Les transports publics doivent-ils être totalement gratuits?

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Face à l’urgence climatique, cette mesure revient sur le devant de la scène politique lausannoise notamment grâce à une initiative parlementaire déposée par le POP-Vaud. En France, Dunkerque a déjà franchi le pas.

 

 

Estimez-vous que la gratuité totale des transports serait une bonne chose?

Ce serait une mesure efficace pour soutenir le pouvoir d’achat comme le climat. Toutefois, si nous voulons dépasser les déclarations d’intention, il faut aussi proposer des mesures réalistes, dont on peut assurer le financement.

Si on ne payait plus les transports, les 100 millions de francs nécessaires à leur bon fonctionnement seraient assumés par le contribuable?

La gratuité a un coût, c’est indéniable. Il faut donc pouvoir la financer et discuter cette question à la bonne échelle. Ne serait-ce que pour des raisons de moyens et d’étendue du réseau, la réflexion doit impliquer toutes les collectivités publiques. La mise en place de communautés tarifaires a considérablement changé la donne, les responsabilités en matière de tarifs dépendant aujourd’hui très largement des CFF.

N’y a-t-il pas, en outre, un risque de ne plus avoir les moyens d’investir dans les infrastructures des transports publics…

Une telle mesure devrait être financée de manière à ne pas prétériter le développement de l’offre, qui est essentiel.

Lausanne jouera-t-elle donc les précurseurs, comme Dunkerque en France?

C’est déjà le cas depuis dix ans! En réponse à un postulat que j’avais déposé lorsque j’étais conseiller communal, Lausanne offre en effet la gratuité pour tous les enfants scolarisés à plus d’un kilomètre de leur école et un abonnement annuel demi-tarif pour les autres. Ces mesures permettent aux familles lausannoises d’avoir les transports publics les moins chers parmi les grandes villes suisses. Imaginer étendre ce modèle, par exemple aux retraités, dont beaucoup ont des petits revenus ou aux jeunes en formation, est sans doute une approche plus réaliste qu’une gratuité générale.

 

 

Vous n’êtes pas favorable à la gratuité totale des transports en ville de Lausanne. Pourquoi?

Comment s’opposer à la gratuité? Evidemment que l’on souhaiterait ne plus payer les transports publics, les crèches et de tant d’autres choses. Mais à la question de savoir si nos finances nous le permettent, la réponse est non. A moins de couper dans d’autres politiques publiques.

Le financement, c’est ce qui vous retient le plus?

Clairement.

Cela a pourtant été fait à Dunkerque, et l’augmentation globale des passagers sur une année a bondi de 65%, atteignant même 124%, le week-end. N’est-ce pas la preuve que c’est faisable?

C’est en effet réalisable, mais je note que la dette de Dunkerque est suffisamment basse et maîtrisée pour qu’elle puisse se permettre pareille action. Cette capacité différencie cette ville française de la capitale vaudoise.

En cette période d’incertitude climatique, ne serait-ce quand même pas un pas dans la bonne direction?

Selon où habitent les gens, ils n’ont pas toujours le choix du mode de transport. En revanche, l’élargissement de l’offre influe concrètement sur les habitudes. Il suffit de constater l’impact du M2 sur celles des Lausannois. Le M3 ou le tram les modifieront encore plus, avec des effets positifs sur le climat.

Ne pensez-vous pas que le prix actuel du billet de transport est dissuasif?

Pas pour la grande majorité. Les transports publics sont aujourd’hui déjà largement subventionnés par la collectivité, ce qui permet de proposer des billets bien moins chers que leur prix réel. Sans oublier qu’une grande partie des jeunes profitent de gratuité.

Ne faudrait-il pas étendre cela aux seniors?

Ce serait incontestablement une option plus convaincante qu’une gratuité générale.        

 

Frédéric Rein

 

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Oui...les transports publics devraient être grstuit pour les seniors.