Faut-il renoncer aux fraises espagnoles ?

©Istock

Ce fruit rouge, omniprésent dans les rayons des supermarchés, provient, la plupart du temps, de la péninsule ibérique, ce qui excède de nombreux consommateurs. Les distributeurs ne devraient-ils pas limiter sa présence ? 

 

L’Andalousie a orienté un pan de son économie sur la production de fruits et de légumes à bas prix. En Suisse, près de 75 % des fraises viennent de là-bas. Vous avez enquêté sur ce phénomène, qu’est-ce qui vous a le plus choquée ?

Leur mise en avant et en scène dans les magasins. On retrouve ces fraises dès les premiers mois de l’année dans les endroits stratégiques, entourées de crème chantilly ou de fonds de tartelettes. Nous souhaitons avant tout que les distributeurs renoncent à ce marketing massif en hiver. Contrairement à ce qu’ils nous affirment, ils ne répondent pas à une demande, mais ils la créent !

 

N’est-ce pas là une manière de rendre ce fruit accessible aux moins fortunés ?

Le prix très bas de la fraise espagnole est problématique, car il a des répercussions sur les conditions sociales des travailleurs. En outre, la grande quantité écoulée laisse penser, à tort, que c’est son prix normal, faisant passer la fraise suisse pour un produit de luxe. Une alternative à moindre coût réside dans l’autocueillette. 

 

Leur présence prétérite donc nos baies locales…

Plus que leur présence, c’est le tapage marketing qui leur porte préjudice, d’autant plus qu’il disparaît durant la saison des fraises suisses, qui bat son plein en mai, et non en mars, comme on pourrait le croire, en se rendant dans les magasins des grands distributeurs. 

 

Les fraises espagnoles sont-elles au moins bonnes ?

Il y a de tout. Cela dépend de la saison, de la cueillette, du transport, des variétés…

 

En quoi consiste l’action lancée par la FRC intitulée « Ramène ta fraise » ?

Elle vise à permettre aux consommateurs, qui nous signalent ces cas depuis des années, de témoigner sur ces problèmes de saisonnalité des fruits et des légumes et, pour nous, notamment, de les tenir au courant du déroulement de nos discussions avec les distributeurs.  

 

 

 

Vous justifiez la présence des fraises espagnoles sur vos étals par l’envie des consommateurs. 

Si un produit n’est pas acheté, il disparaîtra de nos rayons. Toujours est-il que c’est une priorité pour Migros de proposer des produits écologiquement et socialement responsables. En 2019, nous avons ainsi lancé un projet à Huelva, en Espagne, où l’accent est mis sur la culture écologique des fraises et les conditions de travail équitables.

 

Comprenez-vous toutefois les consommateurs que cela excède ? 

Les souhaits de nos clients nous poussent à nous améliorer. Nous ne sommes pas durables à 100 %, mais 100 % transparents ! Avec le lancement du nouveau M-Check, nos produits seront ainsi progressivement dotés d’une échelle de durabilité, qui permet d’effectuer ses achats en toute connaissance de cause. Cela dit, le bilan écologique de ces fraises transportées vers la Suisse est meilleur que celui de leurs équivalents suisses cultivés dans des serres chauffées. De plus, dès que les fraises helvétiques sont disponibles, elles sont proposées en rayon.

 

La FRC vous accuse d’avoir un marketing trop agressif en faveur des fraises espagnoles.  

Cette année, Migros a décidé de commencer ses promotions sur les fraises plus tardivement.

 

Que vous inspire l’action de la FRC « Ramène ta fraise » ?

Migros est le plus grand acheteur et distributeur de matières premières issues de l’agriculture helvétique. Environ 70 % des denrées alimentaires dans nos magasins sont produites en Suisse. Nous accordons une grande importance à la régionalité, « De la région » étant l’un de nos labels les plus importants. 

 

Au fait, la pandémie a-t-elle changé les habitudes de vos clients ? 

Elle a entraîné une augmentation de la demande pour les produits bio.

Frédéric Rein

 

 

 

 

4 Commentaires

Pour commenter

Pas de fraises sur ma table avant mai !
Celles du jardin sont meilleures mais il faut attendre le 21 mai pour les premieres

Entièrement d'accord avec ces deux dames. Pour ma part je préfère me passer de fraises, voire de fruits, venant de l'Espagne. En ce qui concerne les fraises je préfère celles venant de France ou d'Italie, mais en principe j'attends les fraises de chez nous, même si quelques fois elles n'ont pas de goût non plus. Je comprends la grande distribution qu'il faut "absolument" garantir la demande des consommateurs. Mais certains consommateurs devraient un peu plus penser au réchauffement climatique et de privilégier les fruits et légumes de saison et produits chez nous. Certes, certains fruits doivent être obligatoirement importés (banane, ananas, citrons, oranges, etc.) mais pas des produits pouvant être cultivés chez nous. Un petit geste pour la planète peut-être !!!

Entièrement d'accord avec Evelyne, c'est de goût qu'on a le plus besoin. Comme elle, j'évite d'acheter espagnol ou hollandais si je trouve italien ou français. Et je bannis la viande d'Argentine, d'Uruguay ou de Nouvelle-Zélande. La semaine dernière, la Migros vendait encore des asperges du Pérou, ce n'est pas le blabla de son porte-parole qui va changer la donne! Cette semaine, son M-Magazine offre à la dernière page des "baisses de prix durable" mais "jusqu'à épuisement du stock"!!! Ce sont probablement des articles de l'an dernier, mais on sait que les produits solaires se transforment et qu'on ne peut pas les garder d'une année à l'autre car ils deviennent toxiques....

Cela fait déjà longtemps que je n’achète pratiquement plus de fruits et légumes d’Espagne ni des pays bas surtout parce qu’ils n’ont en général aucun goût ce qui pour moi est très important. Les produits français est italien sont souvent bien meilleurs. Cela arrive aussi que les produits suisses n’ont pas de goût. Je teste dans toute sorte de magasin et aussi chez les paysans. Ce que beaucoup de gens veulent c’est de retrouver les vrais goûts.