50 ans de vote pour les femmes

Bureau de vote et isoloirs en 1970 en Suisse romande : les femmes n’étaient alors autorisées à voter que pour les affaires communales. @Keystone

Cinquante ans, c’est court à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Et pourtant, le 7 février prochain, cela ne fera que cinquante ans que les Suissesses ont le droit de vote et d’éligibilité. Cette conquête, si tardive pour un pays occidental, valait bien un dossier spécial. 

Le 07.02.1971 : si la date ne vous disait rien, elle va, cette année, s’inscrire dans toutes les mémoires. Et tant mieux ! Il est important de se souvenir que les Suissesses ont obtenu le droit de vote 
et d’éligibilité au niveau national, il y a cinquante ans seulement.
Le 7 février 1971. Important ? Pour se projeter dans l’avenir (notamment traduire par des mesures concrètes le principe d’égalité inscrit dans la Constitution helvétique depuis 1981), il faut savoir d’où l’on vient. Or, avant la sortie du film de Petra Volpe — L’ordre divin — en 2017, qui évoque la conquête du suffrage féminin en Suisse, beaucoup de jeunes femmes ignoraient que leurs grands-mères avaient passé l’essentiel de leur existence en étant considérées comme des mineures. 

Important aussi de réaliser combien l’histoire des femmes ne s’enseigne pas et se transmet peu. Qui connaît la Genevoise Emilie Gourd (1879-1946), la Bernoise Hélène von Mülinen (1850-1924) ou l’Appenzelloise Elisabeth Pletcher (1908-2003), trois pionnères pour l’obtention du suffrage féminin ? Réjouissant de savoir que cette invisibilité sera bientôt corrigée par une projection de portraits de femmes suisses dans les rues de Berne. Car c’est souvent en référence à des modèles inspirants que naît le courage de se lancer en politique.  

Important enfin de se rappeler que ce droit de vote féminin, si durement acquis (il a fallu cent ans d’engagement et de combat), et conquis (53 ans après l’Allemagne, 52 ans après l’Autriche, 
27 ans après la France et 26 ans après l’Italie), l’a été grâce à une majorité de voix d’hommes : 65,7 % contre 34,3 %. Cette obtention n’a pas été comme ailleurs le fait d’une décision politique ou judiciaire, mais le résultat de la votation des hommes, c’est-à-dire d’une décision démocratique. 

Depuis que les femmes votent, la Suisse a bien changé. Ainsi qu’on peut le lire dans les témoignages ci-après, les femmes ne s’intéressent pas qu’à leurs intérêts ! Pour amorcer cette année d’hommage national aux droits civiques des Suissesses, nous avons donné la parole à 50 femmes de tous horizons : 45 évoquent entre autres les votations notables auxquelles elles ont participé; 5 se souviennent du temps d’avant 1971 et invitent les femmes à rester mobilisées. 

Femmes de tous les cantons suisses, bon anniversaire !  

Véronique Châtel  

 

A lire aussi50 ans du suffrage féminin: les réjouissances!

 

« LE VOTE ET MOI » : 50 femmes témoignent  

 

Catherine Laubscher
62 ans, avocate, déléguée à l’Egalité et à la Famille durant cinq ans à l’Etat de Neuchâtel, secrétaire régionale du syndicat Unia durant onze ans. (NE)

Un apéro pour fêter le premier vote !

« J’avais 13 ans, la première fois que ma mère a voté. Et, pour fêter cet événement, nous sommes allés prendre un apéritif dans un restaurant ! Je l’avais souvent entendue se plaindre de n’avoir pas le droit de vote, ni même, dans le Valais où nous avons habité avant de rejoindre le canton de Neuchâtel, celui d’entrer dans le bureau de vote. Mais j’ai vraiment réalisé l’injustice qui avait été faite aux femmes quand j’ai atteint la majorité et que je suis allée voter à mon tour. Ma mère avait dû attendre l’âge de 39 ans pour être reconnue comme une citoyenne à part entière ! En prendre conscience m’a rendue militante. La société suisse est restée patriarcale et sexiste longtemps. Je me souviens que, à 17 ans, je me suis battue pour faire changer les statuts du club d’aviron que je fréquentais afin que les femmes puissent en devenir membres ! Plus tard, cela a été compliqué de faire garder mes enfants pour pouvoir travailler. Je fais partie d’une génération qui a connu le creux de vague du féminisme, alors quelle joie cela a été de sentir la force collective de la manif des femmes de juin 2019 et d’y voir tant de jeunes visages. Car il y a encore du boulot ! L’inégalité salariale persiste, la prévoyance professionnelle pour les femmes est insuffisante, la reconversion professionnelle permettant aux femmes de se réorienter, pas assez soutenue. Les femmes restent les précaires du monde du travail. » V.C.

 

Eliana Alvarez
41 ans, gérante d’épicerie au Mont-sur-Lausanne (VD)

« Je crois fortement que des actions communes, législatives et éducatives, sont nécessaires afin que les mentalités évoluent. Et celle que je rêve de voir portée par le peuple, ce serait des cours obligatoires, dès l’école primaire, sur le féminisme et le rôle des femmes. »

 

Marie Ancay
36 ans, agente de voyage, Fully (VS)

« Je vote maintenant depuis dix-huit ans, l’âge que j’avais lors de mon premier vote. Tout un symbole ! Je me rappelle surtout de la votation de la Lex Weber qui avait ébranlé pas mal de milieux et de la tristesse qui m’a, alors, envahie en pensant au canton du Valais, cher à mon cœur… »

 

Michèle Berdoz
67 ans, secrétaire médicale, Montreux (VD)

« En 1990, la votation pour l’initiative « Halte à la construction de centrales nucléaires » était importante pour moi, et elle a été acceptée. En revanche, celle sur la  responsabilisation des multinationales n’a pas passé, et cela m’a vraiment chagrinée. »

 

Edith Aebischer
79 ans, retraitée, Haute-Rive (NE)

« Ma mère était féministe. Son père fut le premier homme du village à avoir acheté des vélos à ses neuf filles et à leur apprendre, à chacune, un métier. A cette époque, c’était vraiment étonnant ! Mon grand-père devait aussi être féministe. »

 

Madeleine Baumann
60 ans, professeure HES santé, Pully

« Je militerais volontiers pour la santé des femmes, car elles sont parfois moins bien soignées. Par exemple, c’est connu, que, avec des symptômes d’infarctus, une femme attendra plus longtemps qu’un homme avant d’appeler les urgences. Et, comme les signes cliniques sont un peu différents, le personnel de santé peut aussi tarder à poser le diagnostic. »

 

Marguerite Besson
89 ans, employée de commerce et institutrice retraitée, Val-de-Ruz (NE)

« J’ai voté pour la première fois à l’âge de 29 ans sur le plan cantonal et à 40 ans sur le plan fédéral. Je voterais volontiers une disposition qui donne aux enfants le droit de connaître l’identité de leur père biologique, s’ils
le souhaitent. Le droit à connaître ses origines est fondamental. »

 

Léonie Vuillème
23 ans, éducatrice, La Chaux-de-Fonds (NE)

« J’ai du mal avec les râleuses et les râleurs qui ne votent jamais. L’article pénalisant les actes homophobes, qui était combattu par un référendum, a été accepté en février 2020 par 63 % des votants. Ce vote m’a fait plaisir. Il marque une avancée réelle dans une société suisse. »

 

Yolande Ancay
73 ans, retraitée restauratrice, Chiboz (VS)

« Je ne rate aucune votation. Et, comme je vis isolée à la montagne, j’utilise le vote par correspondance, très pratique. Je garderai le souvenir de la dernière votation concernant la révision de la Loi sur la chasse. Elle a mis en lumière le clivage qui existe entre la ville et la campagne. J’aimerais que la ruralité redevienne la chose la plus importante. Les agriculteurs et les éleveurs sont ceux qui nous nourrissent, il ne faudrait pas l’oublier. »

 

Florence Auras
51 ans, architecte en communication, Lausanne (VD)

« Un vote m’a spécialement marquée, celui sur la Loi pour l’assurance maternité en Suisse. J’ai été très active pour qu’elle passe, en avril 2005, notamment lors d’une veille des femmes où nous avons milité pendant plus de 200 jours, en se relayant dans une caravane. »

 

Gabrielle Nanchen
77 ans, conseillère nationale PS entre 1971 et 1979, aujourd’hui écrivaine. (VS)

Parlementaire démissionnaire faute de crèche sous la coupole.

«  Quand j’étais très jeune, je ne revendiquais pas le droit de vote. Je vivais à Aigle (VD) et je votais depuis l’âge de 20 ans, puisque les femmes avaient obtenu ce droit en 1959 déjà. Après mes études en sciences sociales à Lausanne, j’ai suivi mon futur mari en Valais et, là, terminé ! Je n’avais plus voix au chapitre. En m’établissant à Sion, je redevenais mineure. Quel choc aussi un peu plus tard en constatant que seul, lui, pouvait se rendre à la fête donnée en l’honneur d’un homme politique dans le village où nous habitions. Les seules femmes présentes, ce jour-là, étaient celles, portant le costume du pays, qui servaient ces messieurs ! Cette double injustice m’a incitée à militer pour le suffrage féminin. Je l’ai fait dans le cadre du Parti socialiste auquel nous avions adhéré, en 1967. Elue au Conseil national quatre ans plus tard, je me suis engagée en faveur de l’assurance maternité et d’un congé parental sur le modèle des pays scandinaves. J’ai aussi voté pour la décriminalisation de l’avortement, ce qui m’a valu d’être mise au pilori par Le Nouvelliste et considérée comme une « diablesse rouge » par les milieux bien-pensants. Il y a même eu une commune où, vingt-cinq ans plus tard, je me suis vue interdite de parole. J’ai beaucoup aimé mon travail de parlementaire, mais j’ai dû y renoncer au bout de huit ans, car il était devenu inconciliable avec mes tâches familiales. J’aurais eu besoin d’une crèche pour mon troisième enfant et, tout comme aujourd’hui, il n’y en avait pas sous la Coupole. La prochaine votation dont je me réjouis, c’est celle sur le congé parental. Permettre aux hommes de s’occuper de leurs tout-petits et de faire grandir en eux leur part féminine, c’est, pour moi, le prochain pas à franchir en matière d’égalité.  » V.C.

 

Verena Boni
74 ans, institutrice retraitée, Les Bois (JU)

« La récente initiative pour des multinationales responsables a été marquante. Je me suis engagée, il y a eu une forte émulation dans le village. Nous avons même pu convaincre nos voisins généralement abstentionnistes d’aller voter. Je suis sensible à toutes les questions relatives à une meilleure répartition des richesses et au réchauffement climatique. »

 

Florine Dély
37 ans, restauratrice, Fully (VS)

« Je garde un grand souvenir de la première fois où je suis allée aux urnes, à 18 ans. Les politiciens avaient fait une haie d’honneur pour les jeunes qui avaient voté. Pour l’avenir, je voudrais que les gens des villes, de la montagne, de la campagne aient droit à une répartition plus équitable dans les urnes, lorsque le sujet touche un domaine défini. »

 

Jessica Chevillat
26 ans, compositrice et guitariste, Etoy (VD)

« Je ne me considère pas comme féministe, je ne milite pas sur les réseaux sociaux ou dans la rue. Ma lutte est d’abord intérieure. Mais, selon moi, ce travail de développement personnel m’amène également à servir la cause des femmes ainsi que leur émancipation. »

 

Lise-Claire Corboz
74 ans, retraitée, Renens (VD)

« Je me souviens avoir été fière d’être Vaudoise quand ce fut le premier canton suisse à donner le droit de vote aux femmes aux niveaux communal et cantonal. Quand il y a eu le suffrage féminin fédéral, je trouvais que c’était une évidence. »

 

Jacqueline Cvetanovic
71 ans, infirmière retraitée, Epalinges (VD)

« Voter est un droit et un devoir. J’ai soutenu l’initiative « Pour des entreprises responsables ». Et je voudrais que, à l’avenir, la Suisse propose davantage de scrutins en faveur de la protection de l’environnement. » 

 

Virginie Davet
43 ans, finance, Genève

« Mon sens civique s’est réveillé, il y a peu et, depuis, je ne rate pas une votation. J’ai longtemps été la championne des grands discours et j’ai fini par admettre que voter serait bien plus utile que de m’indigner à tout va ! Récemment, j’ai pris part au vote pour des multinationales responsables avec beaucoup d’enthousiasme. »

 

Florence Boldrini
66 ans, administratrice d’un théâtre, Moudon (VD)

« L’initiative que je trouverais judicieuse et urgente actuellement serait de voter et de faire appliquer une loi pour que les femmes aient enfin un salaire équivalent par rapport
à des responsabilités et des compétences égales à celles d’un homme. »

 

Céline Bösch
37 ans, coresponsable archives, documentation, médiathèque, à la Fondation SAPA, Leysin (VD)

« Voter est un droit, un devoir. Je suis naturalisée depuis 2018. Mon premier vote a concerné l’initiative sur les vaches à cornes ! Je me suis sentie intégrée… trouvant incroyable que l’on puisse donner son avis sur ce genre de sujet ! Tous les projets sociaux ou sociétaux concernant la justice, l’égalité salariale, le congé paternité, etc. me touchent. »

 

Adriana Bouchat
73 ans, psychologue, Pully (VD)

« Quand j’étais jeune, je n’étais pas féministe et la question du droit de vote ne me semblait pas centrale. A l’époque, j’avais des opinions de gauche et il me paraissait surtout important de changer la société globalement. L’objet que je voudrais voir porter devant le peuple demain ? Une baisse des primes de l’assurance maladie.  »

 

Brigitte Dufour-Fallot
67 ans, ex-cheffe d’entreprise et syndique, La Chaux (VD)

« Française d’origine, arrivée en Suisse en 1980, j’ai été profondément choquée quand j’ai entendu ma belle-mère demander à son mari comment elle devait voter. J’ai pensé que la Suisse était un pays d’arriérés ! Une votation importante pour moi a été celle qui, en 2004, accordait aux femmes le congé maternité. »

 

Françoise Frésard
50 ans, employée de commerce et agricultrice, Les Montsbovats (JU)

« Ne pas exercer son droit de vote implique d’accepter et de se contenter d’un état de fait sans rien dire. La récente votation sur la Loi sur la chasse et son résultat m’ont déçue. Les loups sont une espèce qui prolifère rapidement, ils pourraient arriver aux Franches-Montagnes et nous causeraient de grandes pertes. »

 

Natacha Gagnebin
53 ans, architecte, Cortaillod (NE)

« Il est important de se faire entendre, surtout en tant que femme. Pas dans un sens revendicatif, mais pour que la sensibilité féminine, longtemps bâillonnée, s’exprime pleinement dans un vote. Cela dit, les citoyennes et les citoyens doivent parfois se prononcer sur des sujets trop techniques. »

 

Sylvie Fasel Berger
51 ans, responsable des affaires publiques à la RTS, Fribourg

« Voter, c’est fondamental – je n’ai quasiment jamais manqué un scrutin – ce d’autant lorsqu’on est née privée de droits. L’objet que je rêverais de voir porté devant le peuple : l’interdiction des inégalités salariales basées sur le genre. Cette question réglée, notre société pourra vraiment progresser. »

 

Jodie Reigner
26 ans, physiothérapeute, Morges (VD)

« Je trouve ça dingue et anormal que l’avis des femmes ait été pris en compte si tard et qu’on ait obtenu le droit de voter en Suisse que depuis cinquante ans. »

 

Emilie Gallard
40 ans, restauratrice, Fully (VS)

« Je ne suis pas la plus assidue aux droits civiques… je ne vais voter que si je comprends complètement le sujet abordé et si je m’y intéresse vraiment. En ce qui concerne un sujet que j’aimerais voir soumis au peuple, je n’y ai jamais vraiment pensé… Sans être « bisounours » , je trouve que ça va. »

 

Maria Bernasconi
65 ans, infirmière et juriste de formation, conseillère nationale PS entre 2003 et 2011, aujourd’hui présidente de l’Association et de la Fondation des EMS de Lancy. (GE)

 Fière de n’avoir pas loupé le scrutin sur l’égalité en 81 .

« Ma mère avait plus de 50 ans quand elle a voté pour la première fois et qu’elle s’est mise à lire les journaux pour suivre l’actualité. J’ai grandi dans le canton de Lucerne, très catholique et conservateur. Les femmes se soumettaient au destin de mère de famille qui leur était assigné. Sauf ma grand-mère maternelle. Catholique vivant dans le canton d’Uri, elle a dirigé l’imprimerie et la papeterie de son mari durant la MOB, faisait garder ses enfants pour travailler et rédiger des tracts en faveur du suffrage féminin et elle fumait ! Morte en 1978, elle n’a voté que sept ans. D’autres femmes ont compté : des écrivaines comme Benoîte Groult et Gisèle Halimi, puis des camarades de combat, Christiane Brunner et Micheline Calmy-Rey. Ce sont les injustices sociales qui m’ont donné envie de rejoindre le Parti socialiste, à Genève, où je me suis mariée et installée. Je me souviens de la votation du 14 juin 1981 qui a permis d’inscrire l’égalité des sexes dans la Constitution; j’avais 25 ans, j’étais enceinte jusqu’aux oreilles et j’ai voté par anticipation pour ne pas prendre le risque de rater ce scrutin. J’ai hâte de voter en faveur d’un congé parental. L’égalité hommes-femmes passe par un partage des tâches. Si l’Etat ne soutient pas cette ambition, on retombe vite dans les vieux schémas avec des femmes qui prennent en charge la vie familiale et s’exposent à des salaires moindres. » V.C.

 

Sonia Ferreira Mamie
35 ans, responsable relations publiques, Genève

« J’ai eu un déclic il y a deux ans lors de ma demande de naturalisation, après trente ans de vie en Suisse. Une décision symbolique, mais aussi une volonté d’être plus engagée en tant que citoyenne et le pouvoir, enfin, de l’être concrètement grâce au droit de vote. Exercer ce droit est donc récent pour moi et je suis heureuse de l’avoir « inauguré » pour un vote important comme le congé paternité. »

 

Donatella Foletti
36 ans, graphiste, Chardonne (VD)

« En Suisse, certains ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Chez nous, tout n’est pas parfait, mais la démocratie reste le meilleur système politique. J’espère que les choses continueront à changer positivement, même si je suis consciente qu’il restera toujours une dichotomie entre les impératifs économiques et les améliorations qu’on souhaiterait apporter. »

 

Françoise Girardin
61 ans, employée de commerce, Tramelan (BE)

« Nous avons la chance de disposer d’une voix, utilisons-la au lieu de protester dans le vide, même si, bien sûr, le résultat ne correspond pas toujours à nos espérances. J’aimerais un vote susceptible de conduire à une protection efficace de la nature. »

 

Cendrine Jéquier
70 ans, journaliste, Saint-Blaise (NE)

« Grâce à ce vote historique, les femmes ont enfin été reconnues comme des citoyennes à part entière et n’ont plus eu à attendre leurs maris devant le bureau de vote, dont on leur interdisait l’accès. J’ai participé peu après aux élections fédérales de 1971. J’avais voté pour toutes les femmes en lice. »

 

Paquita Jungo
64 ans, secrétaire retraitée, Saint-Prex (VD)

« J’ai été particulièrement sensible au vote sur la réforme des retraites qui a été refusée en 2017. Comment peut-on vouloir relever l’âge de la retraite, notamment pour les femmes, alors que tant d’entreprises n’engagent pas de personnes au-delà de 50 ans ? »

 

Marie-Thérèse Chappaz
60 ans, vigneronne en biodynamie et encaveuse, surnommée « icône du vin suisse » par le Gault et Millau. (VS)

Rebelle au patriarcat d’avant 1971 !

« Je me rappelle bien la période qui a précédé ce scrutin de 1971. J’entamais une adolescence rebelle et supportais mal l’inégalité de genre, d’usage dans la plupart des familles valaisannes de l’époque, marquées par un modèle patriarcal. Mon père, garant de la sécurité économique, décidait de tout. Ma mère attendait son approbation avant d’agir, alors qu’elle-même s’était affirmée très tôt en devenant l’une des premières Suissesses à se former à la photographie. Les quatre filles devaient faire tous les travaux dits « d’hommes » comme couper le bois en plus des travaux dits « de filles », comme faire la vaisselle, alors que mon frère n’était astreint qu’aux travaux dits « d’hommes ». Comme ma grand-mère, qui a été une source d’inspiration, j’ai élevé ma fille seule et je me suis débrouillée pour tracer ma route dans un métier d’hommes, que mon père, je dois le reconnaître, m’a encouragée à suivre.   Aujourd’hui, j’aimerais voter pour la revalorisation de métiers essentiels et pourtant mal rémunérés : tous les métiers dits « féminins » de l’éducation, de la santé, des services à la personne et les métiers de l’agriculture. Je trouve anormal qu’une personne travaillant dans les assurances, par exemple, gagne davantage qu’un enseignant, un aide-soignant ou qu’un agriculteur. Le monde a besoin de professionnels qui prennent soin de la terre et des êtres humains. » V.C.

 

Liliane Mancassola
72 ans, éditrice, Clarens (VD)

« Je suis très assidue lorsqu’il s’agit de voter. En principe, je ne manque aucun de ces rendez-vous. Je suis particulièrement sensible à ce qui touche à la culture, à la protection de l’enfant et à l’éducation.
Et,  pour  l’avenir,  je voudrais que des mesures soient proposées pour qu’il n’y ait plus de personnes dans la misère dans un pays comme la Suisse. »

 

Laurence Iseli
43 ans, actrice culturelle, Neuchâtel

« Il a fallu que j’attende d’être à l’université en cours de sciences politiques pour que j’apprenne que les femmes ont obtenu le droit de vote en Suisse qu’en 1971! Je trouve ça vraiment dommage que cet événement n’ait pas eu plus de place dans mon cursus scolaire. »

 

Lucie Huot
80 ans, employée de commerce retraitée,La Chaux-de-Fonds (NE)

« Les initiatives Schwarzenbach contre la surpopulation étrangère dans les années 70, surtout la première, a été refusée par 54 % des votants. J’avais honte, nous avions des copains italiens champignonneurs, bien intégrés, bosseurs. En cas d’acceptation, 300 000 personnes auraient dû quitter le pays. »

 

Immaculée Mosoba
26 ans, étudiante en droit, Fribourg

« Je suis Suisse depuis l’an passé seulement, alors oui, voter, c’est très important. D’autant que c’était frustrant : je fais de la politique depuis longtemps et, en tant que militante, je passais du temps à convaincre les gens de le faire, alors que moi…
A l’avenir, ce qui me tient à cœur, c’est le droit de vote au niveau cantonal pour les étrangers. » 

 

Monica Mendez Ruiz
32 ans, employée, Fribourg

« Voter, je pense que c’est un engagement fondamental. L’objet qui m’a le plus marqué, c’est le refus de la caisse maladie unique, je me suis rendu compte, alors, des disparités régionales. Je rêve maintenant de pouvoir m’exprimer sur un projet sur le climat qui soit ambitieux et qui inclue la participation de tous. »

 

Camille Junod
29 ans, avocate stagiaire,Lausanne (VD)

« Voter est un devoir pour moi, au même titre que c’est un devoir pour un homme de le faire. Je pense que l’égalité passe aussi par là. Mon objet de vote rêvé serait de prévoir que chaque entreprise soit obligée d’avoir une commission antisexisme, antiharcèlement sexuel pour les femmes. »

 

Patricia Martin
62 ans, journaliste, Genève

« L’intérêt des femmes pour le vote, c’est aussi une question de génération. Ma mère, qui a 88 ans, a pendant des décennies donné ses bulletins de vote à mon père pour qu’il les remplisse. Elle a fini par s’intéresser à la politique et, depuis, elle se documente sérieusement avant chaque votation. »

 

Juliette Gygax
22 ans, étudiante en droit, Courtételle (JU)

« Il me tient à cœur que les jeunes votent. Je veux que les mentalités bougent ! A l’avenir ? Le salaire minimum fédéral. Pour moi, il est essentiel que chaque famille puisse vivre décemment. On favoriserait aussi l’économie en permettant aux gens de subvenir mieux à leurs besoins et d’accéder à d’autres biens et services. » 

 

Emilie Pralong
33 ans, entrepreneure, Lausanne (VD)

« Donner de la voix à ses convictions est toujours important. J’ai rejeté l’initiative populaire « Pour une immigration modérée ». Elle menaçait la collaboration des chercheuses et des chercheurs en Europe. La Suisse est un terreau fertile à l’innovation, je suis ravie que la population ait choisi de le préserver. Mon vote de rêve ? « Pour un partage équitable du congé parental. »

 

Emilie Servettaz
40 ans, blogueuse, Genève

« Des votations qui m’ont marquée, il y en a eu plusieurs, mais s’il ne fallait en garder qu’une seule, je pense que ce serait le vote dernièrement en faveur du congé paternité. Et, à l’avenir, je rêverais d’un vote en faveur d’un congé parental, comme il en existe dans de nombreux pays autour de nous. Ce serait une vraie avancée pour les familles. »

 

Virginie Uldry
38 ans, enseignante spécialisée, Genève

« Le vote pour la décriminalisation de l’avortement en Suisse en 2002 a été pour moi une grande victoire. Nous avons voté, il y a trois mois, en faveur d’un congé paternité de dix jours pour les pères. C’est un premier pas, mais je rêverais que l’on puisse se prononcer quant à un véritable congé parental rémunéré pour les deux parents. » 

 

 

Irma DütsCh

76 ans, cheffe, première femme suisse à avoir reçu une étoile au Guide Michelin. (FR)  

Enfant, elle devait demander l’autorisation de lire!

« J’avais 27 ans quand les Suissesses ont obtenu le droit de vote. Avant 1971, le destin des femmes était soumis aux hommes. Pourtant elles avaient prouvé, durant la MOB notamment, qu’elles pouvaient en faire autant que les hommes. Ma mère a tenu seule l’exploitation agricole quand mon père a été mobilisé. J’ai grandi en Gruyère, entourée de femmes fortes et travailleuses. Il fallait qu’elle le soit. Quand j’étais petite, je devais demander l’autorisation d’ouvrir un livre. Lire exposait les femmes à la paresse et au laisser-aller, disait-on ! Je me souviens avoir entendu, avant le scrutin de 1971, des politiciens affirmer que, avec le droit de vote des femmes, ils auraient deux voix pour eux, supposant que les femmes voteraient comme leur mari. Selon moi, l’égalité entre les hommes et les femmes ne s’obtient pas seulement à coup de lois. Aussi avec son caractère et sa personnalité. Depuis mon jeune âge, je voulais devenir « cuisinier » dans une brigade et non pas « cuisinière » dans une cantine scolaire. Tout le monde me riait au nez, me renvoyant que c’était un métier d’hommes… On pensait notamment aux horaires qui étaient incompatibles avec ceux d’une honnête mère de famille. Alors, moi, je répondais : « Eh bien, je serai la première ! » J’ai dû lutter pour m’imposer. On m’a obligée à couper mes longs cheveux. Et ma formation n’a duré que deux ans contre trois pour les hommes. Heureusement, ça a évolué depuis : à présent, on écrit « chef » pour les hommes et « cheffe » pour les femmes. Mais à travail égal, toujours pas salaire égal. » V.C.

 

Anne-Laure Vuilleumier
40 ans, ambulancière, Delémont (JU)

« Les seuls crimes qui ne peuvent pas être prescrits en Suisse sont les actes d’ordre sexuels commis sur des enfants de moins de 12 ans. Je voterais oui à une imprescribtilité bien plus large, soit tous les crimes sexuels, mais aussi les meurtres en général. » 

 

Loyse Neuenschwander
42 ans, décoratrice, Orbe (VD)

« A 18 ans, ça ne m’intéressait pas de voter. C’est seulement à mon retour des Etats-Unis, où j’ai vécu deux ans, que j’ai pris conscience de la chance que nous avons en Suisse de pouvoir participer aux prises de décision. Je suis très sensible aux questions touchant la gestion des déchets et la pollution. » 

 

Nacha Oudina
29 ans, conseillère en placement, Lausanne (VD)

« J’aime voter et je le fais spontanément. Des deux côtés de ma famille, hommes et femmes confondus, ils se sont battus pour avoir ce droit de vote. Alors, pour moi, c’est important de l’utiliser. »

 

Corinne Sporrer
51 ans, photographe, Lausanne (VD)

« Je vote depuis l’âge de 18 ans. Ce qui m’afflige, à chaque fois, c’est le faible taux de participation. Quant à la votation dont je rêve, c’est celle qui obligerait toutes les entreprises 
à respecter une véritable égalité salariale entre hommes et femmes. Il serait temps ! »

 

Denise Pochon
66 ans, ancienne directrice pédagogique pour adultes, Avry-devant-Pont (FR)

« C’était une fierté de devenir citoyenne, notre voix allait enfin compter. Après, on discutait aussi politique à table. Je me suis aperçue que ma maman était plutôt de droite, alors que mon père, lui, était socialiste… »

 

 

 

Témoignages recueillis par Martine Bernier, Mayra A.Cardoso, 
Alice Caspary, Jean-Marc Rapaz, Marlyse Tschui et 
Jean-Bernard Vullième

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

0 Commentaire

Pour commenter