Héritage: l’extraordinaire aventure de François Marthaler

photo: Y. Leresche

En vendant la maison et les objets hérités de son père, l’ancien conseiller d’Etat vaudois a vécu une expérience enrichissante, surtout humainement. Témoignages.

En héritant de la maison de son père, l’ancien conseiller d’Etat vaudois François Marthaler (56 ans) ne pensait pas vivre une telle aventure. En 2014, lui et sa sœur sont devenus propriétaires de la maison familiale, à Bienne. Une bâtisse de quatre étages où leur père avait non seulement accumulé de nombreux et de beaux souvenirs, mais aussi des centaines d’objets en tous genres.

 

De l’électronique aux œuvres d’art, en passant par le mobilier et les tapis d’Orient, il y en avait pour tous les goûts et dans tous les recoins de la maison: «Mon père était probablement atteint du syndrome de Diogène. Il n’a jamais pu jeter quoi que ce soit, se souvient François Marthaler. Il a lui-même hérité d’objets de ses parents et de ses grands-parents, et il en a acheté beaucoup d’autres.»

Pas d’autre choix

Au moment de vendre la maison, François et sa sœur n’ont eu d’autre choix que de vider les lieux. Impossible cependant de se résoudre à jeter ou à faire don de tous ces objets : « A ses yeux, tout avait de la valeur. Il entassait dans le but de vendre, mais il n’a jamais fait l’effort de valoriser ces objets et de mettre des annonces. » Soutenu par sa famille, François entreprend alors ce que son père n’est jamais parvenu à faire : trier, dépoussiérer et vendre tous ces biens. Il aura fallu pas moins de trois vide-greniers pour débarrasser la maison d’une bonne partie de son contenu. François croisera de nombreux amateurs de brocante, mais c’est avec les invendus qu’il fera les plus belles rencontres.

 

photo: Y. Leresche

L’ancien conseiller d’Etat publie sur internet des petites annonces pour liquider les invendus et, à sa grande surprise, même les objets les plus invraisemblables ont suscité l’intérêt de passionnés venus des quatre coins de la Suisse. «Je me souviens d’une dame venue du Liechtenstein pour une machine à tricoter électrique. Une dame âgée est aussi venue depuis Berne, avec les transports publics, pour acheter une série de disques et les offrir à sa sœur.»

Cette aventure m’a permis de gentiment tourner la page

Il vend plus de 300 objets et récolte 19 321 fr. Mais ce n’est pas, là, le plus important : « Cette vente m’a fait découvrir des passions et des histoires qui m’ont touché. Je demandais souvent aux acheteurs de me tenir au courant de leur future destinée, et une quinzaine d’entre eux m’ont écrit pour me raconter ce que sont devenus les objets. Certains m’ont même envoyé des photos.» C’est le cas de Rita Kiener et de Miette Favre (lire ci-dessous).

 

Ces ventes ont permis à François Marthaler de donner une deuxième vie aux objets de son père — une démarche essentielle pour ce membre des Verts et fondateur de La Bonne Combine, à Lausanne — mais aussi de vivre ce qu’il appelle un « deuil joyeux »: «A travers ces objets, j’étais encore régulièrement en contact avec mon père et mon enfance. Cette aventure m’a permis de gentiment tourner la page.»

    Des soldats de plomb pour Noël

    photos: © Corinne Cuendet

    Miette Favre et son petit-fils Maël Genilloud, Châtonnaye (FR)

    Germaine (66 ans), que tout le monde appelle Miette, était à la recherche de soldats de plomb pour son petit-fils Maël (10 ans) quand elle tombe sur l’annonce de l’ancien conseiller d’Etat vaudois. « Après un voyage, j’ai rapporté à Maël une petite figurine de plomb. Il l’a adorée, et cela lui a donné envie d’en avoir d’autres. J’ai alors eu l’idée de lui offrir des soldats de plomb pour Noël.»

     

     

    Miette cherche d’abord dans les magasins, mais sans succès: « C’est difficile de trouver ces objets. » A un mois du réveillon, elle se tourne vers les petites annonces. La suite, on la connaît. Miette contacte François Marthaler, qui accepte de lui céder un lot de soldats pour 50 fr.: « C’était un bon prix. Je viens d’une famille modeste, alors je suis contente de ne pas trop dépenser pour des jouets. »

     

     

    Ravi de son cadeau, Maël n’accorde pas d’importance à la provenance de ses soldats, mais il en profite dès qu’il peut : « Je les adore, je joue très souvent avec eux. » Les figurines sont ainsi promises à une vie heureuse, dont François Marthaler a pu être le témoin. «Je lui ai envoyé une photo de Maël, prise à Noël avec les soldats, raconte Miette. Il était content de voir que les objets de son papa ont une suite.»

     

    La deuxième vie d’une commode

    photos: © Corinne Cuendet

    Rita Kiener et Olivia Lou, Estavayer-le-Lac (FR)

    Quand elle s’est connectée au site de petites annonces, Rita Kiener (32 ans) savait ce qu’elle cherchait : une commode ancienne pour la chambre de son futur bébé. « J’ai cherché pendant trois mois avant de trouver le meuble qui correspondait à mes envies. » C’est sur une annonce de François Marthaler que la jeune maman jette son dévolu. Une fois le marché conclu (50 fr.), Rita va chercher la commode avec des amies : « Quand elles l’ont vu, elles n’ont pas compris l’intérêt d’acheter ce vieux meuble. Mais je savais que j’allais lui donner une deuxième vie. »

     

     

    Quelques coups de pinceau et une bonne dose d’imagination, la vieille commode est transformée en un ravissant meuble coloré, prêt à accueillir les affaires de sa fille Olivia Lou, aujourd’hui âgée d’un an. Qu’il ait appartenu à d’autres personnes ne la dérange pas. « J’adore les objets anciens. C’est sympa de s’imaginer leur histoire à travers des petits détails Par exemple, je sais peu de chose sur cette commode, mais je peux m’imaginer que les parents de François Marthaler étaient des personnes soigneuses, parce que le fond des tiroirs était encore protégé avec du papier, fixé par des punaises, comme cela se faisait beaucoup, à l’époque. »

     

    Un livre ancien et précieux

    photos: © Corinne Cuendet

    Richard Neuenschwander, Nyon (VD) et son père Roger, Pully (VD)

    Avant de le rencontrer, Richard Neuenschwander (52 ans) partageait déjà un point commun avec le conseiller d’Etat vaudois : lui aussi a dû vider le domicile de son père, Roger (86 ans). Ce dernier est entré dans un EMS, en 2014. « Avant de quitter son appartement, mon père a pu sélectionner ce qu’il souhaitait garder pour sa chambre à l’EMS, raconte Richard. Il a emporté pas mal de CD et de livres, mais il a oublié un bouquin qui lui tenait à cœur. » Ce livre, c’est une chrestomathie française, un ouvrage ancien qui compile des morceaux tirés des meilleurs écrivains français. Roger possédait les tomes 1 et 2. Mais quand il les réclame à son fils, trop tard, l’appartement avait déjà été débarrassé.

     

     

    Commence alors la quête du graal pour Richard : « Je me suis fait un devoir de retrouver ces livres pour mon père. » La chrestomathie française n’étant plus éditée, Richard tombe sur l’annonce de François Marthaler qui possède le tome 1. « J’ai eu de la chance, je ne pensais pas trouver si rapidement. » Dans les jours qui suivent, il trouve aussi le tome 2 sur internet et achève ainsi sa mission : « Quand j’ai donné les livres à mon père, il a dit qu’ils étaient moins bien que les siens, mais il était content. »

    VENDRE SUR LE WEB

    • Dressez d’abord la liste des biens dont vous êtes prêt à vous séparer.
    • Donnez pour chaque objet toutes les informations utiles et photographiez le bien.
    • Définir un prix: évaluez votre bien en fonction des annonces similaires. Quand une annonce est en ligne depuis longtemps, le prix est sans doute surévalué.

    Barbara Santos

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