« Ma devise : compter sur mes propres forces »

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Etre privée de sa main droite pendant plusieurs semaines pour cause d’opération du tunnel carpien m’a fait réaliser les mille et un gestes qu’une femme fait, chaque jour, avec ses mains sans que personne s’en rende vraiment compte, à commencer par son mari. Or, c’est justement ce dernier qui a dû prendre le relais du matin au soir pendant plusieurs semaines pour m’aider dans tous mes gestes, mais aussi pour préparer les repas, ranger, faire le ménage et, parfois, me servir de chauffeur. Aujourd’hui, il est un peu « crevé » et je le comprends bien ! Cette immobilisation de ma main m’a forcée, moi l’hyperactive, à accepter de demander de l’aide au quotidien, ce qui n’a pas été très facile, ayant eu toute ma vie comme devise de « compter sur mes propres forces ». Désormais, mon travail est un peu mieux reconnu ! Dire qu’on ose souvent parler des retraités comme des profiteurs qui se la coulent douce et coûtent à la société. Cette dévalorisation sociale est inacceptable. Les aînés sont victimes de clichés simplement parce qu’ils n’ont plus un emploi rémunéré, on en oublie qu’ils ont travaillé toute leur vie et ont souvent élevé des enfants. Dans notre société basée sur la performance et marquée par le jeunisme, on a en effet tendance à considérer que les aînés ne servent plus à grand-chose. Or, ce n’est pas du tout ce que j’ai constaté lors d’une récente réunion d’anciens compagnons de jeunesse, qui se revoyaient cinquante ans après qu’ils s’étaient connus, adolescents. La plupart de ceux qui ont participé à ces retrouvailles exceptionnelles ont toujours des projets ; ils s’occupent souvent activement de leurs petits-enfants, exercent parfois encore une activité professionnelle. Ces clichés sur les aînés ne tiennent pas du tout compte de leur travail au quotidien, mais aussi de ce qu’ils transmettent aux jeunes générations, soit leur expérience, leur savoir-faire, leurs connaissances, mais aussi leur histoire de vie et leurs témoignages sur le passé. Pour comprendre sa propre histoire, il est important de savoir d’où l’on vient, mais aussi de comprendre « comment c’était avant ».

Nicole Métral

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