PASSION – Les jouets, sans limite d’âge

Barnabé et ses trains miniatures © Yves Leresche

Adultes, ils n’ont jamais remisé définitivement leurs boîtes de Lego, leurs trains électriques ou leurs petites voitures. Rencontre avec des mordus.

Vient le jour où l’on range, une fois pour toutes, ses petites voitures ou ses poupées. Pas pour tout le monde. En parallèle de leur vie d’adulte, marquée par une carrière et une vie familiale accomplies, certains n’enterrent pas définitivement leur goût pour ce qu’on appelle un peu vite les « jouets ». Guidés par la passion du jeu, de la construction, de l’histoire, ils ont su se créer un monde parallèle où s’expriment leur créativité et leur développement de soi. En Suisse, et ailleurs dans le monde, ces passionnés se retrouvent parfois dans des clubs comme le FMAF (Fanas Minis Autos Fribourgeois) qui réunit des amateurs de voitures, de trains miniatures et de jouets. Le monde des amateurs de jouets et de modèles réduits s’avère toutefois de plus en plus marginal. En Suisse romande, les magasins proposant des modèles réduits de qualité, des merveilles d’artisanat ou des antiquités se comptent désormais sur les doigts de la main. A l’heure du tout écran, les grands enfants du siècle passé n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Parfois, malgré eux, ils enrichissent le patrimoine universel du jeu.

Nicolas Verdan

(photos © Yves Leresche et Thierry Porchet)


« Toute l’histoire de Mercedes »

Philippe Wicht, 63 ans, Léchelles (FR)

« L’histoire de l’automobile nous réunit tous. Aujourd’hui, la voiture fait l’objet de toutes les critiques, mais elle n’en reste pas moins une invention extraordinaire. » Philippe Wicht sait de quoi il parle. Dans le galetas aménagé dans sa coquette villa, il a installé d’élégantes vitrines qui accueillent des milliers de miniatures de Mercedes et de NSU, une vénérable marque allemande. C’est seulement à 23 ans que Philippe s’est lancé dans cette aventure. Mais sa passion pour les « petites voitures » ne sort pas de nulle part. Dans un coin de son exposition, on trouve des voitures Dinky Toys, comme celles de son enfance. Membre du FMAF aussi, il tient à préciser qu’il ne collectionne pas des jouets: « On a passé l’âge, sourit-il. Et puis, vous trouverez  peu de papas qui achètent à leurs enfants une petite voiture à 80 francs la pièce qui aura perdu ses roues et ses vitres après trois jours. »

De 1866 à nos jours, ce collectionneur réunit tous les modèles et leurs variantes. Philippe monte et peint lui-même certains de ses modèles réduits. « Notre club est avant tout un groupe d’amis. Nous ne sommes pas animés par la spéculation ou la concurrence. » Certains modèles réduits atteignent des cotes incroyables sur internet. Mais Philippe n’en a cure. Lui, son plaisir, c’est d’observer les détails de la 300 SLR « portes-papillon » de 1955. Il se laisse tout aussi émouvoir par la NSU Prinz de 1958 et son personnage miniature de baigneuse sur une plage de la mer du Nord.


« Jouer au train : mieux qu’un psy »

Jean-Claude Pasche, 77 ans, Servion (VD)

On connaît le metteur en scène Jean-Claude Pasche, dit Barnabé, et sa revue fameuse. Mais il faut monter au-dessus de son Café-Théâtre de Servion pour découvrir le jardin secret de cet homme multitalentueux : une maquette ferroviaire gigantesque, réunissant l’une des plus fabuleuses collections de trains de par le monde. On trouve, là, plus d’un kilomètre de voies de chemin de fer où circulent plusieurs centaines de trains jouets à l’échelle zéro/32 mm. Tout a commencé en 1947, quand Jean-Claude Pasche reçoit de son parrain une caisse en bois avec son premier circuit Märklin. Septante ans plus tard, le garçon émerveillé, devenu collectionneur, possède encore la célèbre Flèche rouge de son enfance. « J’aime les trains jouets, véhiculant une certaine poésie, explique Barnabé. Chez moi, vous ne trouverez pas de répliques exactes de convois réels. »

Au fil des ans, l’univers ferroviaire de Jean-Claude Pasche s’enrichit de convois du monde entier, tous à la même échelle et qui roulent sur ce fond de décor alpestre peint sur les parois de l’ancienne grange : trains japonais, russes, américains, tchèques, ces locomotives et ces wagons colorés sont autant d’invitations au voyage et au rêve. Aux commandes de ses transformateurs, Barnabé le dit bien : « Jouer au train vaut une séance de psy ! » Il se souvient avec émotion d’un après-midi passé à jouer avec Claude Nobs, le fondateur du Montreux Jazz Festival, qui partageait sa passion : « Il fallait nous voir à genoux sur le tapis, avec nos rails et nos aiguillages. »


« Pas de honte à jouer aux Lego »

Jocelyne Derivaz, 64 ans, Eric et Alex, Concise (VD)

Jocelyne Derivaz se souvient comme si c’était hier du jour où son père lui a offert son premier Lego : « C’était une boîte en bois avec des briques rouges et blanches et des éléments transparents. J’ai pu jouer avec eux autant que je le voulais, sans les abîmer comme les Meccano de mon grand frère. » Après des études d’architecture, Jocelyne s’est mariée. En 1992, naît Eric. « Avec feu mon mari, on a commencé à lui acheter des Lego. Et nous nous sommes pris au jeu. » En famille, puis avec des voisins, comme Alex, la passion pour ce jouet danois s’empare ainsi de trois familles de Concise. Elles fondent l’association Swissbriques qui met sur pied, depuis dix ans, une exposition consacrée à leurs plus belles créations : gare avec marquise géante, jardin japonais, dinner américain des fifties, réplique des édifices emblématiques du patrimoine bâti mondial, tout y passe et avec des variations par rapport aux modèles de base proposés par Lego.

Chaque année, Joceylne, Eric et Alex vont faire leurs emplettes au Legoland de Günzburg, en Allemagne. Ils y trouvent les pièces nécessaires à leurs spectaculaires réalisations et ils en chargent des caisses entières dans le coffre de leur voiture. « Combien sont les adultes qui n’avouent pas qu’ils jouent encore au Lego ? s’amuse Jocelyne. Comme si c’était un truc honteux. C’est, au contraire, une activité très formatrice. » De leur aveu même, Jocelyne et Eric se sont  laissé quelque peu envahir par leurs Lego. « Il y en a partout, jusque dans la salle de bain », confient-ils en riant.


« Je me concentre sur les 24 Heures du Mans »

Antoine Golay, 63 ans, Marly (FR)

Tous les modèles en vitrine chez Antoine Golay ont une histoire. « J’aime bien celle de cette BMW 2002, de 1975, des 24 Heures du Mans 1975, pilotée par Giancarlo Gagliardi, Daniel Brillat et Michel Degoumois. L’équipage avait terminé 27e au classement général et 1er de la classe TS (Tourisme Spéciale). » Cette miniature à l’échelle 1/43 fait partie de la superbe collection de ce passionné d’histoire automobile qui aime les voitures depuis son enfance. Membre du FMAF, cet employé de commerce polyvalent se concentre essentiellement sur les bolides de la mythique course du Mans. S’il aime aussi la nature et les oiseaux, Antoine Golay consacre une partie de son temps libre à son hobby. « Un enfant ne pourrait pas acheter ces modèles réduits et il les abîmerait », précise ce collectionneur.

Les petites merveilles exposées ici sont exclusivement des répliques exactes des différents véhicules qui ont tourné aux 24 Heures du Mans. « Les voitures, c’est statique, contrairement aux trains électriques que vous pouvez faire tourner, reconnaît Antoine Golay qui tient dans sa main une Ferrari 330 TRI, vainqueur du Mans en 1962. Certains collectionneurs de mon genre s’amusent à réaliser des dioramas du circuit. Mais, pour cela, il faut de la place. » Grand admirateur de Jo Siffert, légende fribourgeoise de la course automobile, Antoine Golay a su transmettre sa passion à son fils aîné.


 

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