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Opinion

Nouveau vocabulaire amoureux

Martina Chyba, Journaliste et chroniqueuse - sam. 01/06/2024 - 10:48
A cœur joie, la chronique de Martina Chyba.
A cœur joie, la chronique de Martina Chyba
Martina Chyba. © Jay Louvion/RTS

Pour conserver son cerveau vaguement en état de marche, il faut «rester dans le coup» (expression désuète s’il en est) et se «tenir au courant» (idem). Il est idiot d’essayer de parler «jeune», parce qu’on a l’air concon, et eux trouvent ça gênant. Essayez de dire «putain gros, t’es déter» à un ado, et vous verrez la tête qu’il fait. En revanche, c’est bien de faire une petite mise à jour. 

Sachez que l’on n’a plus une attirance ou un flash ou un béguin (haha) pour quelqu’un, mais un «crush». Ensuite, on essaie de «pécho» la personne, donc de la choper, donc de la draguer, donc de la séduire, donc de la courtiser, je vais du plus récent au plus ancien. 

Si on y arrive et que l’on décide de se mettre ensemble, cela s’appelle un «bail»; oui, comme dans l’immobilier. C’est aussi résiliable d’ailleurs. À partir de ce moment, vous allez probablement «ken»; on ne parle pas du copain de Barbie, même s’il est très à la mode (encore une expression désuète), non, c’est du verlan. Cela vient du verbe «niquer», qui à l’envers donne «ken», tout comme le mot «femme» à l’envers donne «meuf» ou le verbe susmentionné «choper» donne «pécho». Vous suivez? Comment? Ce n’est pas très élégant? Je le concède, ce n’est pas du Proust, dont les personnages Swann et Odette disaient «faire catleya» pour exprimer poétiquement l’acte d’amour, parce qu’Odette appréciait les catleyas, qui sont une variété d’orchidées. Aujourd’hui, on «ken», il faut savoir vivre avec la poésie de son temps.

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«Ghoster» l’autre, à savoir ne plus lui répondre et disparaître comme un fantôme”

Martina Chyba

Après, il y a beaucoup d’anglicismes. On envoie des «nudes» à son chéri par WhatsApp, donc des photos de parties dévêtues de son corps. Et quand la relation ne donne pas satisfaction à l’un des deux, une pratique très répandue consiste à «ghoster» l’autre, à savoir ne plus lui répondre et disparaître comme un fantôme. Très classe et courageux, on est définitivement loin de l’amour courtois. 

Voilà, vous n’allez probablement pas utiliser ce vocabulaire. Mais vous hocherez la tête d’un air connaisseur quand vous l’entendrez. Et je vous en lâche encore deux rigolos: le «sexorcisme» consiste à coucher avec quelqu’un rapidement pour oublier son ex et le «pornocchio» est quelqu’un qui enjolive ses performances sexuelles. Si vous lâchez ça autour du rôti familial du dimanche, cela peut créer un véritable «effet waouh», comme on dit.

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