Lassés des sites internet, les célibataires ont leur soirée !

© Yves Leresche

Désormais, des sociétés organisent des soirées thématiques pour permettre à tout un chacun de faire connaissance autour d’un verre ou d’une activité. A l’approche de la Saint-Valentin, nous avons participé à l’une d’entre elles à Bursins. Reportage.

Se retrouver un jeudi soir à Bursins, dans les Caves Mövenpick, entouré d’inconnus a de quoi faire fuir les moins téméraires. Pourtant, ils sont près d’une soixantaine à avoir bravé le froid pour participer à la soirée « Accord vins et pâtes », organisée par Christiane Link, organisatrice de Macaron Vanille. Une petite entreprise qui propose, depuis neuf ans, des rencontres bien réelles entre célibataires de tous âges. Certaines sorties sont réservées à des tranches d’âge spécifiques, mais la plupart offrent aux jeunes de 20 à 80 ans la possibilité de partager un bon moment avec peut-être, à la clé, les prémices d’une histoire d’amour.

Rémi, la soixantaine, avance, intimidé. Il est séparé de son épouse depuis plus de douze ans, et ses enfants l’ont inscrit par le passé sur un site de rencontre. « J’ai été très déçu par cette sorte d’approche. J’ai vite réalisé que les femmes avec lesquelles je discutais draguaient plusieurs hommes en même temps. J’apprécie le concept proposé par Macaron Vanille qui consiste à rassembler des gens autour d’une activité. Tout le monde se tutoie et c’est très agréable. » Un concept qui n’est pas nouveau, mais qui séduit particulièrement les personnes de plus de 50 ans, pour qui la séduction passe par le contact réel plutôt que par des « chats » interminables. Outre Macaron Vanille, deux autres entreprises françaises proposent des soirées similaires. Happy Friends organise des soupers dans plusieurs villes de Suisse romande, alors que Le Speed Dating propose des tête-à-tête express (lire encadré). L’offre pour des rencontres réelles reste néanmoins très limitée en comparaison à celle des sites spécialisés. Il y en a pour tous les goûts. Smash, pour les sportifs. Tinder, pour les histoires légères. Gleeden, pour les infidèles. Single 50, pour les seniors. Et encore, ce ne sont que quelques exemples de sites.

 

Connecté mais seul

« La tranche d’âge 40-55 ans est la plus représentée dans mes soirées, explique Christiane Link. Les célibataires de cet âge cherchent de vraies relations. A la maison, face à son ordinateur, on a beau être connecté, on reste seul sur son canapé. » Loris est arrivé en avance à la soirée, un peu stressé. Cet enseignant n’en est pas à sa première soirée. « C’est la seule chose que je fais activement pour rencontrer quelqu’un. J’ai 50 ans Je ne sais plus comment m’y prendre pour flirter, je suis rouillé. Venir ici et savoir que les femmes présentes sont, elles aussi, libres facilite la démarche. »
Il suffit d’observer les convives pour voir que la « mayonnaise » prend. Toutes les personnes présentes seraient ravies de repartir avec la promesse d’un futur tête-à-tête. L’ambiance n’est toutefois pas à la drague, davantage à la convivialité. Certaines participantes déplorent la passivité des hommes présents. D’autres en sont ravies. Julie, 52 ans, explique : « A force de venir, je me suis fait des amies. J’ai un caractère bien forgé et je sais ce que je veux. Les quinquagénaires sont souvent à la recherche de femmes plus jeunes, et donc plus faciles à manipuler. » Un vieil habitué des sorties de Christiane Link, qui souhaite garder l’anonymat, admet s’y rendre davantage pour voir des amis que pour trouver l’âme sœur.

 

« Je n’ose pas draguer »

A quelques pas du buffet, Monica et Nathalie, 51 ans, sont en pleine conversation et attendent que la file des affamés diminue avant d’aller se servir.« J’ai besoin de voir les gens, je ne suis pas à l’aise avec les sites. » Et sa copine de surenchérir : « Je privilégie le vrai contact, afin de ressentir « quelque chose » face à mon interlocuteur. » Nicolas, 61 ans, a déjà vécu quelques belles histoires grâce aux soirées. « Pour séduire sur un site de rencontre, il faut être aventureux et je trouve cette démarche peu sérieuse. » Ronald, 60 ans, a une opinion bien tranchée sur les sites de rencontre : « Quand je vois ce que les gens écrivent et comment ils écrivent, cela me fait bondir ! » Charmeur, le sexagénaire ne cesse d’ailleurs de faire des compliments à Béatrice, visiblement gênée ...
La soirée avance tout comme la dégustation de vins. L’ambiance reste détendue. On ne sait pas combien de personnes sont reparties avec un numéro de téléphone en poche, mais Christiane Link comptabilise un mariage et deux bébés Macaron Vanille. « Chaque semaine, il y a au moins un couple qui se forme grâce à une de mes sorties. »      

 

Faire la cour, c’est comme le vélo...

Forte de ses neuf ans d’expérience dans l’organisation de soirées pour célibataires, Christiane Link livre quelques astuces pour séduire l’autre.

1. Prendre le temps « Les gens veulent souvent que tout aille vite, mais, pour savoir si l’on a ou pas des valeurs communes, il ne faut pas se précipiter. Je conseille aux couples en devenir de se voir cinq fois avant de se retrouver sous la couette. Tout ce qu’on a pu construire en prenant le temps de se connaître permet au couple de durer. »

2. Oser « Plus les hommes avancent en âge, plus ils voudraient que les femmes prennent les devants. Messieurs : soyez audacieux. Les femmes ont un faible pour les hommes qui savent ce qu’ils veulent. Faites toutefois attention à ne pas aller droit au but, de peur que cela soit vécu comme une agression. »

3 . être positif « Si l’on est prêt à une rencontre et qu’on y croit, ça finit par arriver. Je crois à la force de la pensée positive. Il faut venir à une soirée en étant confiant et optimiste. Evitez de parler de vos relations passées, de vos maladies et de vos problèmes. Soyez léger. »

4. Faire une bonne première impression « Soignez votre apparence, adoptez une posture droite, évitez tout excès de familiarité, soyez courtois et poli. »

 

 

 

Être célibataire n’est pas une maladie

Dans le documentaire suisse Les dames, qui suit le quotidien de cinq femmes célibataires de plus de 60 ans, l’une d’entre elle affirme : « Peut-on vraiment retrouver l’amour à 72 ans ? » La réponse est oui. D’autant que le célibat tardif n’est plus vécu comme une honte. « Le sujet est de plus en plus abordé dans notre société, expliquent Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, réalisatrices. Les seniors divorcent davantage qu’auparavant, alors, naturellement, ils ont envie d’un nouveau compagnon ou d’une nouvelle compagne. »
Mais attention à ne rien précipiter. Adriano Angiolini, conseiller conjugal à Caritas Jura et au CSP Berne-Jura : « La personne n’est plus toute neuve. Elle a un parcours de vie, souvent des enfants qui vivent encore avec elle. L’harmonie du nouveau couple peut être rompue en voulant faire vivre tout le monde sous le même toit. » Mieux vaut ne rien précipiter. « Faire cohabiter les enfants des deux partenaires n’est pas toujours simple. Certains couples préfèrent vivre dans deux logements séparés et ne partager que les week-ends ou les vacances avec les enfants de l’autre. »

 

Un nouveau départ

Le corps qui vieillit et le manque de confiance en soi que cela engendre peuvent être sources d’inquiétude. Dans Les dames, une sexagénaire, ayant retrouvé l’amour grâce à un site de rencontre, admet avoir une sexualité plus épanouie que jamais. « De nos jours, à 50 ans, hommes et femmes restent performants, constate Adriano Angiolini. La période de célibat, après une rupture, est l’occasion, pour certaines personnes, de se donner un nouveau départ en reprenant leur vie en main au moyen d’activités sportives, sociales ou culturelles. »  Reste la difficulté de faire de nouvelles rencontres. Qui dit divorce, dit souvent perte d’une partie de ses amis et de son réseau. Dans ce contexte, les sites spécialisés restent un tremplin facile d’accès, mais qui peut susciter certaines réticences. « Les appréhensions dépendent des tempéraments, peut-être aussi des périodes de vie que la personne traverse, constatent Stéphanie Chuat et Véronique Reymond. Mais, passé ses premières réticences, ayant eu vent de l’expérience de l’une ou de l’autre de ses amies, cette même personne peut être tout de même tentée de « se risquer » à s’inscrire sur un site. »

 

 

   

 

Yseult Théraulaz
 

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