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Les animaux domestiques, des membres de la famille à part entière.
Episode 3 / 19

Martina Chyba: «J’ai testé pour vous... le sauvetage des oiseaux»

Etonnant? Martina Chyba a un cœur d'artichaut dès qu'il s'agit d'animaux, les plus gros comme les plus petits. Elle a donc volé à leur aide.
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Enfant déjà, Martina Chyba rêvait de sauver chats, tigres et baleines... Avec les oiseaux, le rêve est devenu réalité. © DR

J’ai toujours adoré les animaux. Je rêvais de sauver les chats. Les guépards. Les tigres, les éléphants, les rhinocéros, les baleines, les grands singes. Les oiseaux, ce n’était pas trop mon truc (merci Hitchcock !). Mais, en 2020, j’ai emménagé dans un appartement avec un petit jardin et, pendant les visioconférences du confinement, les gens me disaient: «On entend les oiseaux.» Depuis, ils font partie de ma vie, je sais reconnaître les moineaux, les mésanges, les rouges-gorges, les pies, les pigeons ramiers, les piverts. J’ai acheté des maisons à oiseaux, de la nourriture pour oiseaux, une piscine à oiseaux, j’ai même reçu un livre sur les oiseaux. La planète et ses habitants ne leur font pas de cadeau, et j’ai vu un reportage affreux avec des oiseaux qui tombaient littéralement du ciel pendant les canicules, alors j’ai demandé à aller voir les gens qui les sauvent.

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Le COR, Centre ornithologique de réadaptation, est niché (hihi) à Genthod, à côté de Genève. Je suis accueillie par Patrick, le fondateur, et les bénévoles à la nursery, en pleine saison des oisillons qui tombent du nid. Ils sont mini, mais mini mini. Des tout petits machins déplumés, parfois en très mauvais état. Certains vont mourir, mais dans les couveuses – non, pardon, les couveuses, c’est pour les œufs, on appelle ça des «éleveuses» –, ils se battent pour vivre. Il faut donner à manger toutes les trente minutes, pire qu’un bébé humain (mais mon souvenir de l’allaitement est lointain, j’admets). Il s’agit de poser avec des pinces des micro-bouts de ver de terre ou de pâtée à base de graines, d’insectes et de fruits, dans le gosier. Donner deux gouttes de liquide vitaminé avec une seringue.

Les protocoles et mesures d’hygiène sont stricts, car le moindre microbe peut les tuer. Moi, je n’ose pas trop les toucher, j’ai l’impression que je vais les écraser. Je demande pourquoi il y a des dizaines de doudous d’enfants sur un sèche-linge. «C’est indispensable pour les bébés canards et d’autres espèces qui ont besoin de se blottir», me répond-on.

Des vers et des teignes

Un peu plus loin, il y a l’infirmerie, pour les oisillons et les adultes malades ou blessés à cause de chutes, par des prédateurs comme les chats et les renards, ou par les prédateurs que nous construisons, à savoir les voitures, les avions, les éoliennes ou simplement les baies vitrées, qui tuent chaque année 1 million d’oiseaux en Suisse. 

Un pivert vient d’arriver: il s’est fait attaquer par une corneille, il a une grosse blessure sur le haut de la tête et le bec cassé. Nous le désinfectons, et il faut le nourrir aussi. C’est là que j’ai… hem… un souci. Qu’est-ce que ça mange, à votre avis? Ben pas des croquettes qu’on achète à la Coop, qui ne sentent rien et ne bougent pas. Nan, ça mange des vers et des teignes. Vivants, of course, sinon c’est pas marrant. Bêêê. Je comprends pourquoi on dit qu’untel est une teigne, parce qu’une teigne, c’est dégueu. Je n’ai pas peur des araignées, mais ça, déposer la chose dans le bec ouvert et le voir avaler, j’avoue, j’ai du mal à… avaler.

C'est chouette

Il y a aussi le local des rapaces. Ça, c’est chouette! (re-hihi) Et je fais semblant de ne pas entendre quand on m’explique ce qu’ils mangent. Il y a un magnifique hibou moyen-duc (je ne savais pas que ça existait en plusieurs formats, je ne connaissais que le grand) et une chouette hulotte un peu aveugle qui a subi un choc avec un véhicule. Ils font un peu la tête quand on les sort des cages, car pour eux c’est l’heure de dormir. D’ailleurs, ils ont une lune artificielle pour la nuit. Génial, non? Quand ils seront un peu réparés, ils iront finir leur convalescence dans une volière et, ensuite, l’objectif est de les remettre dans la nature, ce qui se réalise dans 50% des cas environ. Ah! Quelqu’un amène un verdier d’Europe attaqué par un chat. Nous nettoyons et désinfectons ses plaies. Ce n’est pas terrible, il respire mal, il doit rester au calme et a droit à un petit tapis chauffant. Pendant ce temps, nous donnons de la pâtée à une jeune corneille qui vient d’être retrouvée par terre.

Pour chaque oiseau, il y a une fiche détaillée et des soins spécifiques. C’est dingue, le centre est actif 7 jours sur 7 et, franchement, voir tous ces gens bénévoles s’occuper d’animaux qui vont de nouveau s’envoler, ça donne des ailes.

Ne jamais donner à manger ni à boire”

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Patrick Jacot
Fondateur du COR

«Lorsque j’ai fondé le Centre ornithologique de réadaptation en 1975, nous recueillions 200 à 300 oiseaux par an. Aujourd’hui, nous en accueillons entre 2300 et 2500 et nous répondons à 15 000 appels par année au numéro d’urgence 079 624 33 07», constate Patrick Jacot, le directeur passionné du COR. Ses bientôt 50 ans d’expérience en font la meilleure personne pour donner des conseils.

Prise en charge dans tous les cantons

Alors, que faire lorsque l’on trouve un oisillon tombé du nid? On le remet dedans? On le laisse pour que ses parents le nourrissent? On le prend chez soi? «S’il est seul, à peine emplumé, c’est-à-dire que l’on voit la peau, en danger, il faut le ramasser et nous l’apporter, car la mère n’arrivera pas à le réchauffer, même si elle le retrouve.» Et pour les oiseaux plus grands, que l’on retrouve blessés ou malades? «Faire une photo, qu’il est possible de nous envoyer par WhatsApp, pour nous permettre d’évaluer la situation. En cas de chaleur ou de chute sur le béton bouillant, rafraîchir l’oiseau avec un aérosol d’eau, l’installer dans une boîte ou un sac de supermarché avec quelques trous et du papier ménage au fond. Ne jamais donner ni à manger ni à boire. Il est difficile de réhydrater un oiseau sans lui faire du mal, c’est toute une formation. Ne pas mettre non plus de crème ou de médicament sur les plaies, les réactions peuvent être dangereuses. Et puis l’amener dans un centre où il sera pris en charge; il y en a dans tous les cantons. Dans certains cas spécifiques, par exemple quand un oiseau est coincé dans un bâtiment et qu’il s’est cassé une aile, nous avons une brigade, le SICOR, qui se déplace.»

Et dans son jardin ou sur sa terrasse? Comment faire juste, pour le bien-être des oiseaux? «On peut les nourrir jusqu’à fin février, après, ils sont capables de s’alimenter tout seuls. Attention aux boules de graisse du commerce, ce n’est pas très bon pour eux et les filets peuvent provoquer des blessures. Sur notre site, nous donnons une recette maison. On peut aussi poser des demi-pommes au sol, certaines espèces les apprécient. Mettre de l’eau à leur disposition ou une piscine, mais dans un coin dégagé, pour que les prédateurs ne puissent pas se cacher à proximité ; cela est aussi valable pour les nichoirs. Et nettoyer leurs maisons régulièrement, avec du désinfectant, car il peut y avoir des salmonelles dans les fientes et cela va contaminer la nourriture. Nous constatons une augmentation de la souffrance des oiseaux en milieu urbain. Alors soyons vigilants ! Et nous sommes toujours à la recherche de dons et de bénévoles!»

  • Centre ornithologique de réadaptation (COR), Ch. des Chênes 47, 1294 Genthod (GE). Tél. 079-624 33 07
  • Le site du COR
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