Quand les Grecs ont le blues

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Le rebetiko: cette musique prend racine dans l’exil de 1,5 million de Grecs chassés de Turquie dans les années 1920. Ils en ont fait une musique de subversion et de transgression.

Interdit par les nazis, mais aussi par les colonels, le rebetiko est une musique de révoltés, de marginaux, de « laissés-à-part » entre 1919 et 1922. Comme les 1,5 million de Grecs chassés d’Asie mineure après le conflit avec les Turcs. Réfugiés dans la misère du Pirée, ils ont trouvé dans cette musique un moyen de dire leur révolte, et pas seulement, puisque ces airs de tavernes et de bordels évoquent aussi bien l’amour que la maladie, la prison ou la drogue. Un siècle plus tard, le rebetiko est devenu un classique de la culture grecque qui s’est même exporté aux Etats-Unis, comme on pourra le découvrir à la rentrée, au Théâtre du Jorat.

 

 

La Compagnie Nonante-trois s’est en effet associée aux musiciens de Boulouris et à Francesco Biamonte pour raconter un siècle de rebetiko. Intitulé Les clochards célestes, le spectacle « n’a rien de gauchisant, précise d’emblée Benjamin Knobil, metteur en scène. Nous l’avons voulu sous forme de cabaret. On pose des questions, mais on montre aussi que cette musique donne envie de danser et de chanter. »

Un clin d’œil à Kerouac

Et, en un siècle — « Il est né en même temps que le tango et le blues » —, le rebetiko a évolué, du style traditionnel avec ses transes lentes à des compositions contemporaines « ironiques,  métissées et sauvages. » Pour donner vie à ses clochards célestes, un emprunt à Jack Kerouac et à son roman éponyme, dix comédiens, musiciens et chanteurs seront sur scène, dont Maria de la Paz, Edmée Fleury, Francesco Biamonte et Dominique Tille, pour la partie chorale.

Bref, cette incursion à La Grange sublime de Mézières permettra de découvrir une musique peu connue dans nos régions, mais qui a pris pied, comme on l’a dit, dès 1920 aux Etats-Unis avec l’arrivée de certains chanteurs et musiciens ayant quitté la Grèce après l’Asie. Et, en dehors du plaisir à faire une incursion dans une culture aussi riche, les spectateurs feront évidemment le lien avec la tragédie toujours actuelle des migrations méditerranéennes et du drame syrien.

Un rappel historique avec la Suisse aussi, puisque c’est à Lausanne que fut signé, en 1923, le dernier traité consécutif à la Première Guerre mondiale, entérinant définitivement l’exil de plusieurs millions de personnes, afin d’assurer l’homogénéité religieuse en Turquie.

 

 

J.-M.R.

 

Les clochards célestes,
Jeudi 10 septembre, à 20 heures,
Théâtre du Jorat à Mézières    

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