A 78 ans, Monique Corpataux a réalisé le tour du Mont-Blanc en huit jours

photos:    © Yves Leresche / DR

Cette Fribourgeoise de Bussigny (VD) a accompli les 170 kilomètres de ce parcours avec sa fille, son gendre et son petit-fils. Un petit exploit pour de grands souvenirs.

Elle n’a pas visé la lune, ni même un sommet, mais le défi était déjà de taille : réaliser, à 78 ans, le fameux tour du Mont-Blanc (TMB). Du 10 au 18 juillet, Monique Corpataux s’est en effet lancée sur ce parcours vallonné de 170 kilomètres. Et, tout de suite, cette Fribourgeoise de Bussigny (VD) est entrée dans le vif du sujet, dans la réalité des dénivelés.

 

«Le premier jour, nous avons été confrontés à une montée très éprouvante de 1200 mètres, puis à son équivalent en descente. Celle-ci m’a demandé beaucoup de concentration et de prudence, afin d’éviter les chutes, qui peuvent avoir de lourdes conséquences quand on a de l’ostéoporose. Mais je ne suis heureusement pas tombée. En revanche, je n’ai pas échappé aux douleurs musculaires consécutives à un tel effort. Mais elles ont disparu après deux jours, et tout le reste du trajet est allé tout seul», se rappelle cette mère de trois grands enfants.

 

C’est d’ailleurs entourée de sa fille Nicole et de son genre Jean-Claude, ainsi que de son petit-fils de 15 ans, Arthur, venu pour les deux derniers jours, que cette fringante retraitée est allée au bout de son challenge, s’affranchissant au passage de l’une de ses plus grandes peurs : le vide. «Dans le massif des Aiguilles-Rouges, il fallait grimper sur des échelles accrochées à même la paroi rocheuse. Je n’ai jamais osé guigner vers le bas, mais, malgré mon vertige, j’y suis arrivée.»

Car Monique Corpataux est une battante, qui préfère regarder devant elle plus que derrière, comme le confie sa fille Nicole, qui poursuit : «En 2016, juste avant le décès de mon père, nous lui avions proposé de réaliser le GR20, en Corse. Etant donné que sa copine s’était foulé la cheville au début du parcours, ma mère était redescendue avec elle après seulement quelques jours. Expérience faite, je pense que cette marche aurait été trop dure pour elle, mais nous restions quand même sur notre faim. D’où cette proposition du tour du Mont-Blanc, qui comportait moins d’inconnues, vu que mon mari l’avait déjà réalisé à plusieurs reprises.»

Une marcheuse de toujours

Pas à pas, l’idée a donc fait son chemin. Il faut dire que Monique Corpataux n’est pas une simple marcheuse du dimanche. Elle a déjà à son actif une partie du chemin de Compostelle, les 3000 mètres de la cabane des Dix, au-dessus de la Grande-Dixence (VS), ou encore des tronçons des crêtes du Jura. «A partir de l’âge de 10 ans, mon père m’emmenait chaque année faire une longue marche, qui nous a, par exemple, conduits du Moléson à la Dent-de-Jaman, se rappelle-t-elle. En plus, comme nous habitions dans le quartier de Schoenberg, sur les hauteurs de la ville de Fribourg, et que nous n’avions pas de voiture, j’ai toujours beaucoup marché. Aujourd’hui, je ne le fais plus que par plaisir, quand j’en ai envie.»

 

Ce goût de la marche à pied la poursuit donc depuis toujours, et l’a plus que jamais rattrapée depuis sa retraite. La preuve avec ce tour du Mont-Blanc, point culminant des Alpes (4810 mètres), qu’elle voit depuis la terrasse de sa maison et dont elle a déjà foulé le sommet il y a bien longtemps, après une ascension … en téléphérique! «Cette marche de huit jours a vraiment été une superbe expérience, souligne-t-elle. Il y a parfois eu des moments difficiles, mais cela valait largement la peine de les surmonter, d’autant plus que nous avons eu une chance folle avec le temps, puisqu’il n’a jamais plu et qu’il ne faisait pas trop chaud non plus.»

Le regard encore rêveur, elle évoque les cabanes de montagne propices aux belles rencontres et les vues imprenables sur les cimes alentour, et notamment sur le Mont-Blanc, dont le sommet était exceptionnellement dégagé. « Ce que je préfère dans la marche, c’est avant tout d’être dans la nature», explique cette alerte retraitée, qui gardera un souvenir ému du refuge de Contamines-Montjoie : « Il y avait une magnifique ambiance dans la cabane, une vue incroyable à notre départ, et des sommets tout autour de nous. »

Entre six et huit heures de marche par jour

Et la dimension introspective, dans tout cela? «Je me connais déjà très bien, répond-elle. Et, de toute façon, je me retrouvais régulièrement seule avec moi-même quand les jeunes me semaient ! C’est important que chacun avance à son rythme. Mais durant les six à huit heures de marche effectuées chaque jour, nous nous retrouvions régulièrement pour partager des pauses. L’entente a été excellente. En revanche, j’aurais de la peine à marcher toute seule plus d’un ou deux jours. Le contact avec les autres me manquerait. Je ne partirais pas non plus davantage que trois semaines, car mes deux petites chattes s’ennuieraient trop de moi !»

 

Cette année, Monique Corpataux a prévu plusieurs belles marches avec sa copine valaisanne du même âge, la dernière dans son entourage à demeurer en pleine forme, comme elle. «Au printemps, nous continuerons vraisemblablement à arpenter les crêtes du Jura, en partant de Bâle pour rallier Frinvillier (BE). Et, en automne, nous devrions nous diriger vers la Bretagne, afin de cheminer sur le sentier des douaniers.»

 

Mais le tour du Mont-Blanc gardera bien évidemment une place à part dans son cœur, puisqu’il s’inscrit dans la mémoire collective familiale. « C’est le genre d’expérience qui prendra encore plus de valeur avec le temps, étant donné que, à partir d’un certain âge, on sait d’autant moins de quoi demain sera fait, explique sa fille Nicole. Nous sommes ravis d’avoir pris le temps de vivre cette aventure, et espérons que cela donnera des idées à d’autres. Pas forcément sous la forme d’une marche, mais d’un projet commun, car les seniors ont encore en eux des potentiels énormes, trop souvent oubliés.»

 

Avec la famille Corpataux, en tout cas, la montagne aura accouché d’un beau projet intergénérationnel.

Frédéric Rein

0 Commentaire

Pour commenter