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Opinion

Le jour de ma mort

Marlyse Tschui, - jeu. 01/02/2024 - 11:39
Les petits écrans, la chronique de Marlyse Tschui.
La machine infernale Chat GPT polar Tschui
Marlyse Tschui. © Sandra Culand

Mon ordinateur me permet déjà d’accéder à mon code génétique pour savoir si je descends d’un roi viking, si je suis née d’un adultère ou si mon ADN matche avec celui d’un tueur en série. Bientôt, il me suffira d’un clic de souris pour connaître la date approximative de ma mort. Grâce à l’IA (intelligence artificielle), des chercheurs danois ont mis au point un système capable de déterminer avec 80% de précision les causes de décès d’une personne et sa durée de vie. Les particularités des organismes humains et le mode de vie des individus sont transformés en algorithmes à partir de gigantesques banques de données médicales et sociales. Les chercheurs y voient un moyen formidable de prédire, donc de prévenir, les risques de développer une maladie. L’ennui, c’est que dans les mains des compagnies d’assurance, un tel joujou risque surtout de faire flamber les primes d’assurés en bonne santé, mais condamnés sans le savoir par le verdict de l’IA. Pauvres de nous. 

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A 75 ans, je me considère comme une miraculée”

Marlyse Tschui

Dans ma famille, toutes les femmes sont mortes jeunes. A 75 ans, je me considère comme une miraculée, surprise chaque jour d’être encore en vie, alors que statistiquement je devrais déjà être rayée de la carte des vivants. En réalité, le seul moyen que j’ai de connaître le jour de ma mort est de le fixer moi-même. C’est ce que vient de faire mon ami François. Le 25 octobre, alors que nous partagions ce qui serait notre dernier repas en commun, il m’a annoncé qu’il mourrait le 1er novembre avec l’aide d’Exit. 

J’avais beau être préparée à cette éventualité — nous en avions souvent discuté — j’ai éprouvé un sentiment d’irréalité. Le voici, devant moi, avec cet humour mordant qui le caractérise, ravi de m’apprendre qu’il échappera à une lente et pénible fin de vie en EMS. Frappé d’une forme de démence atypique, François était parfaitement lucide, mais assistait impuissant à l’aggravation de ses symptômes. Devenu aphasique, à moitié aveugle, de plus en plus sourd et sujet aux vertiges, il perdait l’équilibre, se cognait contre les meubles et tombait souvent. Non, ce n’était plus une vie. Je lui ai fait mes adieux la veille de sa mort. Il était souriant, apaisé, heureux à l’idée de partir entouré de ses enfants.

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