Sciatique, pas de repos pour le mal de dos!

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Révolue, l’époque où l’on recommandait le repos en cas de sciatique. Pour décoincer le dos, il est conseillé de rester actif tant que la douleur reste supportable. Explications des spécialistes.

Pendant une crise de sciatique, le moindre mouvement est douloureux. Se coucher en position fœtale semble alors le seul moyen de ne plus souffrir. L’ennui, c’est qu’il faut du temps pour se remettre d’une sciatique. Et, même si cela semble paradoxal, on sait aujourd’hui que bouger améliore les chances de récupération.

Le nerf sciatique est le plus long nerf du corps humain. Issu des racines nerveuses situées dans la région lombaire inférieure et dans celle du sacrum, il s’étend du bas du dos jusqu’au pied. Une colonne vertébrale qui se fragilise avec le temps peut être à l’origine de symptômes douloureux. « Les risques de développer une sciatique vont en croissant avec l’âge, notamment chez les seniors qui souffrent d’arthrose, remarque le
Dr Guillaume Muff, médecin spécialiste de médecine physique et de réadaptation au CHUV. Ce qu’on appelle « sciatique commune », c’est l’irritation ou la compression d’une racine nerveuse. Elle provoque une douleur qui part du dos et descend à l’arrière de la jambe en dessous du genou. La douleur peut être provoquée par une hernie discale ou par une discopathie, une usure du disque qui perd ses qualités d’amortisseur. »

Coincée ?

Pour connaître l’origine de la crise, le médecin procède tout d’abord à un examen neurologique. Il teste la force et la sensibilité dans les jambes ainsi que les réflexes. Il évalue la mobilité de la colonne vertébrale et examine la statique du dos pour déceler d’éventuels troubles posturaux. Enfin, il fait des manœuvres pour mettre la racine en tension, afin de savoir si elle est coincée.

« En première intention, explique Guillaume Muff, si nous ne constatons aucun déficit neurologique ni perte de force, nous prescrivons un traitement antalgique. Parfois aussi la physiothérapie, dans la mesure des possibilités du patient. Dans la majorité des cas, l’évolution est favorable spontanément. Si le traitement simple ne suffit pas, nous pouvons parfois proposer des infiltrations. Et, si au bout de trois à six mois d’un traitement bien conduit le patient reste très douloureux et gêné, une intervention chirurgicale peut être envisagée. L’IRM est l’examen d’imagerie de choix. Il permet parfois d’identifier l’origine anatomique de la sciatique et d’exclure des causes autres que purement mécaniques au niveau du dos. Le seul cas où il est indispensable d’opérer immédiatement, c’est lorsque le patient présente un déficit neurologique ou une perte de force marquée dans la jambe. »

Maudit hiver

Souvent les personnes sujettes à des crises de sciatique craignent le froid. Y aurait-il davantage de sciatiques en hiver ? D’après le spécialiste, ce n’est pas le cas. « Mais, précise-t-il, le ressenti des patients est plus douloureux en hiver. Il n’y a pas d’explication médicale. Selon l’une des hypothèses actuelles, il existerait une influence du psychisme et du moral sur le ressenti douloureux. Ainsi, les personnes souffrant d’arthrose décrivent des douleurs liées au froid et à l’humidité qui ne s’expliquent pas encore d’un point de vue physiologique. »

Autrefois, on conseillait aux patients de garder le lit et, même une fois guéris, d’éviter certains mouvements ou des postures susceptibles de provoquer des douleurs. De nos jours, c’est tout le contraire. Lors d’une sciatique, il ne faut pas rester immobile, même si les gestes sont forcément limités par l’intensité de la douleur. « En phase aiguë, les patients adoptent spontanément les bonnes positions, par exemple en remontant les genoux vers la poitrine ou en plaçant un coussin sous leurs genoux quand ils sont dans leur lit », constate Guillaume Finti, physiothérapeute répondant de l’Unité de réhabilitation du rachis au CHUV. « En période de crise, il est bien d’essayer de bouger un minimum malgré tout ! Le risque, en restant complètement immobile, c’est de perdre de la mobilité et de la force, mais aussi de perdre confiance en soi. Le patient qui souffre d’un blocage entre dans un stress douloureux avec une attitude de défense. A ce stade, la physiothérapie peut être prescrite par un médecin pour aider le patient à retrouver son activité habituelle. » Le physiothérapeute définit le traitement approprié après avoir établi le bilan musculo-squelettique du patient. Selon les cas, le traitement sera ciblé davantage sur des mouvements articulaires, des étirements ou des exercices de gainage qui permettront de retrouver force, mobilité, endurance et équilibre.

La peur de bouger

Pendant des décennies, les personnes au dos fragile ont été abreuvées de conseils sur les positions et les efforts à éviter. Il était préconisé, par exemple, de ne pas se pencher pour soulever un objet lourd, mais de plier les genoux avant de saisir l’objet. Ou encore d’éviter les torsions. De tels conseils appartiennent au passé, observe Guillaume Finti : « Nous savons aujourd’hui que, en période aiguë, il est contreproductif de déconseiller certains gestes, car cela provoque des inquiétudes, une peur de bouger qui renforce encore les limitations que les patients s’imposent déjà naturellement. Le mot d’ordre, au contraire, est de bouger le plus rapidement possible, en fonction de son propre ressenti. Et petit à petit, au fur et à mesure de l’éloignement de la crise douloureuse, de remettre en route les gestes de la vie quotidienne, des mouvements fonctionnels simples, comme la marche, pour retrouver progressivement son activité habituelle, seul ou avec l’aide de la physiothérapie. »

 

Marlyse Tschui

 

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