OPERATION PORTE PLUME, la lettre de Carla

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L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


Corcelles, le ….

 

Le sourire de ma mère m’accompagne toujours. Elle est partie il y a deux ans, presque centenaire, dans une maison de retraite à Lugano et nous l’avons entourée jusqu’à son dernier souffle. Aujourd’hui je traduis la lettre que j’ai écrit pour ses obsèques, pour me rappeler la chance que j’ai eu, et peut-être pour apporter un peu de consolation à ceux qui n’ont pas pu accompagner leur maman.

Ciao Mamma

La Mamma s’en est allée

Volent les papillons blancs

Coulent les eaux dans les rivières et les vallées

Elles bercent les vieilles branches et les mots

J’en ai attrapé quelques-uns

Après, tout doucement

Je les redonnerai à l’eau.

Mamma, si tu étais un arbre, tu serais un magnolia avec un nuage de fleurs blancs, comme tes cheveux.

Mamma, si tu étais un livre, tu serais un recueil de poèmes, ceux de Giacomo Leopardi, tes préférés.

Mamma, si tu étais un film, tu serais Une journée particulière d’Ettore Scola, et toi, Sofia Loren en pantoufles, tu prépares le café pour Marcello Mastroianni.

Mamma, si tu étais une fleur, tu serais un coquelicot léger et coloré, dans un champ d’été.

Mamma, si tu étais un breuvage, tu serais un Don Pérignon millésimé, à boire avec les anges.

Mamma, si tu étais un pays, tu serais le monde et l’univers, parce que tu n’as pas de barrières ni de frontières.

Mamma, si tu étais une lumière, tu serais un sapin couvert de bougies, la lumière de tous les Noëls que tu as préparé, avec mille anges suspendus au plafond.

Mamma, si tu n’étais pas la Mamma, tu serais peut-être une révolutionnaire, avec des manifestes poétiques pour pacifier le monde et tu tisserais un pont sur la lune, pour nous rappeler de rêver.

Mais tu es bien notre MAMMA, et tu l’as été à plein temps, parce qu’en 1948 on interdisait aux institutrices de travailler après le mariage. Eh oui, ne l’oublions pas !

Alors ta source d’amour a fait naître cinq enfanté, cinq poésies, cinq chansons, cinq personnes indépendantes et originales. Merci de nous avoir permis d’être tous et toutes différent(e)s. Merci de nous avoir aimé, soigné, nourri… Tu nous as ouvert le cœur et l’intellect, tu nous as fait rire et tu nous as grondé, tu as tricoté des kilomètres de laine pour nous réchauffer pendant l’hiver…

Mamma, tu peux partir en paix. Dans chaque mort, il y a la promesse d’une vie.

Ton sourire, ton amour, et même ton regard parfois sévère, resteront toujours avec nous.

Je m’arrête ici, je t’entends me dire : basta, Carla, tu as assez parlé !

La Mamma est partie

Je remets dans l’eau tous les mots

Qui glissent, sans faire de bruit

Les papillons blancs volent toujours

 

Carla Fragnière Filliger, Corcelles N

 

COMMENT NOUS ÉCRIRE? 

  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

 

 

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