On ne devient plus curateur par hasard

©Yves Leresche

Il n’y a pas d’âge pour aider et pour être aidé. Officiant actuellement pour un protégé de 35 ans, François Delaquis, 62 ans, curateur volontaire, avait 20 ans quand il a assumé son premier mandat : la gestion des biens immobiliers et d’un portefeuille d’actions d’un senior grabataire. 

Rien ni personne n’oblige François Delaquis à consacrer du temps à ses protégés. Parmi ceux-ci, un jeune père, au « social ». Dans l’incapacité de gérer ses affaires courantes, il peut compter sur l’engagement volontaire et convaincu de ce Vaudois de 62 ans, ex-DRH (directeur ressources humaines) au caractère affable, hyperorganisé, venu remettre de l’ordre dans un monceau de factures, de mises en poursuites et quelques amendes : « Quand on a plein de dettes, on n’ouvre même plus son courrier », affirme François Delaquis. Point de jugement dans son ton, juste un constat. 

Cet habitant de Renens fait partie des 1390 curateurs privés actifs dans son canton. « A l’époque, les curateurs étaient désignés volontaires. Ils étaient parfois pointés sur la liste électorale des « viennent-ensuite ». « La première personne dont je me suis occupé était un monsieur âgé et fortuné qui possédait un immeuble avec des appartements. J’avais 20 ans quand j’ai pris la charge de cette grosse curatelle. Etonnant à cet âge de se retrouver propulsé à la table d’une assemblée d’actionnaires. » 

Depuis janvier 2018, l’Etat de Vaud n’impose plus la charge d’une curatelle. En dehors des cas les plus lourds, qui sont l’affaire du Service des curatelles et tutelles professionnelles (SCTP), les autres sont désormais confiés à une équipe de « privés » rémunérés 1400 francs auxquels s’ajoute 400 francs de débours par an et par mandat. Leurs pupilles, ainsi désignées en langage administratif, sont en général des personnes dans l’incapacité de gérer elles-mêmes leurs affaires privées en raison d’une maladie, d’une souffrance psychique, d’un trouble mental ou à cause de leur grand âge.

 

Empathie mais distance

François Delaquis s’occupe aujourd’hui de trois pupilles : deux nonagénaires, avec la gestion délicate de leur entrée en EMS et ce jeune père dont François Delaquis évoque son histoire avec empathie : « Il rencontre une femme. Il va vivre en Valais. Le couple a une fille. Il garde une petite activité à Lausanne. Comme il a très peu d’argent, il voyage sans billet. Il s’est fait « choper » une soixante de fois sans titre de transport. Ça ne joue pas entre eux, le couple se sépare. Avec l’aide d’un réseau, il développe actuellement un projet de réinsertion sociale et professionnelle. Il doit également surmonter une dépendance à l’alcool. Je l’aide à chercher un logement, car il est retourné vivre chez sa mère. François Delaquis résume ainsi son rôle : « On passe notre temps à négocier au nom de la personne qu’on représente. »

Comment les curatrices et les curateurs sont-ils reçus par les créanciers ? On imagine que l’administration fiscale doit bien les connaître.

« Oui, on est bien identifiés. Les impôts, par exemple, savent que le curateur va tout faire pour tenir les engagements. » François Delaquis « gronde-t-il » ses pupilles quand ils font sauter leurbudget ? « Non, ce n’est pas mon style. Je les encourage, en leur donnant des conseils d’adulte. Comme je le faisais quand j’étais encore DRH et que je soutenais des personnes traversant des situations difficiles. » Dans une curatelle de représentation et gestion, la personne conserve tous ses droits : « Si elle veut s’acheter quelque chose au-dessus de ses moyens, je ne peux pas l’en empêcher. » Dans le cas de son jeune pupille, François Delaquis maintient une distance, tout en prodiguant des conseils : « Je lui dis que ce serait bien de maintenir des contacts avec sa fille en Valais. » Sans jamais faire « copain-copain » avec lui, le curateur a bien conscience du rôle social qu’il assume auprès de cet orphelin de père : « C’était son papa qui l’aidait à gérer ses affaires quand il était plus jeune. » La préservation de sa propre sphère privée et l’intimité des pupilles comptent autant aux yeux de François Delaquis : « Je ne les reçois jamais chez moi et je ne rentre pas non plus dans leur appartement. » Des principes de base, parmi d’autres, et qui font désormais l’objet d’une documentation : « Le bureau des curatelles fait un super travail. Avant, on était lâché dans la nature. » 

Chronophage, la mission du curateur exige aussi une disponibilité d’esprit : « Dans la vie, j’ai toujours été chanceux. C’est important de redonner. »            

 

Nicolas Verdan

 

Un lien romand qui oriente vers les différents services de curatelles sur le site de guidesocial.ch

Les curatrices et curateurs volontaires peuvent se renseigner auprès des autorités communales, cantonales et autres institutions ou organisations d’aide sociale.

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