DENTS : un sourire tout neuf grâce aux implants dentaires

Sans aucun doute, les implants sont la meilleure solution, mais évidemment c’est aussi la plus onéreuse.©Istock

Solution idéale pour remplacer des dents isolées ou l’ensemble de la dentition, les implants dentaires sont esthétiques, solides, confortables… mais coûteux. Le point sur cette technique sophistiquée avec un spécialiste. 

A 40 ans, près de la moitié des adul-tes ont déjà perdu une ou plusieurs dents. Entre 65 et 74 ans, 30 % des personnes en ont perdu dix ou plus. Et nombreuses sont celles qui ont la hantise de se retrouver complètement édentées. La perte des dents porte en effet atteinte à l’image de soi, à l’intégrité de la personne. « Quand on annonce à un homme qu’il faut lui enlever toutes ses dents, cela passe plutôt bien, observe Philip Cantin, président de la SSO Fribourg (Société suisse des médecins-dentistes). Mais chez les femmes, c’est plus difficile à vivre, elles laissent parfois échapper quelques larmes. Je pense que, pour elles, le choc psychologique est plus important. »

La solution idéale consiste donc à recevoir des implants. Mais attention à ne pas faire n’importe quoi non plus. Certains futurs « implantés » voudraient profiter de l’intervention pour s’offrir enfin les dents blanches dont ils ont toujours rêvé. Mauvaise idée. En effet, les dents jaunissent naturellement avec l’âge. Rien ne trahit davantage la présence d’une prothèse chez une personne de plus de 60 ans que des dents trop blanches. Il arrive aussi que des patients renoncent aux implants pour des raisons psychologiques. Certains ont peur de se faire opérer, d’autres ne veulent pas d’un corps étranger dans leur organisme. Il y a aussi la peur de la douleur. « La pose de quatre implants avec greffe osseuse peut être douloureuse. En effet, pour pratiquer une greffe, il faut inciser le périoste, cette fine membrane grâce à laquelle la gencive adhère à l’os. Or, ce périoste est très innervé, c’est cela qui cause la douleur. Une autre réticence concerne les matériaux d’origine porcine ou bovine que nous utilisons pour réaliser les greffes osseuses. Certains patients n’en veulent pas pour des raisons religieuses. » 

 

Une vis en titane

Pour aider leurs patients à garder le sourire, les médecins-dentistes disposent donc de cette technique complexe et d’une extrême précision : la pose d’implants dentaires. Autrefois, un trou dans la dentition était comblé grâce à un bridge fixé par des couronnes sur les deux dents saines avoisinantes. Désormais, une dent isolée manquante peut être remplacée par une nouvelle dent, constituée d’une couronne fixée sur une racine artificielle, l’implant. 

L’implant est une vis en titane, introduite dans l’os de la mâchoire lors d’une petite intervention sous anesthésie locale. Explications de Philip Cantin : « Une fois que l’implant est posé après forage de l’os, il tient mécaniquement. Ensuite, il se produit dans les quatre à six premières semaines un processus de cicatrisation de l’os autour de l’implant qu’on appelle « ostéointégration ». La surface de la vis en titane étant légèrement rugueuse, l’os se fixe dans les micro-infractuosités de l’implant, ce qui lui assure une tenue solide. » Encore faut-il que l’os soit de qualité et de quantité suffisante. Un examen clinique et radiologique est effectué avant la pose de l’implant pour évaluer la largeur de la crête osseuse et la hauteur de l’os à disposition. Lorsque le volume osseux est insuffisant, le médecin-dentiste pratique une greffe osseuse. 

Grande stabilité

Quand il n’est plus possible de sauver l’ensemble des dents, celles-ci peuvent être remplacées par une prothèse amovible ou fixe sur implants : « La solution que je préfère est dite « hybride », note Philip Cantin. Quatre implants sont posés sur l’arcade supérieure de la mâchoire. Nous réalisons une prothèse amovible qui se fixe sur des boutons-pression ou une barre fixe reliée aux implants. Sur l’arcade inférieure, la prothèse est maintenue sur deux implants par des boutons-pression. »

L’avantage de cette technique, par rapport au dentier classique, c’est la grande stabilité de la prothèse et son confort, puisqu’elle ne recouvre pas entièrement le palais, facilite la mastication et l’élocution. Elle s’enlève et se remet très facilement, d’un simple clic. En revanche, elle nécessite des soins quotidiens très rigoureux. En plus du nettoyage de la prothèse, il est indispensable d’assurer l’hygiène parfaite des gencives et de la base des implants au moyen de fil dentaire, d’une brossette spéciale et d’une brosse à dents. A cela s’ajoute le rinçage de l’arcade et du palais avec des solutions désinfectantes. Enfin, il est essentiel d’observer un suivi régulier chez son médecin-dentiste après la pose des implants, et ce pendant toute la durée des implants. A noter aussi que, au bout d’une dizaine d’années, les dents prothétiques en résine peuvent s’user et nécessiter un remplacement. C’est également le cas pour la prothèse lorsque la mâchoire commence à changer de forme en raison d’une fonte de la masse osseuse due à l’âge. Dans ce cas, une adaptation de la « fausse gencive », appelée « rebasage », s’impose.

 

 

 

Facteurs de risque

Comme toute intervention chirurgicale, la pose d’implants peut entraîner des effets indésirables ou des complications. Les effets indésirables les plus fréquents sont les douleurs postopératoires, le plus souvent légères à modérées, une tuméfaction ou, plus rarement, un hématome. Parmi les complications, on peut rencontrer un retard de cicatrisation ou de rares infections. « Pour éviter les problèmes, précise Philip Cantin, nous examinons minutieusement le patient avant toute intervention. Nous tenons compte de son état de santé général et de sa situation bucco-dentaire. Nous sommes particulièrement attentifs à des facteurs de risque importants, comme un diabète mal équilibré qui peut provoquer des troubles de la cicatrisation, la prise de certains médicaments susceptibles d’altérer le métabolisme osseux, la parodontite, le tabagisme, une hygiène buccale insuffisante ou le grincement des dents. Une fois le bilan connu, nous présentons au patient les traitements possibles, ainsi que leurs avantages et leurs inconvénients respectifs, les risques et les coûts. » 

Un coût élevé : dentier ou prothèse sur implants ? 

Le choix est parfois difficile. De nombreux patients se voient contraints de renoncer à la pose d’implants en raison de leur coût élevé. Ceux-ci, sauf en cas de pertes de dents à la suite d’un accident, ne sont pas couverts par les assurances. Selon les gestes techniques à accomplir, le prix d’un implant unitaire avec couronne s’échelonne entre 3200 et 4000 francs. Pour une prothèse amovible sur implants, il faut compter entre 7000 et 12 000 francs, en fonction du nombre d’implants nécessaires. 

« Les médecins-dentistes de la SSO, remarque Philip Cantin, facturent en toute transparence selon un tarif dentaire qui tient compte des différentes étapes et des procédures nécessaires à la reconstruction chez chaque patient. En cas de litige ou de souci financier, ils s’engagent à essayer de trouver une solutionà l’amiable avec les patients. A défaut, il est même possible de s’adresser à la Commission d’expertise médico-dentaire qui statuera sur un doute technique, qualitatif ou financier. »

En raison du prix de ces prestations, un certain nombre de Suisses préfèrent se faire opérer à l’étranger où ils peuvent se faire poser une prothèse sur implants à un coût nettement moins élevé et en quelques jours seulement. Qu’en pense le spécialiste ? « Si l’on pose plusieurs implants, il faut du temps pour que la gencive cicatrise et se stabilise. L’empreinte faite le jour-même est différente de celle qui sera faite deux ou trois mois plus tard, car la gencive a changé de forme et l’appareil posé trop tôt pourrait ne plus être parfaitement adapté. Les délais que nous imposons à nos patients entre la pose des implants et celle de la prothèse sont justifiés. En général, entre l’extraction des dents et la pose d’un implant, nous attendons entre six semaines et trois mois. Donner du temps à la cicatrisation et à l’ostéointégration permet de confectionner des prothèses parfaitement adaptées. »

 

La bonne nouvelle

Les jeunes seniors ont de la chance. A partir des années 1960, toute une génération a bénéficié dès l’enfance des bienfaits du fluor, des soins dentaires dans les écoles, puis de l’apparition d’un nouveau métier, celui d’hygiéniste dentaire. Des bienfaits dont n’ont pas profité les personnes nées dans les années 1940. Aujourd’hui, de plus en plus de gens gardent leurs dents longtemps, y compris dans les EMS. C’est la raison pour laquelle le Dr Philip Cantin, qui est également dentiste à l’EMS du Châtelet à Attalens, s’engage en faveur d’une formation du personnel soignant. En effet, ce dernier n’a pas toujours appris à prendre soin de la dentition et des implants des résidents. Il souhaite aussi que soit organisée, chaque année dans les EMS, la visite d’une hygiéniste dentaire.

 

Marlyse Tschui 

 

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