Faut-il rebaptiser les rues au nom du politiquement correct?

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Neuchâtel a débaptisé l’Espace Louis-Agassiz, du nom d’un glaciologue fameux, au motif de ses thèses racistes. Une décision qui ne fait pas l’unanimité.

 

POUR

Thomas Facchinetti est  conseiller communal de la ville de Neuchâtel, directeur de la Culture et de l’Intégration

Neuchâtel a débaptisé l’Espace Louis-Agassiz, un glaciologue fameux ayant toutefois promu le racisme. Une façon de s’ériger en juge devant l’histoire ?
Bien sûr que non ! Ce jugement appartient aux historiens. Et c’est justement du fait des connaissances actuelles sur Louis Agassiz qu’il apparaît aujourd’hui paradoxal qu’un espace public soit nommé d’une personnalité aux idées particulièrement racistes. Je vous rappelle aussi que cette décision s’appuie sur deux interpellations du Conseil général (Parlement de la ville) et sur l’accord du rectorat de l’Université. 

Dès lors, pourquoi ne pas rayer complètement son patronyme de tous les hommages dont son nom bénéficie encore à Neuchâtel ?
Ce serait un non-sens. Renommer un espace public au profit de Tilo Frey, une pionnière de l’émancipation féminine en Suisse, ne veut pas dire effacer la mémoire d’une personnalité dont l’apport scientifique est incontestable. L’Université possède un buste, le Muséum d’histoire naturelle de la ville un grand portrait. Tous les deux restent exposés, accompagnés d’une solide notice expliquant les deux facettes de Louis Agassiz.

Louis Agassiz n’est ni la première ni la dernière personnalité à présenter une double face. Faut-il n’honorer que les purs ?
Chaque époque honore celles et ceux qui, à ses yeux, caractérise au mieux les valeurs reconnues comme élevées et inspirantes. Neuchâtel se targue d’être une ville accueillante pour tous, Suisses comme étrangers. Le racisme particulièrement virulent d’Agassiz entre en contradiction flagrante avec cette conception des choses. Renommer cet espace est donc un symbole fort contre le racisme, à l’heure où nous observons un regain inquiétant des mouvements xénophobes.

 

CONTRE

Francis Persoz, ancien recteur de l’Université de Neuchâtel

Est-ce bien le rôle d’une ville de s’ériger en juge devant l’histoire ?
Restituer l’histoire sans falsification est un principe admis par tous. La question est de savoir si on veut gommer le nom d’Agassiz qui apparaît, aujourd’hui, écorné par ses positions vis-à-vis de ce qu’il appelait « la race noire » ou honorer une femme de talent et de courage que fut Tilo Frey. Pour y répondre, il faut se rapporter à ce que fut Louis Agassiz pour Neuchâtel au XIXe siècle. Grand spécialiste des poissons fossiles, il devient l’un des fondateurs de la glaciologie moderne.

Son travail a-t-il contribué au rayonnement de la ville?
Il fait de Neuchâtel l’un des centres de la communauté scientifique de l’époque. Son nom, très populaire, est affecté à des villages, des sommets, des hôtels …. même la Lune a son sommet Agassiz. Sa participation au rayonnement de Neuchâtel est telle que sa présence dans le monde d’aujourd’hui s’impose.

Agassiz n’est pas la première personnalité à double face. Faut-il n’honorer que les purs ?
Evidemment non. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les « Noirs », pour la majorité des gens, étaient considérés comme étranges, pour ne pas dire inférieurs aux « Blancs », d’où l’esclavage et le peu d’intérêt qu’ils présentaient pour les Européens si ce n’est celui d’en faire commerce. Plusieurs personnalités de Neuchâtel (Pury, Peyrou) furent plus ou moins liées à cette problématique. Cette décision obéirait-elle au climat actuel marqué par le politiquement correct ? Bien évidemment, une telle prise de position est liée à l’air du temps qui refuse toutes sortes de déviations, et donc du politiquement correct.

 

Nicolas Verdan

1 Commentaire

Pour commenter

Sans prendre position pour le cas particulier, je trouve que le "politiquement correct" devient juste une hypocrisie de plus. On ne peut plus dire ce qu'on pense, on doit toujours réfléchir d'abord si on peut dire le fond de sa pensée ou c'est devenu illégal, on perd des libertés tous les jours, la démocratie est devenue un mythe parce que les administrations ont pris le pouvoir, on a encore le droit de voter mais le conseil fédéral prend la liberté de ne pas suivre le peuple, triste pays...