Jospeh Gorgoni: «Les chaussettes dans les sandales, c’est rédhibitoire!»

L'humoriste n'est jamais à court de grimaces.           Photo: © Yvain Genevay

Président du grand casting de générations, Joseph Gorgoni – alias Marie-Thérèse Porchet – parle de la beauté. Et des erreurs à ne pas commettre !

Le jury du grand casting de générations se réunira au début de mars pour trancher: qui seront les 20 finalistes du fameux concours de beauté romand organisé par le magazine ? Lors de la précédente édition, plus de 500 candidates et candidats s’étaient lancés dans l’aventure, espérant décrocher un sésame pour Paris et son agence de mannequinat Masters. Cette année, qui seront les gagnants des catégories boomers (les 50-64 ans) et seniors (les 64 ans et plus)? Entouré de partenaires prestigieux, le jury a décroché un président hors norme pour la cinquième édition du casting : le comédien Joseph Gorgoni, alias Marie-Thérèse Porchet. Entretien.

Joseph Gorgoni, pourquoi avoir accepté cette présidence?

Ce casting m’a l’air bon enfant et pas trop prise de tête ! Je déteste les concours où les gens se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. générations, ça marche : c’est simple et efficace.

La beauté, c’est quoi pour vous?

Quand j’étais petit, l’image que me donnaient les gens de 50 ans était terrible: pour moi, c’étaient des vieux, comme Simone Signoret … Aujourd’hui, tout a changé : c’est Madonna, c’est Sharon Stone ! Reste que la beauté est très subjective : il y a des jeunes et des vieux très beaux comme très laids, tout dépend de ce qu’on dégage et de l’image qu’on donne de soi. Quand Lady Gaga arrive dans le monde de la pop, cela fait du bien, même si elle n’est pas vraiment belle. Claude François n’était pas beau, mais super sophistiqué ! Mistinguett disait qu’elle avait de jolies jambes, regardez les photos, c’est la catastrophe … Dalida ? On a tant dit qu’elle était superbe, mais, en fait, elle était très anguleuse … Non, la beauté vient de l’intérieur, même si c’est plus facile quand on s’appelle Claudia Schiffer !

Comment allez-vous départager les candidats romands avec le jury?

Je serai impitoyable ! (Rires) Le style, le soin qu’on apporte à soi-même, les fringues, autant de points auxquels je suis très sensible. Ce qui pourrait être rédhibitoire ? Les chaussettes dans des sandales (rires), la cravate bariolée, une teinture qui se voit, un lifting mal fait, des pantalons portés trop haut chez les mecs … Bref, toutes les fautes de goût … Je le répète : ce qu’il faut, c’est ne pas tricher ! Etienne Daho a 60 ans, il n’a jamais été à la mode et n’a jamais été ridicule.

L’âge, pour vous : même pas peur?

En toute franchise, ce n’est pas un problème pour moi : j’ai une vie bien remplie, je m’amuse, tout va bien. Les 50 ans que j’approche à grands pas me paraissent juste impossibles ! Tout a été si vite … Aujourd’hui, on vit plus longtemps sans pour autant emprunter à la vie de nos grands-parents. Ma grand-maman, que j’adorais, était à la retraite, faisait des confitures, mais sans jamais bouger de la maison. De nos jours, on voyage, on vole, c’est incroyable !

Vous vous voyez comment dans 10 ans?

Je ne sais pas si je mettrai encore des robes … là je serai vraiment ridicule … (Rires) Marie-Thérèse, elle, bouge avec moi: elle a forci, mais le personnage n’a pas changé. C’est une toujours alerte quinquagénaire ! Va-
t-elle vieillir ? Partir dans un  EMS ? Je ne sais pas. C’est vrai, il pourrait lui arriver un truc (rires), elle pourrait avoir un AVC dont elle se remettrait, mais en étant persuadée d’être un homme ! Voilà une bonne idée pour le spectacle ! Le casting ? Pourquoi ne l’a-t-on pas appelée pour gagner ? Elle ne va pas être contente !

 

Qui est votre public type?

Plutôt populaire, et surtout des dames : ce sont elles qui font mon succès. Sinon ? Les gays, qui me suivent depuis longtemps. Les hommes ? Ils se rendent aux représentations parfois à reculons, en commençant par faire la gueule et finissent par se marrer à la fin! Je reçois beaucoup de courrier sur mon site, souvent des remerciements. A l’époque, on m’a envoyé des menaces de mort : un homme habillé en femme, cela ne passait pas. Actuellement, certains jeunes me remercient de les avoir aidés à faire leur coming out à la fin du spectacle qu’ils avaient vu avec leurs parents …

Qui vous fait rire chez nous? Qui vous inspire?

Vincent Kucholl me fait vraiment rire, il a des personnages très drôles, comme Sven Pahud … Zouc, qui est réapparue l’année dernière au Noirmont pour recevoir un prix, a toujours été un modèle. Elle est hélas très malade aujourd’hui. Zouc, c’est une école, au-delà même de l’humour et du théâtre, elle incarne la vie des Suisses de toute une époque. Quand je l’ai vue, à l’âge de 8 ans, j’étais persuadé qu’elle avait rencontré ma grand-mère, elle était tellement juste, avec tant de ressemblances …

Vous adoriez votre grand-mère?

Elle est morte d’un arrêt cardiaque quand j’avais 18 ans. Une surprise pour tous. Je l’aimais beaucoup, la vraie grand-mère qui  enfourne ses gâteaux, elle me faisait tant rire ! Je crois qu’elle aurait adoré Marie-Thérèse …

 

Vous êtes vite ému aujourd’hui?

De plus en plus, je crois que c’est l’âge … Je pleure plus facilement. Avant, je n’y arrivais pas. Pendant mes vacances, j’ai été voir une vieillerie, Un Américain à Paris. J’adore les comédies musicales. J’ai pleuré comme une vieille dame pendant tout le ballet de la deuxième partie ! Je crois que je lâche un peu, ma vie est stable et je me permets plus de choses. J’ai aussi pu me rapprocher de ma mère qui est malade depuis longtemps. Avec ma famille, ma sœur, devenue plus proche, on se confie, sans tabou. Cela fait du bien. Ça ouvre aussi les vannes. 

Vous allez souvent voir votre maman?

Je vais la voir trois à quatre fois par semaine dans son institution. Je ne suis pas obligé, mais je ne peux pas faire autrement. Elle souffre d’une espèce de maladie d’Alzheimer, mais en pire, car elle est consciente : la démence à corps de Lewy. Elle ne peut presque plus marcher ni parler. Elle est malheureuse, car elle s’en rend compte, mais a de la peine à comprendre ce qui lui arrive. Quand je suis là, elle me reconnaît, mais les mots sortent de sa bouche sans être compréhensibles, comme un enfant qui « babole ». C’est affreux de le dire, mais j’espère juste qu’elle va mourir vite, elle n’a plus beaucoup de plaisir pour pas grand-chose … Mon père est mort jeune : c’est dommage, j’aurais pu leur offrir à tous les deux plein de trucs, des voyages … Mais ce que je ne peux leur offrir, à eux, je l’offre à d’autres. Je sais que mes parents ont tout fait pour que je sois plus heureux qu’ils ne l’ont été. Je crois bien qu’ils ont réussi.

Propos recueillis par Blaise Willa

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