Molière, vous reconnaissez ?

Le Dom Juan créé en 2018.

En ouvrant ses portes à la Compagnie Les Fondateurs qui revisite deux classiques du génie, Dom Juan et Tartuffe, la Comédie de Genève risque de surprendre plus d’un amoureux des lettres.

On ne va pas parler de choc des cultures, mais de rencontre qui, il y a peu encore, aurait paru improbable pour ne pas dire malvenue. Comment laisser Les Fondateurs, alias la plasticienne Zoé Cadotsch et le metteur en scène Julien Basler, s’emparer de Molière? Eux qui, depuis une dizaine d’années, ont pour terrain de jeu privilégié l’improvisation et la construction scénographique ne vont-ils pas dénaturer des pièces qui font l’orgueil du théâtre français depuis des siècles ? Bref, n’est-ce tout simplement pas une énorme erreur de casting ?
De fait, les deux compères ont déjà montré de quoi ils étaient capables en 2018 en montant Dom Juan. « Et c’est après avoir vu ce spectacle que Natacha Koutchoumov, codirectrice de La Comédie, nous a invités à venir nous y produire», assure Julien Basler. Et de rassurer tout de suite : « Il n’est pas question d’exploser Molière. Le texte est là, les alexandrins aussi. Avec Zoé, nous avons toujours aimé cet auteur, sa vivacité, la qualité des dialogues. Ce que nous souhaitons, c’est trouver un équilibre entre notre travail et le texte, afin de le révéler et de le faire revivre.»

 

 

 

La touche des Fondateurs

Mais où se cache alors la patte des Fondateurs ? Dans le décor d’abord. Oubliez Versailles, les fauteuils et les tables d’époque ! Les acteurs évolueront au milieu de meubles Emmaüs déstructurés et peu à peu « remontés», brinqueballants, à l’aide de serre-joints. Pourquoi pas ?
Evidemment, et dans la foulée, les acteurs portent des habits contemporains. Autre transgression, un rôle masculin peut être habité par une actrice et vice-versa. « Cela créée des sensations différentes», affirme Julien Basler. Autant dire que les puristes risquent d’être surpris en voyant Dom Juan et Tartuffe, les deux pièces de Molière retenues par la Compagnie Les Fondateurs. Les spectacles seront joués en alternance, à l’exception de deux jours où les spectateurs pourront voir non pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre de ces classiques.
Demeure la question : Jean-Baptiste Poquelin apprécierait-il que le théâtre contemporain s’empare de son œuvre ? Sans doute. En 2018, lorsque Julien Basler et Zoé Cadotsch ont monté pour la première fois Dom Juan, les réactions du public et de la critique ont été positives, la plupart adorant cette prise en main très malicieuse de classiques du théâtre français. Et, finalement, donner une vision contemporaine à des textes superbes constitue un joli défi, non ?

J.-M.R.


Dom Juan et Tartuffe, du 18 février au 8 mars à la Comédie de Genève
https ://www.comedie.ch

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