Votations américaines : « Il faut éviter que les jeunes entrent dans la vie active bardés de dettes »

Images ©Axel Dupeux

Bob Gore, 73 ans - Entrepreneur et photographe, divorcé, trois enfants, un petit-fils, Brooklyn, New York

Le 3 novembre, les Américains éliront leur prochain président sur fond de pandémie qui a fait des ravages chez les seniors aux Etats-Unis. Le démocrate Joe Biden, 77 ans, défie le président sortant Donald Trump, 74 ans. A cette occasion, générations est parti à la rencontre de person-nes âgées qui joueront un rôle clé le 3 novembre. Découvrez notre dossier spécial.

Pour Bob Gore, la vieillesse n’est pas une fatalité, mais une opportunité. Le 17 juillet 2020, le septuagénaire a perdu, coup sur coup, deux hommes qu’il connaissait et admirait profondément pour leur engagement aux côtés de Martin Luther King Jr. Le premier, le représentant démocrate John Lewis, avait notamment mené la manifestation pacifique du Bloody Sunday, le 7 mars 1965 dans l’Alabama ségrégationniste, au cours de laquelle des centaines de Noirs avaient violemment été battus par des policiers blancs. Le second, C.T. Vivian, fut le bras droit de Martin Luther King Jr.

Ce double deuil intervenu en plein mouvement de contestation sociale aux Etats-Unis provoqué par la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué en mai dernier par un policier blanc, a motivé Bob Gore. Ce passionné de photographie a accéléré la cadence pour terminer sa biographie en bande dessinée de C.T. Vivian.

« Je me suis rendu compte que c’est à mon tour de jouer.
Les hommes et les femmes qui ont porté le mouvement en faveur des droits civiques des Noirs, dans les années 1960, sont en train de s’éteindre. Et je fais partie des derniers témoins. »

Pourquoi s’arrêter ?

Bob Gore qui fut le premier producteur de télévision new-yorkais, dans les années 1980, à programmer régulièrement des films de réalisateurs noirs, n’avait de toute manière pas l’intention de prendre sa retraite à 73 ans. « Pourquoi m’arrêterais-je? J’ai encore tant de choses à faire », dit-il, assis sous la photo de Nelson Mandela qu’il a prise en 1993.

 

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A l’image de ce portrait, tout dans le vétuste mais spacieux cinq pièces dans lequel le septuagénaire divorcé vit seul, reflète une vie dévouée à la promotion des droits des Noirs. Bob Gore s’est assuré les moyens de poursuivre cet engagement inspiré par sa rencontre avec Martin Luther King Jr., à l’époque où il était adolescent à Chicago. Il est propriétaire de son appartement dans un quartier devenu inabordable pour des personnes âgées comme lui. Et il continue de diriger une chaîne de télévision destinée à la communauté jamaïcaine à New York. « L’Amérique m’a tout donné, explique-t-il. La situation sociale et la ségrégation ont donné naissance à mon engagement pour les droits civiques. Mais j’ai aussi pu diriger une chaîne de télévision. »

Au printemps, il a arpenté les rues de New York pour photographier les manifestations provoquées par la mort de George Floyd. « Quand je fais de la photo, je côtoie des gens beaucoup plus jeunes que moi. Ils ont l’impression que leur génération est la plus injuste, parce que c’est ce qu’ils voient. C’est pourquoi je leur parle d’une époque où la ségrégation était une politique sociale. »

 

Bob Gore relativise la portée du duel entre Donald Trump et Joe Biden en novembre.« Quand vous avez l’âge que j’ai, vous savez que le président donne le ton, mais que son impact est plutôt limité, nuance-t-il. 
Nous devons en revanche inciter les gens à voter lors des élections locales, car c’est là que se prennent les décisions en matière d’éducation, de santé et de lutte contre la pauvreté. »

Les préoccupations de l’Afro-Américain dépassent sa situation personnelle. « J’espère que le prochain président réformera le système d’éducation, car c’est le seul moyen de garantir des opportunités aux générations futures. Il faut leur donner accès à des études universitaires gratuites et éviter que les jeunes entrent dans la vie active bardés de dettes. »

 

Propos receuillis et textes de Jean-Cosme Delaloye

Photos d'Axel Dupeux, New York

 

 

Découvrir tous les portraits de notre dossier spécial sur les seniors qui ont fait l'Amérique

 

Elizabeth Holtzman, 79 ans Avocate en activité, célibataire, pas d’enfants ni de petits-enfants, Brooklyn, New York

 

 

Inca Mohamed, 66 ans - Médiatrice, mariée, sans enfants, Brooklyn, New York

 

 

Bonita Knierim, 66 ans - Ancienne employée, mariée, trois enfants, pas de petits-enfants, Wayne, New Jersey

 

 

Zolio Guillen, 64 ans - Technicien en optométrie, marié, six enfants, treize petits-enfants, une arrière petite-fille, Paterson, New Jersey

 

 

Ina Breite, 81 ans - Enseignante à la retraite, veuve, deux enfants, pas de petits-enfants, Wayne, New Jersey

 

 

 

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