Jean-Marc Richard: la mort et moi

Portrait de l'animateur Jean-Marc Richard. © Nicolas Zentner

«La ligne de cœur», «Chacun pour tous», «Le kiosque à musique», l’Eurovision… Jean-Marc Richard, l’ex-porte-parole des «rockeux» lausannois en rupture, est devenu la voix romande de la solidarité et de la musique populaire. A 62 ans, l’«animateur national» de la SSR vit en famille à Berne. Il évoque son rapport à la mort.

- Depuis dix ans vous animez La ligne de cœur sur La Première. Il y est beaucoup question de maladie et de deuil…
- Jean-Marc Richard: Le deuil est le thème principal abordé par les personnes qui appellent. J’ai appris grâce à elles qu’il y a une infinie variété de deuils. Le deuil blanc, par exemple, que l’on vit lorsqu’un proche ne vous reconnaît plus. Le deuil d’un animal de compagnie, qui peut, pour certains, être très fragilisant…

- Ce n’est pas un peu lourd, ce job, à la longue?
- Non, j’apprends tellement, ça me remplit! Je ne lis pas beaucoup les philosophes, mais grâce à tous ces échanges, il me semble qu’il n’y a pas un sujet sur lequel le vécu des gens ne m’inspire pas des réflexions.

- Personnellement, quand avez-vous été confronté à la mort de manière marquante? 
- Dans ma famille, je n’ai vécu que des morts «normales», de personnes âgées ou, alors, j’étais trop jeune… Alors, je dirais que la première fois, c’était à 11 ans, en lisant «Le Grand Meaulnes» de Alain-Fournier! Puis, dans les années 1980, il y a eu la période Lôzane Bouge, très marquée par la drogue, puis le sida. J’ai perdu beaucoup d’amis. Je me souviens des adieux à un toxicomane du Centre autonome: au Centre funéraire, on était deux. Personne de la famille. A la fin, le pasteur nous a invités à boire un café. Après, il y a eu les voyages pour la Chaîne du bonheur, où j’ai vu la mort de près: deux enfants morts d’Ebola au Cameroun, un, au Mozambique, qui s’était pris une balle perdue… Là, pour la première fois, je me suis dit: «Ça pourrait m’arriver à moi aussi.» 

- Justement : votre mort, vous y pensez?
- Non! Je vis la mort par procuration, en somme. C’est probablement une forme de protection: si je ne prenais pas un peu de distance avec le sujet, je pourrais difficilement faire ce métier.

- Vous avez une femme, des enfants: que se passerait-il si, demain, vous disparaissiez dans un accident? 
- Je réfléchis à mon testament et aussi à mes directives anticipées. Je dois les rédiger, j’ai trop entendu de familles dire leur désarroi dans des situations délicates. Rester le plus longtemps possible à la maison, c’est bien, mais ça peut devenir compliqué. Je vis ça avec mon oncle, dont je suis proche aidant…

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- Dans les familles, ce sont en général les femmes qui se mobilisent pour les malades.
- Ça change! Je le vois dans les témoignages: il y a dix ans, 90% des proches aidants étaient des femmes. Maintenant, il y a une nouvelle génération d’hommes qui prennent soin de leur mère, de leur compagne. Et aussi qui osent en parler! 

- Où serez-vous quand vous ne serez plus là?
- Dans une forme de sérénité, j’espère, avec un regard sur terre, comme les anges dans le merveilleux livre de Henri Gougaud, «Le rire de l’ange». Sauf que, chez Gougaud, chaque ange veille sur une personne. Moi, je veux bien être l’ange gardien de trois, quatre personnes… (rire). La réincarnation, en revanche, ça ne me fait pas du tout envie. Je me dis: «Ça ne peut être que pire, j’aime tellement ma vie telle qu’elle est. J’ai beaucoup de chance.»  

- Vous arrive-t-il d’imaginer vos obsèques?
- Non, je ne sais même pas si je veux me faire incinérer ou enterrer. Tout ce que je sais, c’est que je rêve d’y assister! 

- A l’église? 
- Oui, ça me va. Je suis croyant sans être lié à une église. Je crois que Jésus était le plus grand des révolutionnaires. Et aussi un précurseur du bio! Voyez, toutes ses paraboles sont liées à la terre.

- Quelles traces espérez-vous laisser?
- Très concrètement, je tiens à assurer la pérennité des deux fondations créées par mon oncle et ma tante, Rosyl et Rosyland, dont je m’occupe avec ma femme. Plus personnellement, j’aimerais inspirer d’autres gens à assumer, après moi, le rôle qui est le mien: celui du passeur.

Propos recueillis par Anna Lietti

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