OPERATION PORTE PLUME "Je vous fais confiance et j’y crois car, les jeunes, ma fille et mes fils, je vous aime"

Roland Grunder, co-président du Conseil suisse des aînés.@Python

Co-président du Conseil suisse des Aînés, Roland Grunder écrit à ses enfants.


L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


Aigle, le 1er avril 2020

Lettre à Ivan, Xavier et Céline, mes fils de sang et ma fille de cœur

A l’heure où je vous écris, une heure de plus en plus tardive en raison de mon âge qui semble diminuer mon besoin de sommeil, mais aussi à cause de cette foutue corona-crise qui nous confine et nous éloigne les uns des autres, je pense à vous, mes jeunes. Oh, plus vraiment tout jeune, mais par rapport à mes, bientôt, huit décennies, vous restez pour moi les « jeunes ». Ceux à qui l’avenir est encore promis, ou pour le moins devant. Vous êtes ceux qui doivent penser très fort à leur futur, un futur que le virus fait entrevoir différent, modifié peut-être, bousculé sûrement.

L’année dernière a été celle de toutes les révoltes. Celles des femmes d’abord. Des femmes, de toutes générations confondues, se réclamant de l’égalité, du respect, de la reconnaissance et de la non-violence. Bien qu’ayant été élevé dans un monde encore nettement dominé par les hommes, mais éduqué, formé, façonné par une mère qui m’a appris la valeur de cette égalité revendiquée, je n’ai eu aucun mal à saluer, avec toi ma fille, le bien- fondé de la déferlante féminine de juin dernier et d’en partager les idéaux.

 

Puis ce fut à votre tour, les jeunes, de lancer votre cri d’alarme pour le climat et pour, peut-être encore, sauver notre habitat nommé planète Terre. Avec raison, vous êtes descendus dans la rue pour crier votre colère, vos craintes, vos visions d’un avenir noir et pollué. Vous avez pris à partie les générations précédentes, en particulier la mienne, celle des trente glorieuses. Celle qui, selon vous, a tout détruit, tout sali, tout sacrifié au nom du profit. Permettez-moi de vous le dire, je ne le ressens pas comme ça. Si, avec moi, nous remettions les choses dans leur contexte.

Je suis de cette génération que vous appelez démolisseurs d’environnement. Né durant la 2ème Guerre Mondiale. Elle mit l’ensemble de l’Europe et une grande partie du monde à genou. Démolie, en ruines, la planète a perdu des millions d’habitants qui n’en comptait pourtant que la moitié moins qu’aujourd’hui. Ces générations, celle de mon père, et la mienne dans la foulée, ont retroussé leurs manches, se sont mises à la reconstruction, ont créé un monde nouveau d’après-guerre. Ils ont innové et développé la modernité. Ils ont façonné l’Etat- Providence qui s’est traduit, notamment par la création et la prise en charge par l’Etat des risques sociaux tels que la maladie, l’indigence, la vieillesse, l’emploi, la famille, fondé sur la solidarité. Pour cela il fallait aussi développer l’économie, les échanges, les transports, les voyages dont vous avez bénéficiés. Certes, tout n’a pas été parfait. Et comme le dit l’expression populaire : « on ne fait d’omelette sans casser des œufs », la reconstruction ne s’est pas faite sans sacrifices et parfois sans vision à long terme pour un environnement trop peu considéré.

 

Aujourd’hui, à l’heure où nous vivons une nouvelle guerre, une guerre pour la santé de chacun, une guerre mondiale, dans laquelle toutes les générations sont impliquées contre un ennemi que personne n’a vu venir, ni vous les jeunes, ni nous les vieux. Pire, un ennemi que nous ne connaissons pas, auquel nous n’opposons essentiellement que notre perplexité. Un ennemi qui met à mal nos sociétés, qui tue les plus fragiles, notamment les plus âgés. Mais tous les fléaux engendrent l’espoir.

 

Dès lors, il nous reste la rage de vaincre qui, à mon sens, passe par la solidarité intergénérationnelle qui est sur toutes les lèvres. Oui, c’est le moment de mettre en valeur le mot « ensemble », l’union qui fait cette force, sans exclusion aucune, toutes générations confondues, pour le bien de l’humanité et peut-être même de l’humanisme. Et si le coronavirus est un fléau des temps modernes comme l’ont été depuis les temps les plus reculés, toutes sortes d’épidémies infectieuses ou virales, il nous permettra peut-être de nous rendre plus forts, plus unis, plus solidaires, plus efficaces, plus créatifs et peut-être plus pondérés pour un avenir plus serein. C’est de votre avenir dont il s’agit. C’est lui que vous devez prendre en main et le façonner à votre image, à votre idéal comme nous, nous l’avons fait dans la première moitié du 20ème siècle. Le 21ème, c’est le vôtre ; prenez-en les commandes, agissez, donnez-vous les moyens ou prenez-les, je vous fais confiance et j’y crois car, les jeunes, ma fille et mes fils, je vous aime.

 

Roland Grunder

Coprésident Conseil Suisse des Aînés


 

COMMENT NOUS ÉCRIRE? 

  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

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