Faut-il sauver la carte journalière des CFF ?

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En février dernier, le Conseil fédéral a annoncé la disparition, à la fin de 2023, de ce sésame, proposé à tarif préférentiel par des milliers de communes en Suisse. Une décision qui divise.


Laurence Fehlmann Rielle, conseillère nationale (PS/GE) 

 

Pourquoi êtes-vous opposée à la disparition de la carte journalière des CFF ?

Je ne comprends pas pourquoi on veut supprimer une prestation qui est très utilisée et gérée à satisfaction par les communes sous prétexte de « modernité ». D’après les réactions de communes de cantons différents, cette décision a été prise sans concertation et sans 
une alternative claire. 

Les partisans de sa disparition évoquent notamment la concurrence des billets dégriffés et le développement de la numérisation. 

 

Des arguments que vous entendez ?

C’est le principe de « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la gale » ! L’Alliance SwissPass prétend que les communes perdent de l’argent sans que l’on ait des chiffres qui fondent cette affirmation. La numérisation ne doit pas dicter les politiques publiques, mais les accompagner.

 

Pensez-vous qu’il s’agisse d’une mesure discriminatoire à l’égard des seniors, qui en sont très friands ?

Oui, cela peut désavantager les seniors qui profitent de leur retraite pour découvrir le pays. Ces cartes journalières permettent en outre de prendre plusieurs moyens de transports de manière flexible, ce qui n’est pas le cas des billets dégriffés.

 

Le Conseil fédéral promet une nouvelle offre « qui sera mise à disposition des communes et des villes en exclusivité à partir de 2024 ». Qu’en pensez-vous ?

Il faut qu’il y ait une concertation avec les communes et l’Union des villes suisses et que l’offre soit attrayante et avantageuse pour différentes catégories d’utilisateurs. Sinon, on risque de voir la population se détourner du train au profit de la voiture, ce qui est contraire aux objectifs du développement durable.

 

 

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Bruno Galliker, porte-parole d’Alliance SwissPass, qui gère les cartes journalières

 

 

Pourquoi vouloir faire disparaître la carte journalière ?

Les raisons sont multiples. Du côté des transports publics, la principale est l’impossibilité de faire respecter les conditions générales, les cartes se retrouvant notamment sur des sites de revente en ligne. Pour les communes, certaines ne rentrent plus dans leurs frais, car la concurrence des cartes journalières dégriffées se fait toujours plus sentir.

 

Hormis les billets dégriffés, la numérisation des titres de transport aurait aussi fait perdre de son attrait à la carte journalière. Pourtant, elle a été très utilisée l’an dernier, en dépit du Covid…

Cette offre reste effectivement appréciée, mais la tendance, tant du côté de la clientèle que des transports publics, est au développement rapide des offres dégriffées, facilement accessibles en ligne, disponibles à partir de 29 francs avec le demi-tarif (52 francs sans) et non limitées aux habitants d’une certaine commune.
    

N’est-ce finalement pas discriminatoire vis-à-vis des seniors, qui en sont très friands ?

Nos offres numériques sont très simples d’utilisation. Toutefois, les personnes sans accès à internet bénéficieront elles aussi, à partir de 2024, d’offres dont la forme sera définie d’ici là par l’Association des communes suisses, l’Union des villes suisses et la branche des transports publics.

 

Vous promettez une nouvelle offre d’ici à trois ans. De quoi parle-t-on au juste ?

Cela doit encore être précisé, mais devrait prendre la forme d’offres promotionnelles, telles qu’il en existe déjà dans le cadre de partenariats avec Coop ou La Poste. L’Alliance SwissPass a pour objectif de soumettre d’ici à la fin de 2021 une proposition aux villes et aux communes en vue de 
présenter la future offre à la mi-2022.

 

 

Frédéric Rein
 

 

 

 

 

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