Comment booster votre mémoire

La mémoire ne ressemble pas à une seule grande boîte dans laquelle seraient stockés tous nos souvenirs... © iStock

Amateurs de Scrabble ou de mots croisés, n’imaginez pas que ces jeux suffisent à doper votre mémoire! D’autres facteurs sont déterminants pour le maintien des capacités cognitives. Conseils d’une spécialiste.

A partir d’un certain âge, les oublis se font plus fréquents. Pour entretenir leur mémoire, de nombreux seniors pratiquent des jeux censés stimuler les neurones, comme on en trouve dans les journaux ou sur Internet. «Ce sont des passe-temps agréables, mais une étude récente montre que certains de ces jeux, notamment les sudokus, n’ont aucun effet sur la mémoire», déclare Andrea Brioschi Guevara, Dre en neuropsychologie au Centre Leenaards de la mémoire du CHUV. Alors, au lieu de jouer au Scrabble, serait-il plus utile d’apprendre des poésies par cœur ou de mémoriser la liste des courses à faire au supermarché? Pas davantage. Des solutions existent cependant pour rester en forme dans sa tête. Mais elles sont complexes, à l’image de notre cerveau.

Mémoires multiples

La mémoire ne ressemble pas à une seule grande boîte dans laquelle seraient stockés tous nos souvenirs. «En réalité, il n’existe pas une mémoire, mais plusieurs systèmes de mémoire», remarque Andrea Brioschi Guevara. Parmi les mémoires à long terme, il y a la mémoire épisodique, celle des événements que nous avons personnellement vécus, qui sont chargés de détails et d’émotions. C’est la mémoire de je me souviens. Une autre mémoire à long terme est la mémoire sémantique, celle du je sais. Par exemple, je sais que Paris est la capitale de la France, mais je ne me rappelle pas quand et comment je l’ai appris, ni quelles étaient mes émotions à ce moment-là. C’est un simple fait inscrit dans ma mémoire.» Ensuite, dans la catégorie des mémoires à court terme, on trouve la mémoire simple: celle qui permet de se souvenir momentanément d’un numéro de téléphone dont on n’aura plus besoin par la suite. A court terme également, il y a la mémoire de travail. Elle aide, par exemple, à retenir sur l’instant le chiffre 25 et le chiffre 3 pour effectuer le calcul 25x3. Elle permet aussi le raisonnement et la compréhension de phrases.

Des trous, c’est normal

«Des personnes disent qu’elles ont un problème de mémoire parce qu’elles ne trouvent pas certains noms propres, le nom d’une personne ou le titre d’un livre. Ce n’est pas forcément inquiétant, car il s’agit des souvenirs les plus éphémères dans le cerveau», précise Andrea Brioschi Guevara. «Pour moi, retrouver le mot chien est beaucoup plus facile que de retrouver votre nom à vous. En effet, j’associe le mot chien à quantité de souvenirs, comme le chien que j’ai eu, tous les chiens que j’ai rencontrés dans ma vie et ce que je sais des chiens. Les connexions de la mémoire fonctionnent avec des aspects émotionnels, visuels et avec nos connaissances. Voilà pourquoi les noms propres, qui ne sont pas associés à des souvenirs personnels marquants, sont plus difficiles à retrouver.»

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C’est justement parce qu’ils n’enclenchent pas toutes les connexions qui assurent le bon fonctionnement de l’ensemble de la mémoire que les jeux dits «de mémoire» n’aident pas à entretenir les capacités cognitives. Commentaire de la spécialiste: «Le fait de répéter des actions spécifiques en jouant au Scrabble ou aux mots croisés vous permet d’améliorer vos compétences pour la pratique de ce jeu et de maintenir vos connaissances en vocabulaire et en orthographe. Mais cela ne préviendra pas forcément le déclin cognitif. Toutefois la composante sociale, c’est-à-dire le fait de jouer à plusieurs, contribuerait à repousser le déclin cognitif.»

Ce qui aide vraiment

Cela fait des dizaines d’années que neurologues et psychologues cherchent les meilleurs moyens de ralentir la progression des troubles de la mémoire chez les personnes âgées. Les études et les expériences réalisées jusqu’ici permettent d’avoir une vue d’ensemble des stimulations qui améliorent le fonctionnement des circuits de la mémoire. «L’apprentissage d’une langue étrangère ou d’un instrument de musique sont des activités dont l’efficacité a été démontrée. Elles provoquent des changements cérébraux en créant de nouvelles connexions de neurones, constituant ainsi une réserve cognitive qui permet à la mémoire de continuer à fonctionner. Cela prouve que la plasticité cérébrale, particulièrement marquée chez les enfants, existe même à un âge avancé.» L’importance de l’activité physique a aussi été démontrée très clairement: «Ce qui est bon pour le cœur est bon pour le cerveau. L’exercice physique améliore la circulation sanguine et l’oxygénation du cerveau.» Ce qui aide donc vraiment une personne à entretenir sa mémoire, ce sont des activités nombreuses et variées qui favorisent la création de neurones et retardent le déclin cognitif. 

Partant de ce constat, le Centre de la mémoire du CHUV a récemment mis en place le programme romand CareMENS, destiné aux patients âgés qui viennent de bénéficier d’une prise en charge physiothérapeutique ou cognitive. Sa responsable, la neuropsychologue Andrea Brioschi Guevara, en présente le principe: «Travailler sa plasticité cérébrale est essentiel pour garder le plus longtemps possible une bonne qualité de vie. C’est pourquoi nous aidons les patients à trouver, près de chez eux, une activité sociale, physique et cognitive qui pourrait leur plaire, comme le yoga, la rythmique ou l’aquagym. Nous essayons de personnaliser les activités et aussi d’encourager les patients à rencontrer d’autres personnes, par exemple en participant aux tables conviviales organisées par Pro Senectute, ou en se joignant à un groupe de randonnée. Il y a beaucoup de choses à faire, et qui ne sont pas pharmacologiques, pour entretenir sa mémoire!»

Marlyse Tschui

 

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