Les Gaulois avaient-ils perdu la tête?

Philippe Jeanneret. © RTS/Jay Louvion

Le mois de Monsieur Météo, la chronique de Philippe Jeanneret, météorologue et présentateur TV.

D’où vient l’affirmation selon laquelle les Gaulois avaient-ils peur que le ciel ne leur tombe sur la tête? De La guerre des Gaules de Jules-César, comme le suggèrent les aventures d’Astérix? Que nenni, l’histoire est bien plus ancienne. Elle remonte à Alexandre le Grand et nous est relatée par Arrien, célèbre historien romain du IIe siècle après J-C. Dans son Anabase, ce dernier nous raconte que, en 335 avant J-C, Alexandre le Grand se trouvait dans les Balkans et qu’il y rencontra des ambassadeurs celtes, autrement dit des Gaulois. Lors d’un échange que l’on peut qualifier de courtois, le roi de Macédoine demanda à ses visiteurs ce qu’ils craignaient le plus dans le monde des hommes. 

Persuadé que sa réputation est parvenue jusqu’aux confins de l’Europe, il s’attendait à ce qu’on lui dise: «Toi, Alexandre!» Mais les Gaulois ne lui donnèrent pas cette joie: pour eux, la pire chose qui pouvait leur arriver, c’était «que le ciel ne leur tombe sur la tête». 

Selon une vieille croyance celte, le monde était en effet censé se heurter à la voûte du ciel, voûte soutenue par des piliers, mais qui devait finir par s’écrouler. Pour la petite histoire, l’effondrement du ciel ne signifiait pas la fin du monde pour les Gaulois, mais la fin d’un cycle dans un contexte permanent de construction et de déconstruction.

Les esprits rationnels argueront que le récit n’est qu’une version comme une autre d’un motif narratif* utilisé à toutes les sauces: celui du roi orgueilleux qui s’attend à se faire flatter par une personne de condition humble et qui finit par se faire remettre en place. Le point de vue se défend… Mais, toujours selon Arrien, Alexandre ne fut nullement courroucé par la réponse. Il déclara que ces ambassadeurs étaient des amis et en fit ses alliés avant de les laisser rentrer chez eux. Il ne put cependant s’empêcher d’ajouter que ces Gaulois étaient probablement des fanfarons!

Philippe Jeanneret

>>* Lire aussi la chronique de Jean-François Duval: «Aujourd’hui, à quel "narratif" se vouer?»

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