Le retraité vaudois qui fait glisser des jeunes Mongols

Ancien médecin et ancien champion, Pascal Gertsch est tombé amoureux de la Mongolie et de ses habitants.

Grâce à un médecin retraité et à un grand bourlingueur, des jeunes Mongols concourront en ski de fond, lors des Jeux olympiques de la jeunesse qui s’ouvriront le 9 janvier.

« Le ski de fond est une école de dépassement, de partage et d’amitié qui m’a tant donné sportivement, mais surtout humainement, que j’ai eu envie de renvoyer l’ascenseur. » Après 73 années d’une vie bien remplie, Pascal Gertsch, ancien médecin et ancien champion, aurait pu, comme bien d’autres, ressasser ses gloires passées. Le Vaudois, au regard azur qui en a vu et résidant à Courtepin (FR), a évité tout naturellement ce piège en endossant l’un des plus beaux rôles qui soit à son âge : celui du sage qui transmet un peu de ce que la vie lui a confié. Le tout avec une bienveillance teintée de modestie, mais aussi d’exigence qui élève celui qui la dispense comme ceux qui en bénéficient…

Ils, ce sont de jeunes Mongols, dont l’ancien médecin généraliste, ayant officié trente-trois ans aux Diablerets (VD), a fait au fil des camps d’entraînement, des fondeurs de bon, voire de haut niveaux pour une poignée d’entre eux. Zolbayar et Urangoo sont du lot. Voici quatre ans, le solide gaillard de 17 ans et sa coéquipière de 15 ans, qui habitent des yourtes, plantées dans la steppe où des températures de moins 40 degrés ne sont pas rares, savaient à peine ce qu’était le ski de fond. Pourtant, ils se mesureront à l’élite mondiale tout bientôt, à l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Lausanne 2020 sur l’enchanteresse plaine de La Thomassette (VD), haut lieu combier de la discipline.
 

Il est tombé amoureux de la Mongolie

Tout a commencé en 2012. Alors fraîchement retraité, Pascal Gertsch était parti vadrouiller en Mongolie et il tombé amoureux de ce pays. Toute sa vie durant, avec ses parents, puis avec feu sa femme (connue sur une compétition de fond…) et enfin avec leurs six enfants, le septuagénaire avait voyagé en quête de rencontres et de paysages. Il avait alors cette citation de Ella Maillard en tête : « Courir le monde ne sert qu’à tuer le temps. On revient aussi insatisfait qu’on est parti. Il faut faire quelque chose de plus... » Ce « quelque chose de plus » s’est présenté à lui, voici trois ans.

Pascal Gertsch « pérégrinait » pour la énième fois en Mongolie se laissant porter par les rencontres de yourtes en yourtes et d’une tasse de thé au beurre de yak à l’autre. Un jour, là, un colonel de l’armée mongole se fait lyrique en lui montrant une plaine, lieu de naissance supposée du mythique Gengis Khan, père de la Mongolie. Pascal Gertsch, qui fut cinq fois champion suisse universitaire, médecin de l’équipe suisse et entraîneur de l’équipe universitaire, lui lance : « Ici, vous devriez organiser une course de ski de fond et l’appeler « Trophée Gengis Khan! » Le militaire le prend au sérieux.


Zolbayar 17 ans, prendra le départ de ces JOJ.

 

Affection pudique et respect mutuel

Aujourd’hui, la course existe et le ski de fond se développe en Mongolie. Le pays ne comptait aucune véritable piste. Pascal Gertsch a remédié à cette situation indigne de la Nation, où son sport serait né bien des siècles avant Jésus Christ à en croire des chercheurs norvégiens. Il a longuement cherché, trouvé, puis défini le tracé de deux véritables pistes pour lesquelles le Parlement mongol a débloqué un budget. Les amateurs de fond locaux, que Gertsch a pris sous son aile, dessinent aussi comme ils peuvent des parcours de fortune sur des lacs gelés avec le traceur et la motoneige que le Vaudois leur a amenés.

L’été passé, onze de ses protégés étaient encore en lice pour se qualifier aux JOJ. Nous étions allés à leur rencontre. A voir Pascal Gertsch, attablé devant son gigantesque camping-car (un ancien camion d’enregistrement de la RSR) garé dans une forêt de la vallée de Joux et en train de leur couper des rondelles de saucisson pour le repas, on devinait l’affection pudique unissant le Suisse à ces jeunes ne parlant que parcimonieusement un mauvais anglais. Les regards de ces Mongols trahissaient du respect pour le vieux sage suisse au visage buriné par les aventures nordiques, qui leur a permis de découvrir les exigences du ski de fond et de venir s’y frotter en Suisse où il les a logés dans son propre camping-car et dans son chalet de Barboleusaz. « Avec eux, je suis allé jusqu’en Italie disputer des compétitions de ski sur roulettes, histoire d’engranger les points FIS indispensables à une qualification aux JOJ. Et, au retour, je leur ai fait la surprise d’une visite de Venise. Leur émerveillement faisait plaisir à voir! »
 

Rendez-vous aux JO de Cortina en 2026?

Pascal Gertsch a fédéré une poignée d’amis et de marques de ski autour de lui, notamment pour lever les 2000 francs par personne que coûte un matériel de glisse digne de ce nom, ne rechignant pas, à l’occasion, à mettre lui-même la main à la poche. Pour l’aspect sportif, le Vaudois s’en est remis à l’expertise de Alain Bohard. « Ces jeunes sont très musclés et forts en vitesse, peut-être parce qu’ils mangent quasi exclusivement du mouton, mais ils ont aussi beaucoup de marge de progression en endurance, une envie, une simplicité, une joie et un esprit d’équipe assez
incroyables », analyse cet entraîneur bien connu aux Rousses (F).

Pascal Gertsch le sait et honore cette humanité que la « modernité » ne semble pas avoir profané. Le passionné aime ses athlètes. Cela ne l’empêche pas de leur « souffler dans les bronches » lorsqu’il le juge nécessaire. « La première de leurs quatre courses en Suisse, ils se sont « tiré la bourre » entre eux. Ils étaient dans leur course au lieu de tout donner pour être dans la course! » explique-t-il par exemple. Le médecin a ciselé lui-même, pour ses protégés, des plans d’entraînement estivaux. « Il m’aura manqué un an pour les amener dans la première moitié du classement des JOJ, regrette le Vaudois, mais les meilleurs d’entre eux auront le niveau de se qualifier pour les JO de Milan-Cortina en 2026, s’ils continuent de s’entraîner judicieusement. » S’ils y parviennent, alors ils pourront remercier de nouveau Pascal Gertsch, leur vieux sage suisse.

 

Laurent Grabet Texte

Jean-Guy Python Photos

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