Pourquoi Lise adore les abeilles

Fraîchement retraitée, Lise Frey couve ses quatre ruches avec amour. Une passion qui date de l'adolescence. © Corinne Cuendet

Devenir apicultrice, c'était le rêve de Lise Frey, à Vauderens (FR). Un rêve que cette enseignante en biologie a réalisé à l'âge de la retraite, se plongeant avec délice dans l'univers très organisé de ces butineuses, troublantes d'intelligence.

Elles sont quatre, multicolores, installées en haut du terrain pentu qui jouxte la maison de Lise Frey, à Vauderens (FR). Quatre ruches que cette biologiste fraîchement retraitée couve d'un regard ravi. Silhouette sportive et sourire de jeune fille: à 64 ans, Lise fait dix ans de moins que son âge et parle avec un enthousiasme contagieux de la vie de ses protégées. Avec l'éclosion des fleurs de printemps, les abeilles ne savent plus où donner de la tête. Le ballet des allers et retours est incessant et passionne leur propriétaire. C'est cette fascination qui l'a poussée à faire de son amour pour les butineuses un véritable projet de retraite.

Pour elle, tout a commencé dès l'adolescence, au moment de choisir sa voie, comme elle l'explique: «J'avais un esprit plus scientifique que littéraire. J'ai opté pour la biologie avec le désir d'approfondir la zoologie et la physiologie humaine. Mon diplôme en poche, je suis devenue enseignante, pour des élèves du cycle secondaire.»

Dans la foulée, elle se marie, a deux enfants et, à 29 ans, s'envole avec sa petite famille pour l'Australie où son conjoint se voit proposer un poste de doctorante en zoologie. Ce séjour, qui durera trois ans, est un enrichissement. De retour en Suisse, enceinte de leur troisième enfant, Lise se consacre à sa famille pendant quelques années avant de renouer avec son métier d'enseignante. Jusqu'en 2013 où elle prend sa retraite, un projet bien précis en tête: «J'avais toujours eu un intérêt pour les abeilles, en lien avec leur disparition possible. En 2009, avec mon compagnon, nous avons fait construire notre maison, à Vauderens. Nous disposions d'un grand terrain sur lequel nous avons semé une prairie fleurie plutôt que du gazon. Et j'ai décidé de me lancer dans l'aventure

Un apprentissage bourdonnant

Devenir éleveuse d’abeilles ne s'improvise pas. Lise adhère à la Société d'apiculture de la Glâne où elle rencontre des adeptes expérimentés. Parmi eux, Norbert, apiculteur chevronné, accepte de lui servir de coach. La nouvelle venue suit les cours proposés par l'association et achète quatre ruches déjà habitées. L'apprentissage se poursuit, pas à pas: «La première année, Norbert s'occupait des abeilles et je l'accompagnais pour l'observer. La deuxième année, nous avons fait l'inverse: j'effectuais les tâches sous sa surveillance. Et l'an passé, j'ai commencé seule. Quand quelque chose ne va pas, je l'appelle à la rescousse!»

Sur l'un des murs de sa maison, Lise a accroché un panneau expliquant l'organisation interne de la ruche. Les larves sont nourries par leurs aînées en fonction des tâches auxquelles elles seront affectées une fois adultes. Dès qu’elle est en âge de procréer, la reine a droit à l'unique sortie de sa vie: un vol au cours duquel elle sera fécondée par les faux bourdons. S'ouvre alors pour elle une existence vouée à la maternité, puisque c'est à elle qu'incombe la mission de donner naissance aux futures abeilles. Un rôle épuisant: au printemps et en été, les ruches sont habitées par 30 000 à 40 000 individus.

Colonie fragile

Leur organisation est une source constante d'émerveillement pour Lise. Elle raconte que avant de partir féconder les fleurs et les butiner, les ouvrières ont un plan de carrière strict. Ici, pas question de piston: elles doivent passer par une série de postes, sans possibilité de sauter une étape, de nettoyeuses à gardiennes de la communauté, prêtes à en découdre avec les envahisseurs éventuels. «Car il arrive qu'une ruche soit attaquée par d'autres abeilles, précise Lise. Cela m'est arrivé une fois. J'ai appelé Norbert, car je ne voyais plus d'activité autour de l'une des ruches. Nous l'avons ouverte... Les abeilles étaient mortes et les rayons étaient vides. Elle avait été pillée. Je n'en menais pas large...»

De nombreux dangers guettent ces travailleuses infatigables. Si Lise ne peut rien contre les pesticides et autres produits toxiques qui les menacent, elle est très attentive à protéger son cheptel du varroa, l'acarien parasite qui se fixe sur l'abdomen des abeilles et s'en nourrit. Pour les éviter, elle traite ses ruches et reste vigilante.

En s'efforçant de toujours rester calme pour ne pas communiquer son stress à ses protégées, Lise les observe au quotidien, s'en occupe... et ne leur tient pas rigueur lorsque, malgré sa combinaison spéciale, il lui arrive de se faire piquer. Piqûres d'habitude sans conséquence, mais qui l'ont un jour conduite à l'hôpital. Mieux équipée depuis cet épisode, l'apicultrice a appris à capturer un essaim, à récolter le miel deux fois par an pour sa consommation personnelle, et s'apprête à transhumer avec ses ruches en juin. Avec son nouveau conjoint, Pierre, elle s'offre un deuxième rêve de retraitée depuis l'an dernier: devenir gardienne d'alpage durant la saison d'estivage. Tous deux sont responsables de 80 génisses, quatre mois par an. Les abeilles vont profiter de l'aubaine. Leur voyage se fera de nuit et, au petit matin, elles s’élanceront à l’assaut des fleurs de montagne!

Martine Bernier

 

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