Peter Arbenz, un humaniste passionné

Passionné par les chevaux depuis son enfance, Peter Arbenz, 81 ans, monte cinq fois par semaine Alibaba
© A.Wolfensberger

Retraité depuis bientôt dix-huit ans, celui qui entrera certainement dans l’histoire suisse comme le premier Monsieur Réfugiés n’a jamais cessé d’œuvrer en faveur des victimes de conflits et de la pauvreté

A 81 ans, Peter Arbenz, qui a notamment fait la une des médias au temps où il était le premier directeur de l’Office fédéral des réfugiés, n’a rien perdu de sa prestance et de son autorité naturelle. Cet ancien brigadier de l’armée suisse a gardé son pas sûr et décidé, sa posture droite. Et également son regard franc et bienveillant.
C’est avec un plaisir évident qu’il nous montre d’abord le jardin de sa maison à Winterthour, sa ville natale. C’est là qu’il vit depuis quarante-cinq ans avec sa femme Heidi, âgée aussi de 81 ans. Les lieux ont ainsi vu grandir leurs trois fils, puis leurs sept petits-enfants quand ils viennent en visite.

On comprend l’engouement de l’octogénaire pour ce havre de paix où serpente un petit ruisseau — dont il assure lui-même l’entretien — traversé d’une passerelle en bois reliant le jardin à une grande prairie. Le couple l’a loué à la commune il y a longtemps pour y faire paître ses chevaux. Car ce qu’on sait moins de Peter Arbenz, c’est sa passion pour les chevaux, née à l’adolescence.
Aujourd’hui, il n’a plus qu’une seule monture, Alibaba, comme il surnomme affectueusement Amidala von Habsburg, sa jument Holstein, âgée de 16 ans. « Alibaba est très spéciale, espiègle, pleine de tempérament, tout en étant très gentille. Il y a un véritable lien entre nous. » Sa toujours bonne santé physique et mentale, le cavalier l’attribue d’ailleurs en partie à cette relation particulière et à leurs sorties régulières, cinq fois par semaine. Avec toutefois un regret: que Heidi ne puisse plus l’accompagner depuis deux ans à cause de problèmes de dos. Ce qui n’empêche pas le couple, qui s’est rencontré il y plus de soixante ans, de continuer à se rendre dans des destinations lointaines. Pour le plaisir, mais aussi en lien avec des missions humanitaires et d’aide au développement. Car n’allez pas imaginer que Peter Arbenz ait choisi une retraite rythmée par des randonnées équestres et des repas entre amis ou en famille — que le couple affectionne particulièrement. Pas du tout. Depuis sa retraite officielle, à l’âge de 63 ans, cette bête de travail n’a pas jamais cessé d’être actif, comme consultant indépendant et en tant que bénévole. Une secrétaire vient d’ailleurs trois fois par semaine chez lui pour l’assister dans la gestion de ses activités.

Engagement bénévole
En septembre dernier encore, il était au Burundi, notamment pour faire un rapport sur un projet soutenu par la Fondation zurichoise Smartpeace (Initiatives for Peace), dont il est membre du comité d’experts. L’organisme promeut la paix par le soutien de divers projets dans le monde. Parmi ses activités sociales, citons encore celle à la Fondation réintégration dans le pays d’origine qu’il a créée avec quelques amis, en 2009. Dont Jean-Daniel Gerber (l’ancien chef du Secrétariat d’Etat à l’économie et aussi ancien directeur de l’Office fédéral des réfugiés), ainsi que Rolf Widmer, qui préside la Fondation suisse du service social international (SSI). L’organisme aide les étrangers vivant en Suisse sans autorisation de séjour durable à rentrer chez eux en leur prêtant ou en leur donnant les fonds pour réaliser des projets sur place. « Nous avons ainsi déjà pu rapatrier chez eux 1000 personnes venant de 55 pays de par le monde », se réjouit Peter Arbenz.

 

Aider les réfugiés, une passion
« L’aide aux réfugiés est une passion qui ne m’a jamais quitté. Avec toujours trois préoccupations majeures : l’aide au développement, la réforme de la politique en matière d’asile et de migration et la sécurité », souligne-t-il.
A 20 ans déjà, en 1957, celui qui ne supporte pas l’injustice s’engage ainsi pour quelques semaines au CICR et va à Budapest durant la crise hongroise, prêter secours à la population et rechercher les personnes disparues. Il en profite, à titre personnel, pour transmettre à des familles sur place des messages et des nouvelles que lui avaient confiés des Hongrois réfugiés en Suisse.
Durant la soixantaine d’années qui ont suivi cette première confrontation directe à des civils victimes dans leur propre pays, Peter Arbenz a sillonné les régions les plus pauvres du monde, s’est confronté aux conditions de vie des populations les plus meurtries par
des conflits. Cela notamment dans le cadre de ses multiples fonctions publiques et ses mandats de conseiller indépendant. Rappelons, sans prétention d’exhaustivité aucune, qu’il fut collaborateur, puis directeur d’Helvetas, directeur de l’Office fédéral des réfugiés, conseiller personnel de Flavio Cotti pour les questions touchant l’OSCE, inspecteur général de l’Unprofor en ex-Yougoslavie ou encore membre du comité du CICR. Ayant étudié l’économie et notamment l’économie publique, c’est lui qui a, par ailleurs, réorganisé la Caisse fédérale de pension (CFP) à la fin des années 1990.
Attaché à sa ville natale et aux traditions, Peter Arbenz, qui se dit profondément patriote, donne de son temps au niveau local également. Notamment comme responsable de l’organisation des fêtes du 1er Août de Winterthour. Cité dont il fut conseiller communal radical entre 1974 et 1977, avant de diriger, pendant neuf ans, le Département des constructions.

 

Biographie pour ses petits-enfants
« J’ai moi-même été étonné et ravi de voir tout ce que j’ai réussi à faire en même temps en écrivant mon autobiographie, en 2016 », sourit Peter Arbenz. Des mémoires non destinées à la postérité, mais à ses petits-enfants : « Afin qu’ils sachent ce que fut la vie de leur grand-père. » Un éditeur intéressé à ses souvenirs en textes et en images a ainsi été débouté. Peter Arbenz lèvera-t-il le pied un jour ? « Pour être raisonnable, je me suis mis une limite de un à deux ans encore à siéger au Conseil d’administration de deux entreprises. Car c’est ce qui me donne une certaine indépendance financière pour mes mandats humanitaires et sociaux. » Ses vœux pour les années à venir ? « Que Heidi et moi puissions continuer notre vie en bonne santé et cultiver nos relations avec nos amis. Et que nous puissions toujours être utiles, si on a besoin de nous. Pour la Suisse, je souhaite qu’il n’y ait plus une telle polarisation entre les partis, qu’on revienne à une culture politique avec un minimum de consensus fondamental sur des aspects importants pour le pays. J’aimerais qu’elle ne s’isole pas de plus en plus, qu’elle reste ouverte à une coopération tant européenne qu’internationale pour demeurer crédible. »

Ellen Weigand

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