Comment Buffalo Bill a tissé sa légende

photo: DR

Tout le monde connaît ce mythe américain. Eclaireur, aventurier ou encore homme de spectacle, il était aussi un sacré affabulateur.

Sacré Buffalo Bill! Avec sa veste à franges et ses longs cheveux, l’éclaireur légendaire de la conquête de l’Ouest a fait rêver l’Amérique, à l’époque déjà, et beaucoup d’autres aventuriers en herbe de par le monde. Ses exploits — du moins ce qui était considéré à l’époque comme tels — n’étaient pas des moindres. A 11 ans, il aurait tué son premier Indien (un méchant), mis à mort 69 bisons dans la même partie de chasse et aurait aussi fondé une ville modestement appelée Rome entre autres faits d’armes.

Ben voyons ! Dans un passionnant ouvrage, Michel Faucheux, maître de conférences à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon, montre comment William Frederik Cody, dit Buffalo Bill (1846-1917), a tissé sa propre légende. Bon nombre de ses hauts faits sont plus qu’improbables, voire faux, ne serait-ce que pour des questions de dates ou alors contredits par d’autres témoignages. D’autres exploits sont invérifiables, alors que certains passages de sa vraie histoire sont embellis, voire passés sous silence.

Le héros solitaire

Ainsi, l’homme, sans doute à la suite d’une beuverie, s’est engagé pour de bon dans l’armée pendant la guerre de Sécession. Mais, quand on veut être une légende, cet épisode de sept mois n’est guère intéressant à raconter. « Buffalo Bill ne peut être un soldat anonyme. Il est, au contraire, le héros solitaire qui ouvre les voies de l’Ouest », relève Michel Faucheux.

Bref, Bill était un affabulateur de première catégorie, pour ne pas dire un menteur. Un mot que l’historien n’utilise toutefois jamais, préférant le titre de conteur. « Buffalo Bill ne cesse de mêler dans sa vie réalité et fiction au point de les rendre indémêlables. Et j’essaie de donner un sens philosophique à ce constat : je montre que Buffalo Bill est non seulement un homme de la « Frontière », mais aussi un «être frontière » qui évolue entre Est et Ouest américains, tout comme entre réalité et fiction, vie et spectacle. »

Une affaire qui roule

Très vite, l’éclaireur, qui a vraiment côtoyé des légendes du Far West comme Kit Carson ou Wild Bill Hickok, a compris tout l’intérêt qu’il pouvait tirer de sa notoriété. Hormis le fait d’écrire lui-même plusieurs ouvrages, il devient le héros d’un journaliste new-yorkais qui rédige à la va-vite un livre dont le titre français serait : Buffalo Bill, le roi des hommes de la frontière. L’histoire la plus sauvage et véridique que j’aie jamais écrite.

Déjà à cette époque, l’Amérique est friande de héros et adhère totalement au mythe.

C’est la naissance plus tard du Wild West, un show avec des cow-boys, des Indiens et des chariots — il fera même le tour des capitales européennes — qui nourrira un peu plus encore la légende. Par la suite, de nombreux romans ainsi que Hollywood contribueront définitivement à asseoir Buffalo Bill sur son trône.

Jean-Marc Rapaz

A lire:

  • Buffalo Bill, Collection Folio biographies

0 Commentaire

Pour commenter