Ce qui dépend de nous

"Il nous appartient, en œuvrant chacun à notre échelle de fourmi, d’accomplir et réussir une tâche titanesque." © iStock

Les Fantaisies, la chronique de Jean-François Duval. 

Les Stoïciens, Epictète en particulier, avaient la sagesse d’opérer une distinction fondamentale. Il y a ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Une chose essentielle à comprendre, car notre bonheur y est suspendu. Je peux lancer une bataille, mais son issue dépend aussi des forces de l’adversaire. Prenez l’exemple d’un paysan de l’Antiquité et même d’aujourd’hui: dépend de lui tout ce qui a trait aux travaux de la ferme, à lui de faire aussi bien qu’il le peut. En revanche, le climat, la pluie, le gel, la sécheresse ne dépendent pas de lui. Bref, sur certaines choses nous n’avons aucune prise, elles ne sont pas de notre ressort. Il faut l’admettre. Inutile et nuisible de se révolter, de se plaindre, de se lamenter: on se fait du mal à soi-même pour rien. Cette règle était assez facile à appliquer avant les temps modernes. Le monde était plus simple et compartimenté: quantité de choses n’y dépendaient pas de nous. Aujourd’hui, à l’inverse, on a le sentiment que TOUT dépend de nous, jusqu’au sort de la planète. 

Sur un plan personnel déjà, depuis Freud, on s’interroge: dans quelle mesure est-il en mon pouvoir d’agir en profondeur sur mes problèmes psychologiques d’être humain? de ne pas commettre des erreurs dictées par mon inconscient ou mon ignorance? Sur un plan sociétal ensuite: avec la révolution industrielle aux XIXe et XXe siècle, le monde s’est interconnecté, jusqu’à l’être intégralement via la globalisation. Comment distinguer encore ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas? Reprenons l’exemple du climat: que puis-je contre son réchauffement? Certains vont dire: quasi rien, aux grandes entreprises et pollueurs de s’en préoccuper! D’autres diront: je ne prends plus l’avion, j’achète une voiture électrique, je ne laisse plus couler inutilement l’eau du robinet, je vote écologique, suis résolument pour l’éolien et le solaire. 

Bref, ce qui dépend de nous ne dépend plus seulement de nous, mais de NOUS TOUS. Dans un effort collectif, auquel chacun des individus que nous sommes participe et prend part activement. Il incombait jadis à chacun de mener sa barque minuscule. Désormais, passagers d’un vaisseau terre qui s’appelle Titanic, il nous appartient, en œuvrant chacun à notre échelle de fourmi, d’accomplir et réussir une tâche titanesque. Notre salut sera collectif ou ne sera pas. 

Jean-François Duval

 

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