout le monde : mauvais sommeil, arthrose, hypertension, circulation du sang erratique, métabolisme ralenti, stress, fatigue. Le gag, c’est que je suis très frileuse, je sais que je ne vais pas vendre du rêve en disant ça, mais du genre addict à la combinaison plaid-verveine, même en juillet. A la limite, je pourrais dormir avec des chaussettes, si ce n’était pas un cas de crise conjugale majeure et de séparation probable. Pour compléter le tableau, je n’aime pas tellement l’eau, sauf avec des bulles et une rondelle de citron ou, alors, à 38 degrés avec de la mousse parfumée.

« Je mets déjà de la glace sur mes tendons après le jogging », ai-je rétorqué. En fait, la personne me parlait de nager en eau froide. Oui, dans le lac. On nous bassine avec ça depuis un moment, qu’on se sent tellement mieux après, que ça change la vie et tout le tralala. Comme je suis curieuse (c’est mon métier), je veux bien essayer, mais avec l’ambulance à côté. Ce n’est pas possible ? Tant pis, je demanderai à ma fille de m’accompagner, la main sur le téléphone, numéro 144 déjà composé. Je sens que ça va être chaud ! Enfin, on se comprend. Petite précision : ce n’est pas une saison où il y a le feu au lac; au moment du test, la température de l’eau oscille entre 8 et 9 degrés.

J’ai choisi de commencer léger, à savoir dans ma baignoire. Je fais donc couler l’eau froide uniquement et je la regarde longuement avant de me dire que je vais rentrer dedans. Les pieds ça va. Se mettre à genoux ça va. Mais s’asseoir est un problème. Je respire comme un petit chien parce que ça coupe le souffle, c’est juste… froid. Affreux. Je compte les secondes. Tétanisée, je n’arrive pas à bouger et j’essaie de rester quelques minutes. A mon avis, elles ont été assez courtes, avant que, discrètement (alors que personne ne me regardait, mais c’était par rapport à moi-même), je ne tourne le robinet sur « chaud ». La chaleur monte petit à petit, c’est délicieux. « Mais bon… attend, me dit mon fils, la baignoire et le lac, ça n’a rien à voir. »

 

Je confirme, ça n’a rien à voir.

Heureusement, j’ai eu droit à une journée idyllique, soleil, cygnes, drapeaux suisses sur les bateaux, carte postale, ça aide. On m’a recommandé de mettre un bonnet, car la chaleur s’évacue par la tête, donc OK pour le bonnet, au point où on en est. Je veux d’abord une photo juste pieds dans l’eau en gardant ma laine polaire. Donc j’entre et j’avance jusque… disons, aux cuisses. Au début, facile Emile, mais au bout d’un moment sans rien faire euh… je bougerais bien… « C’est bon la photo ? », je dis à ma fille. En fait, j’ai les jambes en bois et ça pique. Je sors. J’enlève la veste et on y retourne. Je laisse les jambes 30 secondes, il ne faut pas attendre trop longtemps pour immerger le reste. Ça tombe bien, je n’ai aucune envie d’attendre ! J’ai un peu peur, mais 3, 2, 1 ouch ! J’y suis. C’est un choc. Il faut crier paraît-il, je crie : aaaaaah la vache ! Le cœur s’emballe, mais ne s’arrête pas, c’est déjà bien. Le froid pique et, après, il mord, en fait (c’est ça le mot, il mord). J’essaie de contrôler la respiration, mais, si je reste comme ça, figée, je vais geler sur place, il faut faire quelques brasses. J’en ai fait, on va dire cinq dans un sens et cinq dans l’autre. C’est une sensation violente et en même temps très apaisante, je suis dans l’eau glacée et je suis vivante. Lorsque je me sèche, vous savez quoi ? J’ai envie d’y retourner. Il paraît qu’il ne faut pas faire plus d’une minute par degré, donc ça va me faire 2x4. En sortant, c’est vrai qu’on se sent bien. Suis-je prête à le refaire ? Oui. Suis-je prête à le refaire avec le froid, la bise, la pluie ? Non. Faut pas déconner non plus. Mais, franchement, c’était cool. Enfin non, « cool » ça veut dire « frais ». C’était un peu plus que frais. En fait c’était super cool.

 

 

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«Il faut respirer  doucement. Cela nettoie les pensées parasites»
christophe Jaccot, spécialiste

« C’est bénéfique, car les gens sortent et bougent, et ce n’est pas une activité traumatisante pour les articulations », explique le Dr Vincent Bürki, médecin du Sport à la Clinique de la Colline Hirslanden. « Du point de vue médical, l’eau froide augmente la tension artérielle et le travail cardiaque global, tout en aidant la circulation du sang. Il y a aussi un effet de récupération sur les muscles, bien connu des sportifs, cela peut d’ailleurs aider à réparer des microlésions. Cela stimule également le catabolisme des graisses, autrement dit cela aide à les détruire. »
Les bienfaits sur le système immunitaire sont plus difficiles à démontrer scientifiquement. « Il y a peut-être un effet antioxydant, mais, surtout, il y a un bénéfice sur le mental; on est satisfait, on a produit des endorphines, on se sent bien. » Il n’y a pas de contre-indication liée à l’âge, mais un bilan est recommandé en cas de problèmes cardiovasculaires ou d’hypertension en particulier.

« C’est surtout beaucoup de bonheur », résume Christophe Jacot, président depuis plus de vingt ans du Comité d’organisation de la fameuse Coupe de Noël de Genève… Il a vu passer des milliers de baigneurs, dont de nombreux seniors, parfois même des personnes âgées de plus de 85 ans. « C’est une activité simple et gratuite, une pratique naturelle, en plein air, cette beauté aide à passer le cap de l’eau froide. » Le fait est là, on peut mourir dans de l’eau glacée. Donc, lorsque l’on se baigne, on fait quelque chose d’extraordinaire. « Il y a toujours de l’appréhension, qui se mêle à l’envie. Quand on est dedans, le cerveau se mobilise et donne des ordres, le corps doit s’acclimater, il faut respirer doucement, cela nettoie les pensées parasites, calme l’hyperactivité cérébrale, on a l’impression d’être au clair avec soi-même. »

Si cela vous tente, les conseils de nos deux experts sont simples :

– Ne jamais y aller seul, une crampe, un malaise, une hypothermie sont toujours possibles.

– Choisir son parcours avant ou la durée d’immersion avant. La règle de « 1 minute par degré », n’a rien de scientifique, mais c’est du bon sens.

– Mettre un bonnet et des chaussons en néoprène. Avec le froid, on ne sent pas les blessures aux pieds, mieux vaut les protéger.

– Entrer progressivement, sans plonger, mais sans traîner. Si on reste debout dans l’eau, le stress et le froid s’installent.

– Accepter le froid, crier si ça aide. Le plus important est de respirer calmement. Et nager.

– Ne pas prendre de douche chaude en sortant, le choc thermique est trop important et pourrait provoquer un malaise vagal.

 

 

Martina Chyba

 

 

 

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