Le krama, symbole de la nation cambodgienne

Le krama, au Cambodge, est une pièce vestimentaire... mais pas que. © iStock

Le krama, foulard à damier, est omniprésent au Cambodge, pays d'Asie du Sud-Est. Ses usages y sont multiples, parfois même très surprenants.

Que ce soit à Angkor Vat, à Phnom Penh ou dans les régions campagnardes les plus reculées, il est partout. Impossible d’échapper au charmant damier du krama, qui s’affiche au Cambodge comme le symbole de toute une nation. Ce foulard est en effet transmis depuis des siècles, tel un précieux héritage, aux nouvelles générations. «En 2018, sous l’inspiration du parti au pouvoir, 23'000 Cambodgiens ont tissé pendant six mois le plus long krama du monde, explique Marc Franiatte, agent de tourisme au Cambodge. Cette écharpe de plus d’un kilomètre de long a été déroulée dans une rue de la capitale, où elle a été mesurée et validée par le Livre Guinness des records. Ainsi fut donc rappelée et célébrée l’unité retrouvée du pays khmer, dont le krama, porté par tous les Cambodgiens, du paysan jusqu’au roi, était déjà le symbole.»  

Tantôt pièce vestimentaire (couvre-chef, maillot de bain, sarong, tablier, jupe…), tantôt moyen de porter des marchandises et des petits animaux (poulets, etc.), ce rectangle de tissu est utilisé de multiples manières. Et l’imagination des Cambodgiens est fertile, puisqu’ils lui prêtent 60 utilisations documentées. Parmi les plus cocasses, citons, par exemple, le chasse-mouche, le siège supplémentaire pour bébé ou repose tête pour conducteur fatigué quand il est noué sur les poignées d’un guidon de vélo ou, encore, une fois roulé en boule, la pièce centrale du jeu pour enfants nommé «Cha-ol Chong», sorte de ballon au prisonnier. Pas étonnant que, dans les villages, les métiers à tisser, souvent présents sous les pilotis des maisons, soient légion. 

Différents selon les régions

Si, traditionnellement, ses petits carreaux sont blancs et rouges ou blancs et bleus, le krama se décline aujourd’hui en une multitude de coloris. Chaque province produit son propre modèle. Ainsi, celui de Kampong Cham possède des tons pouvant être bourgogne, rouge foncé, cramoisi, indigo et émeraude. Dans cette province, il est en outre plus grand et en soie. Ailleurs, les krama peuvent arborer plus de rayures ou s’apparenter au tartan écossais. La qualité, elle aussi, connaît de grandes variations. Le foulard grossier en coton, utilisé par les plus pauvres des paysans, peut aussi prendre la forme d’une pièce en soie finement tissée dont les bordures se parent d’or. Les couleurs des krama en coton, à base de colorants naturels, sont d’ailleurs généralement plus ternes que celles de la soie, qui puise sa luminosité dans des procédés chimiques. 

Sous l’ère des Khmers rouges, des krama d’un bleu spécial ont été donnés aux habitants de la zone qui jouxtait l’est du Vietnam. Leurs possesseurs, considérés par la direction comme «des corps khmers avec des esprits vietnamiens», étaient sous le coup d’une éventuelle exécution! Heureusement, cette époque est révolue et le krama n’est plus un signe d’exclusion, mais bien de ralliement national.

Frédéric Rein

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