Le Gange serpente entre deux mondes

© Gaël Métroz

La « mère de l’Inde », comme on surnomme ce cours d’eau, rythme la vie des Hindous, qui lui vouent un véritable culte. Le réalisateur valaisan Gaël Métroz nous en parle.

Shiva aurait amorti le choc des flots du Gange descendus des cieux avec sa tête, raison pour laquelle la mythologie situe sa source dans ses cheveux. La réalité géographique, elle, la place dans la chaîne montagneuse de l’Himalaya. Le fleuve sacré de tous les Hindous, « mère de l’Inde », serpente entre deux mondes, comme a pu le constater au quotidien le Valaisan Gaël Métroz, puisqu’il a vécu trois ans en Inde.
C’est dans ce pays qu’il a réalisé le film documentaire Sâdhu (2012), durant lequel il a suivi l’un de ces saints hommes hindous. Après huit années d’isolement et de méditation, ce dernier décide de prendre part au
Kumbh Mela, procession dans le Gange qui rassemble sur sept semaines près de 100 millions de personnes sur un même site ! « Il s’agit de la plus grande réunion religieuse de la planète, et certainement la plus incroyable de l’hindouisme, parfois aux confins du folklore, quand certains sâdhus arrivent avec leurs trompettes et leurs éléphants, explique Gaël Métroz. Pour y participer, certains fidèles s’endettent ou traversent toute l’Inde à pied. La légende dit que, en se battant pour conserver le nectar de l’immortalité contenu dans une coupelle, les dieux et les démons ont laissé échapper quatre gouttes sur terre, qui marquent les quatre lieux où se déroulent le Kumbh Mela (NDLR Il y en a une chaque trois ans en Inde, mais que tous les douze ans sur un même site). Ce bain sacré dans le Gange, qui se déroule dans une sorte d’euphorie générale, permet une purification spirituelle, et est donc bénéfique dans le cadre du processus de réincarnation. »

 

Un puissant attachement

Mais le Kumbh Mela n’est de loin pas le seul signe ostentatoire d’attachement des Hindous à leur fleuve. « Tous leurs rituels sont liés au Gange, poursuit le réalisateur. Si un enfant décide de suivre une voie spirituelle, par exemple, on lui rase le crâne pour symboliser sa nouvelle vie. Il emprunte alors le nom d’un dieu, prend pour « nouveau » père un sâdhu, puis se baigne dans le Gange. » Se plonger et prier dans ses eaux est également supposé laver des péchés. D’où la présence, sur ses berges, de marches en pierre, les ghâts, qui rendent son accès plus facile, ou encore de nombreux temples.

Varanasi, la cité indienne la plus fréquentée par les pèlerins, est connue pour accueillir les mourants, venus là pour se faire incinérer sur des bûchers en plein air. « Il y a, dans cette ville, une proximité incroyable avec la mort. Les aghori baba, des sâdhus qui peuvent boire et avoir des femmes, contrairement aux autres hommes saints, se servent de crânes humains récupérés dans le Gange comme d’assiettes et mangent même parfois des morceaux de corps consumés ! » Pour Gaël Métroz, ce fleuve incarne profondément « les multiples facettes de l’Inde hindoue. Si plusieurs religions cohabitent en effet sur ce territoire, tout au long du Gange, il y a une omniprésence de la culture hindoue.  »      

                 

             Frédéric Rein

Pollué jusqu’à la dernière goutte

« J’ai vécu durant trois mois près de la source du Gange. Nous allions nous y laver, prendre l’eau pour le thé ou faire la lessive, se souvient le réalisateur valaisan Gaël Métroz. Chose que je ne ferais pas à partir de Varanasi, tant il devient sale au fil de son parcours. » Entre les eaux usées, les résidus industriels, les cendres, voire les corps des défunts, le Gange est sacrément… pollué. Récemment interviewé par le journal Libération, un ingénieur indien faisait état d’un taux de bactéries fécales coliformes de 49 000 à 4,1 millions pour 100 millilitres le long des rives de Varanasi, alors que ce taux ne devrait pas excéder 500 pour être dans la norme !

 

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