L’entorse du poignet ne doit pas être prise à la légère

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Les lésions de cette partie du corps nécessitent un contrôle médical minutieux afin d’éviter que les mouvements de la main soient diminués et que de l’arthrose ne s’installe. Parfois, la chirurgie est nécessaire. Explications.

Tout d’abord un peu d’anatomie afin de bien comprendre la complexité de cette articulation. Le poignet fait la jonction entre l’avant-bras et la main. D’une part, il y a les os du bras (radius et cubitus) qui se terminent là, de l’autre, il y a les huit petits os du carpe (cette région entre l’avant-bras et la main) qui s’imbriquent. Ces derniers sont reliés entre eux par des ligaments, dits « intrinsèques ». D’autres ligaments, appelés « extrinsèques », font la jonction entre le radius et les os du carpe.

Une mauvaise chute peut donc endommager un ou plusieurs de ces éléments.

 

« Le poignet est l’articulation qui permet la mobilité de la main, explique Maurice Raphaël, médecin urgentiste au sein de Hirslanden cliniques Bois-Cerf et Cecil. Il ne faut jamais prendre un traumatisme à cet endroit à la légère, car cela pourrait, à terme, altérer les fonctions de la main. Il est donc important de consulter afin d’écarter une lésion grave, telle qu’une fracture ou qu’une déchirure ligamentaire. »

 

 

Plus de femmes ont des lésions du poignet

En cas de chute, de mauvais mouvements ou de douleurs inexpliquées, mieux vaut consulter dans la semaine. « Lorsque nous tombons, nous avons le réflexe de mettre les mains en avant pour amortir, continue le médecin urgentiste. La plupart des lésions du poignet sont donc des fractures du radius. Une blessure qui affecte quatre fois plus souvent les femmes que les hommes. Pour écarter ce genre de blessure, nous faisons une radiographie. Si les os sont intacts, il s’agit alors de ce qu’on appelle communément une « entorse », à savoir une lésion d’un ou de plusieurs des ligaments présents dans le poignet. »

La radiographie permet aussi de vérifier le bon alignement des os du carpe, parfois perturbé en cas de lésions ligamentaires. Une immobilisation par une attelle ou un plâtre est alors mise en place pendant une semaine à dix jours. « Certaines fractures peuvent passer inaperçues lors de la première radiographie, explique le Dr Raphaël. Je propose toujours aux patients de faire contrôler leur poignet une semaine, dix jours après leur visite aux urgences. Cela permet d’affiner le diagnostic et de proposer, le cas échéant, un examen d’imagerie complémentaire. » 

Un avis partagé par la Dre Valérie Decrouy Duruz, spécialiste en chirurgie de la main au Centre Longeraie de Lausanne : « En principe, si le patient souffre d’une entorse bénigne (correspondant à une élongation d’un ligament), une immobilisation de trois semaines suffit à le soulager. Mais on préfère revoir ce dernier au bout d’une dizaine de jours pour réévaluer le poignet, plus facilement examinable à distance du traumatisme et confirmer l’absence de suspicion de lésion plus sévère qui nécessiterait une intervention chirurgicale. » Des radiographies dynamiques, une arthro-IRM ou arthro-scanner, voire une arthroscopie permettent de préciser le diagnostic.

 

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Ligament rompu et chirurgie

Parmi les blessures possibles, la rupture du ligament intrinsèque scapho-lunaire n’est pas à négliger. Derrière ce terme poétique se cache une structure cruciale pour la biodynamique du poignet, car ce ligament attache entre eux deux os du carpe : le scaphoïde et le semilunaire et c’est un des éléments qui permet la stabilité du carpe lors des mouvements de flexion et d’extension du poignet. « En cas de rupture de ce ligament, une chirurgie est nécessaire pour rendre au carpe sa stabilité, précise la spécialiste. C’est une opération qui se fait sous anesthésie régionale, mais dont la convalescence est relativement longue.

Six à huit semaines après l’intervention, une deuxième petite opération est nécessaire pour retirer les broches ayant servi à protéger la réparation ligamentaire, puis le patient doit faire de la rééducation. Il faut compter environ neuf mois avant de retrouver la mobilité maximale du poignet .Si la blessure initiale est négligée, le patient peut se plaindre de douleurs persistantes et d’un manque de force. A terme, il va développer une arthrose post-traumatique. »

Autre lésion courante du poignet, celle du TFCC (« triangular fibrocartilaginous complex »), une structure ménisco-ligamentaire qui se trouve entre le radius, le cubitus et les os du carpe. « Le TFCC peut également être blessé lors d’une chute sur le poignet en hyperextension ou lors d’un mouvement de torsion contrariée, poursuit la Dre Decrouy Duruz. La douleur est ressentie sur le versant latéral du poignet, du côté du petit doigt. Si l’étendue de la déchirure est importante, une arthroscopie peut confirmer la lésion qui sera alors réparée pendant cette même intervention. »

 

Attention à l’arthrose 

« En cas de lésion partielle, fréquente, on aura tendance à privilégier un temps d’immobilisation, suivi de rééducation et, parfois, devoir procéder à une infiltration de cortisone. La chirurgie ne sera proposée qu’en cas d’échec du traitement conservateur. » 

La spécialiste précise que la nécessité d’une opération est évidemment évaluée au cas par cas, non seulement en fonction de la sorte de lésion, mais aussi du patient et de ses caractéristiques. « Chez les personnes âgées présentant une arthrose du poignet, même parfois asymptomatique jusqu’au traumatisme, une réparation ligamentaire ne fait plus sens. Le traitement visera alors, dans un premier temps, à retrouver, par la mise au repos puis à l’aide de physiothérapie, un poignet ne faisant plus souffrir. En cas d’échec, une chirurgie dite « palliative » ciblant l’arthrose du poignet peut alors être envisagée. »

 

Yseult Théraulaz

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