Erik Truffaz, musicien du monde

© DR

Inlassable pèlerin, Erik Truffaz promène sa trompette, son lyrisme et sa dégaine d’ancien ado sur les scènes du monde entier. Il sera prochainement à Cully.

Assoiffé de rencontres, Erik Truffaz a enregistré avec le compositeur Pierre Henry, la chanteuse Sophie Hunger. Il collabore non seulement avec la crème des jazzmen européens, comme Michel Portal ou Richard Galliano, mais encore avec des gens de théâtre, tels Jean-Luc Bideau ou Sandrine Bonnaire. Dialogue durant une pause au milieu de l’enregistrement de son prochain album.

 

A Cully Jazz, vous rejouerez Bending New Corners, l’album de vos débuts avec, pratiquement, les mêmes musiciens. Par nostalgie ?
Non, par plaisir ! Nous fêtons les vingt ans de la sortie de cet album. Plaisir d’interpréter de nouveau ces morceaux avec ceux qui m’ont accompagné si longtemps et, pour certains, qui m’accompagnent encore. Et de rejouer pour certaines personnes qui ont découvert cette musique, alors qu’elles étaient adolescentes. Nous avons déjà fait quelques concerts, et ça marche super bien.

 

Et le plaisir de retrouver un festival qui vous accueille régulièrement ?
Ah oui, le Festival de Jazz de Cully est formidable ! C’est une manifestation qui est exempte des signes omniprésents du capitalisme ! Pas d’immenses bannières de sponsors, que des petits bars sympas. Des bénévoles, des petits vignerons, des caveaux, c’est une exception dans le monde.

 

Fidèle à vos compagnons de route, vous jouez également avec beaucoup d’autres musiciennes et musiciens d’horizons très différents et vous allez aussi à la rencontre d’autres disciplines artistiques …
D’une part, je reçois beaucoup de propositions de bons musiciens, c’est très stimulant. D’autre part, je suis un passionné de littérature et, pour mes deux récentes créations théâtrales, c’est moi qui ai demandé sa collaboration à Jean-Luc Bideau pour mettre en scène la poésie de l’auteur tchèque Vladimir Holan et à Sandrine Bonnaire pour deux textes de Marguerite Duras. A son tour, Sandrine Bonnaire m’a demandé de composer la musique de son prochain film. 

 

Que vous apportent ces collaborations ?
Etre en interaction avec d’autres artistes, c’est profiter de leur talent et le leur rendre. Un effet de miroir. C’est ma stratégie : je sais mettre mon ego de côté, m’effacer au profit d’une réalisation commune. Comme musicien, j’ai le devoir de me renouveler et j’y arrive notamment grâce aux autres. Le quartette avec lequel je joue à Cully, cette année, a vingt ans, une longévité exceptionnelle due à la question que l’on se pose sans cesse en groupe : comment ne pas se répéter ?

 

En regardant derrière vous, que voyez-vous ?
Vingt années de musique et l’impression d’en avoir vécu quarante. Les tournées, dont je ne me lasse pas, sont une vie extraordinaire à la découverte de milieux, de paysages et de personnes toujours différentes. Mais, bon, je ne regarde pas trop derrière moi. Je fais ce que j’aime, et la scène est une vraie drogue pour moi ! Je vis cela comme un état de grâce, cela me nourrit. C’est peut-être surprenant de le dire, mais je suis heureux. On ne l’entend pas souvent, mais dans mon cas c’est vrai !

 

Et devant ?
Devant, il y a une musique que je compose pour huit voix et une trompette. Et puis Sandrine Bonnaire qui fait un film sur moi. Comme elle en a déjà fait un sur Jacques Higelin.

 

 

           Propos recueillis par William Etienne


Infos

Cully Jazz Festival, du 5 au 13 avril

0 Commentaire

Pour commenter