A l’heure des taux négatifs, où placer notre argent ?

Illustration ©Helen/DR

Mettre nos économies sur un compte d’épargne ne rapporte plus un centime. Le placer sous le matelas n’est pas une solution non plus. Quatre spécialistes romands nous expliquent comment faire fructifier notre patrimoine… malgré tout.

Il fut un temps où les banques rémunéraient encore les économies qu’on leur confiait par des intérêts positifs. Mais cette époque est révolue, les taux étant voisins de zéro depuis 2015. « Comme ce sont les Etats-Unis qui donnent le ton et qu’ils ne prévoient pas une hausse avant la deuxième moitié de 2023, on peut être sûr que les taux positifs ne feront pas leur retour avant au moins cinq ans », estime Stéphanie Guillod, responsable Private Banking Montagnes à la Banque Cantonale Neuchâteloise (BCN). « Cela dit, malgré l’absence de rendement sur les comptes bancaires, ceux-ci restent adaptés aux épargnants qui désirent être en mesure de disposer rapidement de leurs avoirs en cas de besoin ou dont l’horizon de placement est limité », assure Julien Yerly, responsable de la Gestion de fortune à la Banque Cantonale de Fribourg.

Patrick Botteron, directeur Private Banking onshore à la Banque Cantonale vaudoise (BCV), invite à avoir une vision nuancée de l’épargne. « Si elle permet de sécuriser ses avoirs et d’en disposer rapidement, elle n’a jamais été la bonne solution pour faire fructifier son capital, même lors de périodes de taux élevés. En 1980, les économies des Suisses étaient, par exemple, rétribuées à hauteur de 3 %, et même à près de 5 % en 1990. Il n’empêche que l’inflation, qui s’élevait alors respectivement à 4 % et 5,4 % a érodé le pouvoir d’achat des épargnants. » 

 

Sous un matelas, l’argent perd de sa valeur 

Faudrait-il, dès lors, s’habituer à remettre son argent sous son matelas ? Non ! « En Suisse, l’inflation cumulée atteint 60 % depuis 1980, ce qui signifie que l’argent resté sous le matelas a perdu 60 % de sa valeur en quarante ans, rappelle Mathias Cotting, sous-directeur de la Banque Cantonale du Valais (BCVs). Et ce phénomène devrait s’accélérer ces prochaines années. » En plus, il y a les risques naturels et les vols. 

Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’investir permet de protéger son pouvoir d’achat. Dans la pierre ? « Les caisses de pension ayant massivement investi sur ce marché, les prix de l’immobilier sont aujourd’hui élevés, constate Stéphanie Guillod. Et il se peut qu’on se trouve avec des appartements vides ou à devoir gérer des problèmes de locataires. » Mathias Cotting ne dit pas autre chose : « Les taux d’intérêts devraient légèrement augmenter, mais resteront globalement à des niveaux faibles. Dans ce contexte, nous n’attendons pas d’importantes plus-values en capital pour la pierre, comme cela a été le cas ces vingt dernières années. »

 

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L’importance d’un portefeuille varié

L’immobilier peut, en revanche, trouver une place dans un fonds de placement varié, la meilleure solution actuelle, selon les experts. « Les fonds d’allocation d’actifs (ou fonds stratégiques) permettent de bénéficier d’investissements diversifiés dans plusieurs catégories de titres par l’intermédiaire d’un seul instrument aisément négociable, précise Julien Yerly. Une partie des avoirs du fonds est investie en actions, lesquelles devraient bénéficier de la reprise économique qui se dessine dans plusieurs pays. Malgré leur rendement limité, des placements en obligations entrent également dans la composition du fonds, afin de garantir une certaine stabilité en période de crise, tout comme les placements immobiliers. Enfin, les métaux précieux offrent une protection contre l’inflation et protègent ainsi le patrimoine à long terme. » 

Mais la stratégie de placement détaillée se discute en amont avec son conseiller. Après une analyse approfondie de la situation personnelle (financière, professionnelle et familiale) de son client, il définira avec lui son profil d’investisseur, selon sa capacité à prendre des risques. « Rien ne vous empêche d’apporter votre touche personnelle, notamment en intégrant des fonds ESG, qui attestent d’une sensibilité au développement durable, ou de choisir l’innovation technologique, avec des sous-thématiques très porteuses comme la digitalisation, la robotisation et la cybersécurité, poursuit Patrick Botteron. Il est aussi important de définir correctement la monnaie de référence du portefeuille, qui doit correspondre à celle dans laquelle vous planifiez vos dépenses à long terme. Avec le franc suisse, il faut composer avec une monnaie qui a une tendance à s’apprécier depuis des décennies face aux autres grandes devises. Examinez donc s’il vaut la peine de couvrir vos achats d’actifs en monnaie étrangère. »

 

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A partir de 5000 francs

D’après Mathias Cotting, les stratégies proposées affichent des espérances de rendements supérieures aux liquidités, et cela jusqu’à environ 6 % par année, suivant le niveau de risque. L’un des paramètres les plus importants est l’horizon temps. « Plus le placement est long, plus intéressants seront les rendements », résume-t-il. « Ce phénomène ne tient pas du dogme ou de la magie, abonde Patrick Botteron. L’augmentation des valorisations des actifs financiers s’appuie sur la hausse régulière des bénéfices et des dividendes des sociétés, reflet d’une économie qui continue de croître, d’une population qui augmente et du dynamisme de l’innovation technologique. Ce n’est donc que en investissant de cette manière que vous vous donnez toutes les chances de protéger et d’accroître votre patrimoine dans le temps. » 

Y a-t-il un montant minimal à placer ? « Non, certifie Mathias Cotting. En revanche, un patrimoine minimum peut être requis pour avoir accès à certaines prestations, comme un mandat de gestion. » Pour Stéphanie Guillod : « Cela vaut la peine dès 5000 francs. » « Outre un capital de base, l’argent peut aussi provenir de revenus réguliers librement disponibles que l’on peut investir chaque mois, précise Patrick Botteron. De plus, une personne qui aurait une épargne suffisamment importante pour être touchée par la problématique des taux négatifs aurait, de fait, une surface financière lui permettant d’investir une partie de ses avoirs, d’autant plus que le placement initial peut être complété par d’autres opérations, chacune correspondant à une fraction de ses avoirs disponibles, ce qui aura l’avantage d’atténuer les fluctuations des marchés. » 

 

En résumé, faire fructifier ses économies consiste :

➤    à ne pas garder son argent sous son matelas
    D’une part, il se déprécie, d’autre part, il est exposé aux risques naturels et aux vols.
 ➤    à opter pour un fonds de placement varié
    Un conseiller pourra vous aider à mettre en place une  stratégie qui correspond à votre situation personnelle. 
➤    à investir à intervalles réguliers les mêmes montants
Cela permet d’atténuer les fluctuations des marchés.

 

Frédéric Rein

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