OPERATION PORTE PLUME, lettre de Leonor

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L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


 

Myrin, le 1er. mai

J’ai envie de pleurer, mais les larmes ne viennent pas! C’est une vieille histoire chez moi!

Mais l’angoisse m’envahit! La poitrine m’opprime et m’envoie de l’air par saccades jusqu’à la bouche, je dégage un grand soupir qui me soulage! Je serre les dents!

Car j’entends tous les jours des paroles qui me bouleversent ! que ma condition de vie actuelle est triste et révoltante! Je ne suis pas la seule, malheureusement!

Cela me fait revenir à ma vie d’avant, à ma longue vie – j’aurai bientôt 84 ans – à mes révoltes contre les injustices, canalisées par des choix politiques et sociaux: le Parti du travail, l’AVIVO, les syndicats, le Conseil municipal de Meyrin, le Service des Aîné-es, 25 ans de bénévolat à la Croix-Rouge et la FAAG , la fondation pour la formation continue des Aîné-es.

Cette vocation de défendre en particulier les personnes âgées me vient sûrement de mes grand-mères, qui furent mes anges gardiens pendant toute mon enfance. Je me rappellerai d’elles toute ma vie. Elles habitaient avec leur famille et sont décédées toutes les deux à 84 ans.

En temps normal, je suis entourée d'une famille qui se compose de deux filles (et leur conjoint), 5 petits-enfants (et leur conjoint) et 6 arrières petits-enfants. Nous entretenons tous des liens très forts et réguliers entre nous.

Et soudain arrive cette pandémie universelle, complètement imprévue par tous les gouvernements, qui ont préféré pendant les années de prospérité de certains, baisser les budgets sanitaires et sociaux et ne pas écouter la grande probabilité de la survenance de cette catastrophe, formulée par de nombreux milieux scientifiques.

Quelles sont aujourd'hui les conséquences de cette ignorance avouée ? Les Etats démocratiques se sont transformés en dictatures sanitaires, les lois fondamentales de liberté sont devenues du confinement, pour nous sauver de la contagion qui, en quelques semaines, a fait des milliers de malades et de morts.

Mais en Suisse, les choses ne sont pas claires, nous sommes confrontés à des contradictions qui ne rassurent pas du tout, comme par exemple, le port du masque pour tous. Il est flagrant que nous avons fait preuve d'imprévision dans les commandes du matériel nécessaire pour les hôpitaux, comme les respirateurs, les tests et les habits, mais également en ce qui concerne les ressources nécessaires en personnel. Des imprévisions qui toutes découlent des diminutions des budgets destinés à la santé publique.

En toute légalité, de puissants hommes d'affaires affrètent des avions venus de Chine chargés de masques qu’ils vendent à des prix exorbitants, instaurant un marché noir autorisé. M. Berset nous a laissé entendre que pour nous équiper en masques et protections, nous devions nous débrouiller, tous, privés, indépendants, salariés et

entreprises. Il annonce dernièrement que le gouvernement va quand même acheter des masques pour les pharmacies à des prix qui seront, espérons-le, modiques.

Le déconfinement arrive et les témoignages de détresse économique montrent une inégalité sociale criante, laquelle bien que dénoncée moult fois, est tombée dans les oreilles d'un sourd. Les salaires sont trop bas et les personnes au chômage partiel, avec seulement 80% de leur revenu, n’arrivent pas à vivre. Ne parlons pas de ceux qui accomplissent des travaux non assurés et qui n'ont droit à rien. La solidarité sociale est intervenue pour soulager certains foyers, mais cela, ce ne sont pas des droits, ce sont des aumônes.

Les applaudissements au personnel hospitalier dans la nuit ne m’ont pas enthousiasmée. Pourquoi pendant la nuit ? Il aurait fallu, à la lumière du jour, manifester clairement pour des augmentations de salaire, importantes et réelles qui puissent encourager d’autres personnes à devenir infirmier-ères, aides soignants-es ou nettoyeurs-ses.

Je reviens à ma phrase initiale «J’ai envie de pleurer», mais cette fois, en entendant que des individus ont attaqué verbalement des personnes âgées qui faisaient la queue devant un magasin d’alimentation les accusant d’être la cause du confinement obligatoire et ainsi de la détresse économique des jeunes.

Entre-temps, d’autres voix se sont levées, plus ou moins fortes, pour s'interroger sur la nécessité de tout sacrifier pour sauver «les vieux». Une fois de plus on se trompe de cible, il nous a manqué un débat qui aurait fait ressortir quelles vérités se cachent derrière ces arguments.

C'est vrai que le confinement rigoureux et obligatoire sauvera nos vies, c’est évident, mais nous ne sommes pas dupes. D’une part, n’étant pas des personnes productives, nous ne sommes pas nécessaires à l’industrie et à la sacro-sainte économie. D’autre part, nous n’encombrerions pas les hôpitaux qui manquent de lits, de respirateurs, de masques et de personnel, et ainsi le personnel sanitaire ne devrait pas faire le choix pénible entre sauver la vie d'un vieux ou d'un jeune.

Lors d’une récente conférence de presse , à la question d’un journaliste qui demandait à M. Berset quand les personnes à risque (on nous appelle ainsi maintenant) seraient déconfinées, ce dernier avait répondu «quand on aura trouvé un vaccin». Là, nous ne sommes pas dupes non plus, on nous tient à l'écart pour servir de cobayes ? et pour combien de temps ?

Lors de sa dernière conférence de presse, M. Berset, mis sous pression par les milieux économiques, a autorisé l’ouverture des commerces et restaurants qui tiendraient compte de la distance sociale. Il n’a rien dit au sujet des personnes à risque, mais il a dit une phrase finale à laquelle nous pourrons nous accrocher «Dorénavant nous devrons vivre avec cette pandémie», seule obligation, la distance sociale et l’hygiène (se laver les mains).

Cela laisse entendre que cela est valable pour tous, que nous, les personnes à risques, sommes libres de nous protéger, si nous le souhaitons, que nous aurons assez de discernement pour calculer les dangers, pour nous et pour les autres, que nous serons probablement moins isolés puisque nous pourrons aller au restaurant, rencontrer notre famille et nos amis.

Ma famille me manque, ras le bol de ces télé-conférences car les petits ne comprennent pas bien notre absence réelle. C’est un manque très douloureux qui nous empêche de vivre, qui nous rend malades!!

Léonor Zwick-Merchan

 

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  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

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