Et si on s'habillait de courage?

Le mois dernier, je parlais ici du « courage des enfants ». Depuis, je m’interroge sur le courage des adultes, le vôtre, le mien. Je suis frappé par la façon dont on use de ce mot aujourd’hui. Exemple : vous passez par telle ou telle épreuve, et les gens vous disent « courage ! » Ou encore, telle personne confesse « Oh, moi, je ne suis pas courageux, je suis né froussard. » Je viens de relire Balzac et Vigny et je m’aperçois que cette notion, le courage, a évidemment pris des sens bien différents, selon les époques. On ne l’entendait pas de la même façon au XIXe siècle ou au temps des Romains comme de nos jours.
Je pense qu’on y a perdu. Beaucoup jugent aujourd’hui que c’est une affaire de caractère inné. On est courageux ou on ne l’est pas. La nature ou notre milieu ou notre éducation nous auraient faits ainsi. Il y aurait des natures « fortes » et d’autres qui le seraient « moins ». Or, l’une des phrases que j’ai lues chez Balzac (ou Vigny, je ne sais plus) dit que « le courage est une chose qu’on endosse comme on endosse un costume ». Je trouve cette idée très intéressante. Et si, en effet, on pouvait se revêtir de courage comme d’un nouvel habit qu’on achète ? La langue française, depuis des siècles, a parfaitement conservé la trace de cette conception du courage. Ainsi, on dit « s’armer  de courage, exactement comme les chevaliers s’armaient d’une armure. On dit aussi « montrer » du courage. Comme pour mieux signifier que le courage n’a rien à voir avec quelque disposition naturelle, innée. Autrement dit, on n’est pas « courageux » ou « pas courageux » : on décide de le devenir, et on le devient. C’est une disposition de l’esprit.
Adopter cette attitude, c’est-à-dire revêtir en quelque sorte « le manteau du courage » ne signifie aucunement qu’on ne va pas en baver. Non, cela signifie que, dans des circonstances difficiles, on va s’équiper de manière appropriée, comme on met un manteau bien chaud pour sortir dans le froid glacial. Cela ne signifie pas non plus qu’on ne puisse éprouver de la peur. Mais la peur n’est pas un antonyme du courage. La peur est de l’ordre de l’instinct. Le courage est délibéré, il résulte d’une décision. C’est un habit de choix. Le moment venu, sachez sortir de votre armoire le manteau du courage.

 

Jean-François Duval

 

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