Bon Papa, trou de mémoire et plantes alpines – la chronique de Brigitte Rosset

© Pierre Vogel

L'humoriste romande Brigitte Rosset nous parle de la mémoire, essentielle dans son métier, et pour les souvenirs aussi.

J’étais à Fribourg, la semaine dernière, pour reprendre un spectacle que je n’avais pas joué depuis quelques mois. Comme ma mémoire était un peu « encrassée », baskets aux pieds et texte en tête, je me suis aventurée en courant aux alentours de l’hôtel. Je pensais à mon cher grand-père paternel «Bon Papa», jardinier et spécialiste des plantes alpines qui, à quatre-vingts ans, pouvait encore citer en latin le nom de toutes les plantes de son jardin. « La mémoire, ça s’entretient, disait-il. Si tu oublies un mot, tu dois le chercher jusqu’à ce que tu le retrouves. Tu fais défiler l’alphabet dans ta tête et, tu verras, il reviendra. La mémoire, c’est comme un terrier, si il y a un éboulement, il faut tout de suite nettoyer, sinon, un jour, il se bouche complètement. »

 

Je devais penser très fort à lui, parce que, au détour d’une ruelle, je suis tombée devant un petit jardin botanique, avec de magnifiques rocailles. Je me suis arrêtée pour lire les pancartes : Alchemilla pentaphyllea, Clematis alpina, Campanula cenisia … C’est si beau de pouvoir poser un nom sur ce qu’on admire.

 

Je suis rentrée toute heureuse à l’hôtel, en ayant enregistré quelques jolis noms en latin, mais sans avoir travaillé mon texte autant que je l’avais prévu. 

 

Le soir même, au théâtre, juste avant le lever du rideau, c’est la panique : je ne me souviens pas de ma première réplique ! Je suis sur scène, la bande-son démarre, mon cœur bat la chamade et, soudain, l’image de mon cher « Bon Papa » m’apparaît. Il me glisse à l’oreille : « Le terrier, n’oublie pas ! » Les projecteurs s’allument, mon partenaire de scène frappe à la porte. L’alphabet défile vite, vite devant mes yeux. Et, ô miracle, la bonne réplique sort de ma bouche. Vous ne me croirez peut-être pas, mais j’ai entendu mon grand-père rigoler et il est resté auprès de moi jusqu’à la fin de la représentation. Merci, mon « Bon Papa » chéri. Tu sais, tu n’es jamais très loin de moi … Je pense si souvent à toi !

Brigitte Rosset

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