Phanee de Pool, fille unique de parents uniques

La déco de Phanee de Pool lui ressemble: colorée, inventive, pleine d’esprit et d’espièglerie. Une sensibilité à la musique et aux arts qui ne date pas d’hier. © Yves Leresche

L’auteure-compositrice-interprète jurassienne bernoise Phanee de Pool est très attachée à son père et à sa mère. C’est à leur contact qu’elle trouve la force, sans cesse renouvelée, d’être au monde en toute indépendance et authenticité.

« Bonjour!» Un salut chantant fuse, quelque part dans le ciel bleu. C’est Phanee de Pool. On reconnaît sa voix, si vive. Sauf qu’on la cherche encore des yeux dans ce paysage de jardins sur les bords verdoyants du lac de Bienne. «Ici!», s’amuse l’auteure-compositrice-interprète jurassienne bernoise, postée sur un balcon et qui fait signe de la main. «Venez! Venez!» 

Une fois franchi le seuil de sa maison, sympa comme tout, un concert de bienvenue donne le la: les vocalises enthousiastes et joyeusement farouches de Léone, une chouchou bâtarde qui découvre aujourd’hui, grâce à sa maîtresse, que la vie n’est pas toujours aussi chienne qu’elle en a l’air. Recueillie par l’artiste, la petite craintive apprend qu’on peut être aimé et choyé. Comme l’est Phanee de Pool, née Fanny Diercksen, en 1989, de parents généreux d’eux-mêmes: «Tout l’amour que tous les enfants du monde n’ont pas reçu, je l’ai reçu.» 

Et cette fille unique d’évoquer aussitôt sa naissance. Avec reconnaissance: «Je suis un miracle, car maman ne pouvait pas avoir d’enfants. Et, finalement, je suis quand même là. Cela crée un lien extrêmement fort avec elle.» 

Petite dans le monde des grands

Petite, Fanny évolue très vite dans un monde de grands: «Mes parents ont eu cette audace de ne jamais me faire garder. Je n’ai pas connu de nounous. Ils me prenaient partout avec eux et c’est ainsi que j’ai grandi dans un milieu très adulte. J’aimais ça.» 

A la maison, la musique est très présente. Le père, Laurent Diercksen, est homme de radio et créateur de spectacles de music-hall. La mère, Frédérique Santal, est pianiste concertiste et conceptrice de marionnettes. «Gros bosseurs», ils ne sont pas du genre à «partir pour une semaine de camping en Ardèche». 

A leurs côtés, Fanny ignore cet «ennui» qui caractérise tant d’enfants redoutant le désœuvrement. «Avec maman, j’ai appris à observer. Le soir, on allait à la fenêtre. On regardait la vie. Elle m’a appris à me poser et à goûter l’instant présent. A contempler la fleur, l’arbre ou le truc que personne, sinon elle et moi, ne pouvait voir.»


La famille Diercksen, en toute complicité: Phanee avec son père et sa mère. © DR

Une collection de vinyls, des objets vintage composent le décor enfantin de Fanny. Autant de notes sensibles du passé, jouées par ses parents, et qu’on retrouve souvent dans les textes de chansons écrits par Phanee: «Je m’extasie moi-même devant ce qui nous relie au passé, alors que la technologie ne me fait ni chaud ni froid. J’aime la beauté d’antan.» 

Phanee de Pool n’est toutefois pas aussi étrangère aux instruments de la modernité qu’elle le laisse entendre. A commencer par son synthétiseur, une sorte de bâton magique à même de traduire en images sonores ce qui traverse son cerveau d’hypersensible. «Sur scène, les artistes ont besoin de tout synchroniser. Avec mon looper, je privilégie le côté artisanal, la bricole. Le musicien doit rester humain.»

Cette petite machine aux boutons colorés, posée sur la table, entre un dictionnaire des rimes et un recueil de poésie, a en tout cas accompagné Fanny dans sa mue en Phanee. En 2016, elle se sert de ce logiciel permettant d’enregistrer des pistes audio et de les jouer en boucle pour composer Luis Mariano, la super chanson qui l’a faite connaître. Publiée sur la toile, elle deviendra virale en quelques heures seulement.

Un an plus tard, "Hologramme", le premier album de Phanee de Pool, sort. Il a été classé dans le Top 20 en Suisse romande. S’ensuit une nomination aux Swiss Music Awards 2018. Phanee en repart avec l’honneur d’avoir occupé la deuxième place dans la catégorie «Meilleure artiste solo féminine».

Dire que Fanny est tombée dans la soupe artistique quand elle était enfant, c’est toutefois aller un peu trop vite en besogne. Avant de crever le plafond en 2017, la jeune femme a brouillé les pistes. L’écolière rêveuse, la mini-Grock des spectacles de clown, surprend ses parents quand elle se détourne de la voie artistique toute tracée. «Ce fut l’électrochoc quand je leur ai dit que je deviendrais flic. Mais ils ont été hyper conciliants face à mes choix.»

Après un cortège d’expériences pas piquées des vers, avec son lot de morts et de noirceur humaine, le passage par la Police cantonale bernoise fera vite long feu. Sans regrets pour autant: «J’ai eu une vie tellement libre que la police m’a offert un cadre hiérarchique qui me guidait. Une belle école de vie!»

La famille pour se sentir indépendante

Affranchie de tout serment et d’obéissance à des chefs galonnés, Fanny Diercksen vole de ses propres ailes avec sa panoplie Phanee de Pool. De comptes, l’ex-agente n’a plus à en rendre à personne. Pas même à son… agent? Une personne très proche d’elle: «Je ne peux pas être plus indépendante qu’en bossant avec mon père. On a créé un label. Il m’accorde une liberté créative absolue.» Pour Phanee-Fanny, les choses sont claires: «On peut très bien s’engueuler au téléphone pour des raisons professionnelles avant de nous retrouver, une heure plus tard, pour un anniversaire. Et on rigole comme si de rien n’était.» 

Généralement, Fanny peine à faire confiance. Avec ses parents, en revanche, elle fait les choses les yeux fermés. « On galère autant qu’on avance, à la même cadence.» Ce sont d’ailleurs eux qui captent les premiers échos de ses idées: «D’abord maman, qui va se plonger dans le truc. Elle est mon point d’attache numéro un par rapport à l’art. Papa, valide définitivement le projet et met tout en œuvre pour sa sortie et sa diffusion.»

Cultivant ses racines familiales, avec une nostalgie assumée pour ce clan qui a fait les beaux jours de son enfance, avec grands-parents, oncles et tantes, Fanny n’aime pas la notion d’héritage: «J’ai de la peine avec la mort, avec l’idée qu’un jour mes parents ne seront plus là. L’héritage, ce n’est pas ce qu’ils me laisseront en partant. Ce qui compte, c’est ce que j’ai hérité d’eux en venant au monde.»

Au fait, se verrait-elle-même dans un rôle de parent? «Je n’ai pas l’instinct maternel suffisamment développé pour savoir comment m’y prendre avec un petit être que je n’ai pas envie de mettre au monde sur cette planète quand je vois comment elle tourne.»

>> Pour écouter et en savoir plus: https://phaneedepool.com

Nicolas Verdan

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