Conserve the Sound, pour écouter les bruits disparus

©Conserve the Sound

A visiter en ligne, Conserve the Sound est une galerie consacrée aux sons en voie d’extinction : walkman, machine à écrire… Nostalgie garantie.

Ah ! nostalgie, quand tu nous tiens… Chaque jour, des bruits du quotidien se meurent. Des appareils obsolètes disparaissent de la circulation pour être remplacés par d’autres, plus silencieux. Les modems et leur fameuse séquence de bips entrecoupée de chuintements ont laissé place à des routeurs taiseux, les cassettes vidéo à du streaming aseptisé et les anciennes machines à écrire à des claviers ultrafins et discrets…

Pour sauver ces sons d’une autre époque, Jan Derksen et Daniel Chun, ont créé un musée en ligne, Conserve the Sound, chargé d’archiver le bruit des vieux appareils de notre quotidien : moulin à café, lecteur de cassettes audio, téléphone à cadran ou caméra Bolex Paillard.

Commencé en 2013, le projet permet aux générations les plus âgées de réécouter avec mélancolie certains de leurs appareils fétiches et, aux plus jeunes, de découvrir des engins appartenant aujourd’hui à l’histoire. « L’idée nous est venue, il y a une dizaine d’années, nous explique, Jan Derksen, lorsque, à l’arrivée des premiers smartphones à écran tactile, nous avons réalisé que le son des touches des téléphones de la génération précédente allait disparaître. Aujourd’hui, le visuel a tendance à dominer dans nos vies. Or, pour nous, il est non seulement primordial de préserver ces sons pour des raisons historiques, mais aussi parce qu’ils ont tenu une part importante dans la vie de beaucoup de gens. »

 


Tant d’appareils qui étaient liés à notre quotidien avec leurs sons bien spécifiques !

 

« Une dame a pleuré »

Aujourd’hui, près de 145 sons sont répertoriés sur le site. Il est possible de faire des recherches par époque, par mot-clé, par genre d’engins… D’un clic sur l’appareil voulu, on entend alors le son qu’il produisait, avec photos à l’appui. Au fil des pages, on retombe ainsi avec émotion sur des machines que l’on a effectivement eu entre les mains, une fois ou l’autre dans sa vie. « On reçoit beaucoup de courrier, confirme Jan Derksen, et l’un des plus touchants nous est venu d’une dame qui, nous racontait-elle, a commencé à pleurer en entendant le bruit d’une vieille machine à écrire qui lui avait servi à rédiger son diplôme universitaire, des années auparavant. »

 

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Au fil des ans, la collection s’est étoffée, jusqu’à s’enrichir de quelques séquences vidéo permettant d’approfondir l’expérience. Et puis, avis aux amateurs, le site est aussi ouvert à des collaborations, s’il vous venait à l’idée de ressortir des placards vos appareils désuets.

Reste à savoir si tous les sons sont vraiment bons à être préservés ?

Jan Derksen : « Pour moi, oui, définitivement, ne serait-ce que pour la postérité. La seule limite que nous nous fixons concerne les sons relatifs à la mort ou à la guerre. »

 

Christophe Pinol

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