Faut-il déclarer la guerre au bruit routier ?

©DR

Toute moto dont le volume sonore à l’arrêt dépasse 95 décibels serait interdite de circulation. Une proposition de la conseillère nationale Gabriela Suter (PS/AG) qui relance la question de la pollution sonore.

Quels éléments permettent d’affirmer que la protection contre les nuisances routières est insuffisante en Suisse ?

Plus d’un million d’habitants en Suisse sont exposés à des émissions excessives du trafic routier dépassant les valeurs limites. Les riverains subissent un risque agrandi de 15 % à 20 % de subir un infarctus du myocarde et d’autres maladies. Selon la science actuelle, le bruit routier cause 500 décès par an, plus que le double des accidents routiers.

Comment, dès lors, réduire l’impact sonore de la circulation ?

La réduction du bruit à sa source est le moyen le plus efficace et le moins coûteux. Cela veut dire : voitures et pneus silencieux, pas de clapets d’échappement et couches phono-absorbantes des chaussées. Ces mesures réduiraient le bruit d’environ 6 dB Leq (NDLR, le Leq représente l’exposition totale au bruit pendant un temps donné) et permettraient le plus souvent de respecter les valeurs limites d’émissions. La Romandie est pionnière en couches phono-absorbantes en Suisse. Cependant, elle ne peut que rêver de voitures et de pneus silencieux. Entre-temps, il faut recourir aux limitations de vitesse : 30 au lieu de 50 réduit le bruit de 3 dB Leq, ce qui correspond à un dédoublement du trafic.

Comprenez-vous ces motards en colère qui craignent l’interdiction de circulation pour les motos émettant plus de 95 décibels ?

Il n’y a pas de droit au bruit infernal, mais bien un droit à la santé et à la vie.

Peut-on raisonnablement imaginer légiférer sur  la base d’un standard de pollution sonore ? Pas tout le monde se plaint du bruit.

Oui, selon la science actuelle, même une personne qui se dit insensible au bruit subit en réalité les mêmes risques de mort et de maladie qu’une personne sensible. La législation doit réduire ces risques et ne plus partir du ressenti.

 

 

A lire aussi : Davantage de pistes cyclables toujours plus larges ?

 

 

 

 

On entend beaucoup dire que la protection contre les nuisances routières est insuffisante en Suisse. Est-ce vrai ?

Non, on fait beaucoup pour la protection antibruit. Les usines produisent des autos de plus en plus silencieuses, notamment en isolant mieux les moteurs. L’industrie des pneus développe également des produits toujours plus silencieux. En outre, les revêtements routiers modernes peuvent être posés comme asphalte antibruit pour réduire davantage les bruits de roulement.  

Quelles sont, selon vous, les mesures adéquates pour réduire l’impact sonore de la circulation ?

La circulation sur les axes principaux devrait être plus fluide, vu que les bruits de démarrage sont souvent plus dérangeants que le trafic en circulation, surtout sur l’asphalte antibruit, qui devrait être posé lors de chaque assainissement où cela est utile. Je m’oppose résolument aux limitations à 30 kilomètres/heure sur les axes principaux, car cela produit l’effet inverse : plus de trafic d’évitement dans les quartiers, où les enfants jouent souvent dans les rues.

Comprenez-vous ces motards en colère qui craignent l’interdiction de circulation pour les motos émettant plus de 95 décibels ?

Je peux comprendre leur colère. Je ne trouve pas judicieux de punir l’ensemble des motocyclistes avec une limite arbitraire en raison de la mauvaise conduite de quelques-uns d’entre eux.

Nous ne sommes pas tous égaux face au bruit, tant en termes d’exposition que de ressenti. Peut-on raisonnablement imaginer légiférer sur la base d’un standard de pollution sonore ?

Je pense qu’il est difficile de définir et d’appliquer une telle norme. Les conditions locales sont souvent très différentes. Et, si quelqu’un veut absolument faire du bruit, il y parviendra, par exemple avec de la musique à pleins tubes.

 

 

Propos recueillis par Nicolas Verdan

 

 

 

 

 

 

 

0 Commentaire

Pour commenter