COVID. Indispensable, la 3e dose ?

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Contrairement à d’autres pays, la Suisse n’est pas pressée de proposer un rappel du vaccin contre le Covid-19 aux personnes en bonne santé. Explications de la Dre Frédérique Jacquerioz, médecin adjointe au Service de médecine tropicale et humanitaire et responsable du Centre de vaccination des HUG.

Sachant que le taux d’anticorps contre le virus diminue au fil des mois chez la personne vaccinée, pourquoi la piqûre de rappel n’est-elle pas systématiquement recommandée ?

Une des raisons, c’est que les anticorps que nous dosons ne représentent qu’une partie de la réponse immunitaire du corps humain, qui est très complexe. D’autres cellules, qui ne sont dosées que lors de recherches spécifiques, jouent aussi un rôle important dans la réponse de l’organisme aux agressions. C’est le cas par exemple des cellules mémoire B qui peuvent se réactiver et produire davantage d’anticorps lors d’une nouvelle exposition au virus ou de la réponse cellulaire par les cellules T. Voilà pourquoi, lorsqu’on dit que le taux d’anticorps diminue, cela ne veut pas dire que la personne n’est plus protégée contre les formes sévères du virus.

 

La France propose le rappel dès 65 ans. Israël l’administre déjà aux enfants et envisage même une 4e dose. En Suisse, la 3e injection est réservée aux personnes fortement immunosupprimées. On a l’impression qu’une certaine pagaille règne chez les experts d’un pays à l’autre.

Les études sont parfois difficilement comparables, parce qu’elles n’ont pas été faites dans les mêmes pays, au même moment, avec les mêmes personnes et les mêmes variants. Les données sur le bénéfice d’une 3e dose chez les personnes immunosupprimées sont claires. A présent, les discussions portent surtout sur le cas des personnes vaccinées dont le système immun a peut-être perdu un peu d’efficacité avec l’âge. La piqûre de rappel devrait permettre de booster leur réponse à la primovaccination. Pour le moment l’instance des autorités suisses qui décide de la vaccination estime que nous ne disposons pas encore de suffisamment de données pour la proposer à cette population. Mais cela pourrait changer d’ici à un à deux mois. Concernant une 3e dose à la population générale, comme c’est le cas dans certains pays, il faudra attendre plus longtemps.
 

 

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Le vaccin actuel, y compris la 3e dose, reste-t-il efficace contre le variant Delta ?

Certaines mutations du variant Delta diminuent un peu l’efficacité du vaccin, mais la protection contre les formes sévères de la maladie reste très haute, autour de 90 %. C’est vraiment un vaccin extraordinaire. Rares sont ceux qui ont une telle efficacité. Selon l’OMS, plutôt que de donner une 3e dose aux personnes déjà vaccinées, il faudrait donner la priorité à la vaccination dans les pays pauvres…C’est notre intérêt à tous. La pandémie est mondiale. Nous vivons dans un monde globalisé où les gens voyagent, où le virus peut se répliquer de façon massive, favorisant des mutations potentiellement plus problématiques que le variant Delta. Le bénéfice est beaucoup plus grand en agissant globalement plutôt qu’en se focalisant sur la 3e dose dans un seul pays.

 

Propos recueillis par Marlyse Tschui

 

 

 

 

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